« Le sexisme commence à la maison, continue à l’école et explose en ligne », s’inquiète le Haut Conseil à l’égalité dans un rapport

by Folivao

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  1. *Le rapport est disponible [ici](https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/stereotypes-et-roles-sociaux/actualites/article/6eme-etat-des-lieux-du-sexisme-en-france-s-attaquer-aux-racines-du-sexisme)*

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    **L’organisme publie, lundi 22 janvier, son état des lieux annuel. « Chez les garçons, les tendances masculinistes s’affirment et chez les filles, on relève la même dynamique régressive », s’inquiète sa présidente, Sylvie Pierre-Brossolette.**

    C’est sur un constat peu réjouissant que s’ouvre l’état des lieux annuel du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE), publié lundi 22 janvier. « Loin de reculer, le sexisme s’ancre, voire progresse » en 2023, prévient d’emblée l’organisation consultative indépendante, qui a pour mission d’orienter les politiques publiques en matière d’égalité. Elle s’appuie sur les résultats d’un baromètre Viavoice, réalisé auprès de 3 500 personnes en novembre 2023.

    La lecture de certains résultats renvoie un parfum des années 1960. Ainsi, 60 % des femmes (toutes générations confondues) pensent qu’elles doivent être discrètes pour correspondre à ce que la société attend d’elles (45 % des hommes sont d’accord) et 66 % qu’elles doivent être douces et sensibles (rejointes par 67 % des hommes).

    Certains enseignements montrent un paradoxe ; alors que 82 % des femmes ont déjà le sentiment d’avoir été moins bien traitées en raison de leur sexe, et que neuf sur dix ont déjà modifié leurs comportements afin d’échapper au sexisme, elles s’en font aussi, parfois, les porte-parole. Ainsi, 52 % pensent que, pour correspondre à ce qu’on attend d’elles, elles doivent avoir des enfants. Et, si elle reste minoritaire, l’idée qu’il « est normal que les femmes s’arrêtent de travailler pour s’occuper de leurs enfants », approuvée par 34 % d’entre elles, progresse de 7 points par rapport à 2023.

    Les normes viriles ne sont pas en reste : 70 % des hommes estiment qu’un homme doit pouvoir prendre en charge financièrement sa famille (63 % des femmes le pensent aussi) et 31 % qu’il faut savoir se battre (27 % des femmes approuvent).

    « Nous avons une confirmation du rapport de l’an dernier qui pointait un sexisme persistant, avec, une nouvelle fois, une inquiétude particulière sur la tranche des 25-34 ans, analyse Sylvie Pierre-Brossolette, la présidente du HCE. Chez les garçons, les tendances masculinistes s’affirment et chez les filles, on relève la même tendance régressive, avec par exemple la valorisation de rôles traditionnels et de stéréotypes. »

    **Etude des « incubateurs » