Antisémitisme : les fautes de Jean-Luc Mélenchon

by redditeur404

25 comments
  1. Antisémitisme : les fautes de Jean-Luc Mélenchon
    Lénaïg Bredoux, Fabien Escalona
    13–17 minutes

    Le soupçon le poursuit depuis des années. Jean-Luc Mélenchon est régulièrement accusé d’antisémitisme. La droite, y compris macroniste, et l’extrême droite s’en donnent à cœur joie. Fût-ce en tombant dans le mensonge et la mauvaise foi la plus caricaturale. Mais le chef de file de La France insoumise (LFI), premier parti de gauche en France, a aussi tenu ces dernières années des propos ambigus, voire imprégnés de stéréotypes antisémites.

    Rien de comparable, ni chez lui ni chez les cadres de LFI, aux saillies antisémites documentées pour l’extrême droite – et donc rien qui justifierait une mise dos à dos des « extrêmes », comme on le lit parfois. En revanche, la répétition de ces « dérapages » – d’après l’historien Robert Hirsch – interroge, de même que l’« absence de sensibilité » qu’ils semblent dénoter – l’expression est du député socialiste Jérôme Guedj. Cela d’autant plus que l’ancien candidat à la présidentielle est doté d’un solide bagage sur les discriminations.

    Jean-Luc Mélenchon, pour sa part, reste convaincu d’être la cible d’attaques ignobles. Par le passé, il a confié plusieurs fois avoir été blessé par le soupçon, écrivant par exemple en 2021 : « Pas besoin d’inventer des antisémites, il y en a déjà suffisamment dans ce pays. Chaque fois qu’il y aura une bataille contre le racisme, je serai là. » Contacté par Mediapart, il n’a pas souhaité nous répondre sur ce sujet.

    L’organisation d’une manifestation contre l’antisémitisme, dimanche 12 novembre à Paris, lancée par les président·es de l’Assemblée nationale et du Sénat, a été l’occasion de raviver la polémique. Sur le réseau social X (ex-Twitter), Jean-Luc Mélenchon, qui se sait pourtant attendu sur chaque mot, a traité l’initiative par le mépris. « Les amis du soutien inconditionnel au massacre ont leur rendez-vous », concluait-il sèchement dans son message du 7 novembre.

    Dans le même message, l’ancien député a pu écrire « sous prétexte d’antisémitisme », sans ajouter un mot sur les actes antisémites visant les juifs et les juives en France – plus de 1 000 ont été recensés par le ministère de l’intérieur depuis les attaques du Hamas en Israël le 7 octobre. « Il n’y a jamais eu autant d’actes antisémites dans un temps aussi court ces dernières décennies », souligne la chercheuse Nonna Mayer.

    Certes, le défilé de dimanche pose d’évidents problèmes politiques, notamment en raison de la présence annoncée de l’extrême droite. Le groupe LFI à l’Assemblée a d’ailleurs annoncé qu’il ne s’y rendrait pas, mais sans user des mêmes formules que son ancien patron. Formules faisant d’ailleurs suite à d’autres messages récents ayant provoqué la polémique.

    Quelques jours plus tôt, Mélenchon, qui, répétons-le, se sait scruté, avait dénoncé de la manière suivante le traitement médiatique par Libération et BFMTV de la manifestation en soutien à Gaza : « Même propriétaire même mensonge ». L’Insoumis se trompe – Patrick Drahi, homme d’affaires franco-israélien, n’est plus au capital de Libé –, mais là n’est pas l’essentiel. C’est le sous-entendu d’assignation identitaire qui interpelle.

    Le 22 octobre, le responsable LFI avait déjà tweeté une vidéo d’un rassemblement en soutien au peuple palestinien à Paris, l’accompagnant du message suivant : « Voici la France. Pendant ce temps, Madame Braun-Pivet campe à Tel-Aviv pour encourager le massacre. Pas au nom du peuple français ! »

    Là encore, Mélenchon est parfaitement en droit de critiquer les positions de la présidente de l’Assemblée nationale, qui ont fait grincer des dents jusque dans les rangs de la majorité et au Quai d’Orsay, tant elles semblaient alignées sur celles du gouvernement israélien. Mais opposer ce qui serait la « vraie France » à celle qui se rend à Tel-Aviv, par ailleurs descendante d’immigrants juifs, polonais et allemands, dans une sorte de réinterprétation de « l’anti-France », ne pouvait que susciter une vive émotion.

    Le choix du verbe « camper » a aussi été critiqué par certaines voix. « Le verbe “camper” est un terme qui a été utilisé classiquement, y compris dans les années 1930, par toute une littérature antijuive qui accusait les juifs de “camper” dans les pays où ils s’installaient sans trop d’égard pour le pays en question », a expliqué sur France 24 le chercheur Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite.

    Le sociologue Pierre Birnbaum, connu pour ses travaux sur l’antisémitisme, va dans le même sens en rappelant que le terme fut employé dans des propos fustigeant la « race errante » d’un Léon Blum ou d’un Pierre Mendès France. Si Jean-Yves Camus appelle à « garder la tête froide », notamment en regard de la gravité de l’antisémitisme et du négationnisme d’extrême droite, il parle à propos de Mélenchon de « termes inappropriés qui laissent la place à des accusations ».

    **Le recyclage de stéréotypes**

    Par le passé, d’autres déclarations ont généré un trouble similaire. Certaines semblaient minimiser des crimes antisémites. Ainsi, voilà deux ans, Jean-Luc Mélenchon avait indiqué sur un plateau télé : « Vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre. […] Tout ça, c’est écrit d’avance. » Il faisait alors allusion à l’attaque sur les Champs-Élysées en 2017 et aux attentats commis par Mohammed Merah en 2012, qui a tué trois militaires, trois enfants et un enseignant juifs, à Montauban et à Toulouse.

    D’autres propos ont repris des stéréotypes très anciens de l’antisémitisme. Comme celui du peuple déicide, en juillet 2020 sur le plateau de BFMTV. Interrogé à propos des violences policières sur le fait de savoir si « les forces de l’ordre [devaient] être comme Jésus sur la croix qui ne réplique pas », l’Insoumis a répondu : « Je ne sais pas si Jésus était sur la croix, mais je sais que, paraît-il, ce sont ses propres compatriotes qui l’y ont mis. »

    Un an plus tard, Mélenchon réagissait (là encore sur BFMTV) aux propos du grand rabbin de France Haïm Korsia, qualifiant d’antisémite le candidat d’extrême droite Éric Zemmour. « Qu’un juif soit antisémite est une nouvelle, a répondu le leader insoumis. […] Il me semble qu’il se trompe. Monsieur Zemmour ne doit pas être antisémite parce qu’il reproduit beaucoup de scénarios culturels “on ne change rien à la tradition, on ne bouge pas, la créolisation mon Dieu quelle horreur”, tout ça, ce sont des traditions qui sont beaucoup liées au judaïsme. Ça a ses mérites, ça lui a permis de survivre dans l’histoire. »

    Une fois n’est pas coutume, l’ancien ministre a concédé être « prêt à admettre » s’être « mal exprimé ».

    **Les « signifiants flottants » du discours anticapitaliste**

    Le candidat aux présidentielles de 2012, 2017 et 2022 s’est aussi vu reprocher certaines formules de sa critique du capitalisme. Si la figure du « financier » renvoie à une réalité du système économique dominant – la finance de marché a de fait connu un essor important depuis les années 1980 –, elle est aussi un cliché antisémite éculé, mais encore très présent dans les représentations – comme l’a montré, par exemple, une fresque récente à Avignon.

    Dire que « l’ennemi, ce n’est pas le musulman, c’est le financier » (en 2021), quand on sait les instrumentalisations islamophobes et antisémites traversant la société française, ou prétendre (en 2013) que Pierre Moscovici, alors ministre des finances, pensait « dans la langue de la finance internationale » (un « buzz factice », avions-nous alors analysé), a été fortement critiqué du PS à l’extrême droite.

    Dans ces cas précis, LFI a objecté, comme le député Alexis Corbière sur le plateau de Mediapart (en 2022), que c’est le fait de lier la finance à une quelconque judéité qui serait antisémite, et que ses camarades n’y ont même jamais pensé. Dans son livre intitulé La Gauche et les juifs (Le Bord de l’eau, 2022), Robert Hirsch analyse plus sévèrement l’épisode : « Interpellé sur le dérapage antisémite que pourraient constituer ses propos, il répond qu’il ne connaissait pas la religion de Moscovici. Comme si “juif”, était simplement une religion : cela dénote, non de l’antisémitisme comme certains l’en ont accusé, mais une incompréhension de l’épaisseur et de l’ampleur de la question. »

    Une incompréhension qui aboutit à une « négligence » et un défaut de « vigilance », dans un contexte d’augmentation des actes et expressions antisémites dans l’espace public. C’est ce qu’a souligné en 2021 le politiste Arnault Skornicki, dans un texte pour AOC qui revenait en détail sur la fameuse opposition entre « musulman » et « financier » : « On peut épargner un procès d’intention à JLM, écrivait-il. [Mais] le sens d’un énoncé ne dépend pas seulement de l’intention (même bonne) du locuteur ; il dépend aussi de l’air du temps qu’ont à l’esprit les auditeurs […]. Les signifiants flottants sont d’autant plus dangereux quand la conjoncture elle-même est glissante. »

    Sur le terrain mémoriel, une autre déclaration de Mélenchon, moins souvent citée, a été remarquée par l’historien Robert Hirsch. En juillet 2017, l’Insoumis a en effet critiqué le discours d’Emmanuel Macron réaffirmant la responsabilité de la France dans la rafle du Vél’ d’Hiv’. « Vichy ce n’est pas la France […]. Déclarer que la France est responsable de la rafle du Vél’ d’Hiv’ est là encore un franchissement de seuil d’une intensité maximale. […] Il n’est pas au pouvoir de Monsieur Macron d’assigner tous les Français à une identité de bourreau qui n’est pas la leur ! », a estimé le chef de file insoumis.

  2. Oui on a compris Mélenchon c’est le mal

    On peut avancer un peu mtn ou on a vraiment envie d’avoir ce débat et d’attaquer meluche dans ce contexte social et politique ?

    EDIT : oui oui les downvote ragez dans votre coin vous êtes mims, j’ai lu tout l’article bah c’est un bel article de merde comme prévu du cherry picking a foison, ressortir des phrases de leurs contextes, des intervenants pas du tout biaisé (guedj et Corbière quoi, sans parler de Hirsch la vicos) bref on s’enmmerde, faites mieux comme dirait le vieux

  3. tldr:

    S’opposer au génocide du peuple Palestinien = Antisémitisme.

    S’opposer au monde de la finance = Antisémitisme.

  4. Ah ca vient de là tout le truc sur camper, des années 30.. Depuis l’interview de Braun-Pivet où elle disait “camper ca vient pas de nulle part”, j’avais tjrs pas compris.

    Faut vraiment avoir la ref pour savoir que c’était un truc antisémite, comme cete histoire de génuflexion, bien sur tout le monde sait que c’était un slogan d’un candidat antisémite en 1890…

    Bon après, parler de capitalisme financier, c’est .. normal à gauche, je sais pas. A mes yeux ya plein de trucs où faut chercher pour voir des “fautes”. Le vieux fait assez de bourdes pour qu’on le critique sans l’accuser de “déraper sur l’antisémitisme”, che pas..

  5. Alors j’aime pas le type et rien que ce qu’il a dit à propos de Zemmour c’est suffisant. Même à propos du vel d’hiv, c’est juste nier l’histoire de la France et sa responsabilité durant vichy.

    Mais dire que le problème c’est pas les musulmans mais les financiers c’est antisémite ?
    Dire que la CRIL se fout à genou devant sa communauté c’est antisémite ?

    Comme il le dit lui-même des antisémites en France, ça ne manque pas. Ils s’en cachent pas, mais ils préfèrent les juifs aux musulmans (voir même arabes) donc en ce moment on oublie un peu le plus grand parti xenophobe, antisemite, raciste, sexiste, et tout le reste de France.

    Donc aller prendre des propos et dire que c’est antisémite parce qu’il y a 150 ans un type a dit que les juifs sont grands que quand ils sont à genou c’est quand même fort de café. Surtout quand on a tous les médias qui bassinent que LFI est antisémite et surtout lui et que sur 4 propos rapportés au cours de ces dernières décennies, y en a 2 ils ont fait une dissertation pour expliquer pourquoi ça pourrait l’être…

  6. >Le choix du verbe « camper » a aussi été critiqué par certaines voix. « Le verbe “camper” est un terme qui a été utilisé classiquement, y compris dans les années 1930, par toute une littérature antijuive qui accusait les juifs de “camper” dans les pays où ils s’installaient sans trop d’égard pour le pays en question », a expliqué sur France 24 le chercheur Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite.

    Hop, hop, hop. Chez LFI on utilise les dogwhistles à l’insu de notre plein gré, hein ! Arrêtez de vous prendre pour des [dragons célestes](https://twitter.com/AntoninAtger/status/1741914779936063878).

  7. >« Qu’un juif soit antisémite est une nouvelle, a répondu le leader insoumis. […] Il me semble qu’il se trompe. Monsieur Zemmour ne doit pas être antisémite parce qu’il reproduit beaucoup de scénarios culturels “on ne change rien à la tradition, on ne bouge pas, la créolisation mon Dieu quelle horreur”, tout ça, ce sont des traditions qui sont beaucoup liées au judaïsme. Ça a ses mérites, ça lui a permis de survivre dans l’histoire.

    Mais ça c’est juste de la grosse merde en fait. Si on doit l’accuser d’antisémitusme, c’est pour moi, l’exemple le plus flagrant (en plus du commentaire bizarre sur le peuple déicide et de sa théorie du complot sur Merah).

    Il en oublie que les juifs ont longtemps été ségregués par les pouvoirs en place, qu’ils étaient forcés de vivre dans des quartiers à part (ghetto) et à porter des vêtements distinctifs tout ça pour qu’ils ne se mélangent pas au reste de la population.

  8. Ah non Médiapart n’a pas le droit de sortir un article contre Mélenchon, c’est un journal d’extrême-gauche biaisé qui manipule les faits pour qu’ils aillent dans le sens de la gauche et qui vont passer sous silence leurs conneries !

  9. On ne me vendra pas que LFI est une organisation antisémite – l’opportunité est trop belle pour la droite et les arguments (oui j’ai lu l’article) trop courts.

    En revanche, LFI est à un moment où elle doit plus que jamais être l’organisation la plus compétente et la plus engagée sur ce sujet. La barre est haute, et elle doit l’être. Le contexte l’exige.

    Donc (et là je me place dedans bien que pas LFI) lisons les critiques, écoutons les concernées, et fermons nos gueules jusqu’à ce qu’on soit bien solides sur nos appuis.

  10. stop à la pureté militante un jour
    les intérêts des uns et des autres sont pourtant clairs en ce moment

  11. Aah le brigading dans les commentaires… La petite secte est de sortie pour défendre son gourou

  12. C’est quand même fantastique cette haine de Médiapart pour Mélenchon. Pour le coup s’il y a bien un repère de gauchistes qui ont des accointances douteuses avec les islamistes, c’est bien chez Plenel, le pote de Tariq Ramadan…

  13. L’extrême droite reste évidemment la plus ouvertement et violemment antisémite dans tous les cas. Même quand ils le cachent ils y arrivent pas.

    Mais Mélenchon à plus ou moins vrillé depuis plusieurs années et a avancé certains trucs très très tendax… Dans ou hors de leur contexte

    Ce qui est dommage puisque il est a la tête de la gauche…

  14. Je ne comprends pas le propos du journaliste. Un positionnement antisioniste et anticapitaliste n’est pas antisémite, quoi qu’essayent de nous faire croire des éléments des deux premiers. On ne pourrait plus s’opposer à la Finance ou au grand Capital parce que des juifs en feraient partie ? Idem pour Israël ? On marche sur la tête là.

    Il serait peut-être temps de cesser d’alimenter le CRIF qui n’est qu’une antenne de Tel-Aviv qui ne dit pas son nom.

    Edit: Ses propos sur le Vel d’Hiv sont nuls à iech, mais il est question de la responsabilité historique de l’administration française et de ses citoyens sous l’occupant. Pas de nier l’évènement. À nouveau je vois mal ce que ça vient faire ici. Dire qu’un tel ou une telle serait +/- coupable ou complice d’une partie de la Shoah n’a rien d’antisémite. À ce rythme ouvrir un livre d’histoire et débattre de certains évènements sera systématiquement qualifié d’antisémite si les intervenants ne soutiennent pas Israël.

  15. J’ai l’impression que les 3/4 de ce qu’on lui reproche est stupide. Ton dogwhistle c’est pas un dogwhistle si ta “réf” à plus d’un siècle, anecdotiques et que ton public n’est pas cultivé sur le sujet.

    Le truc des policiers “sur la croix” (*remarque grotesque au passage*) je l’interprète plus comme “le peuple souverain fait ses choix” (même si ça reste un peu bancal comme réponse) plutôt que “C’est les juifs qui menacent les policiers et sont violents”[???]. C’est même pas une thèse antisémite qui existe!

    Et puis mince, JAMAIS Mélenchon ne soutiendra la MOINDRE loi antisémite. JAMAIS il ne mettra en place des politiques discriminatoire et c’est lui qui sera le plus ouvert à des débats citoyens.

  16. Mélanchon est pétrit de défauts, mais antisémite, franchement je pense pas. Enfin, c’est possible, mais les exemples ne me semblent pas assez parlants.

  17. Quand je pense à Jean Luc et Sophia, je vois Grima et Thoeden.

  18. Je conchis Mélenchon, mais je ne crois pas qu’il soit antisémite, seulement il brosse dans le sens du poil son électorat, du clientélisme et un opportunisme politique mal placé.

  19. Il a mal vieilli…

    Finir par mélanger anti-impérialisme et pro-terrorisme, anti-zionisme et antisémitisme, réalisme et complotisme.

    Je sais pas pourquoi il a encore une fanbase chez LFI, alors qu’ils ont pas mal de successeurs potentiels.

  20. Juste pour le fun tu voudrais pas nous donner les stats de votes pour qu’on estime un peu le brigading sur cet article ?

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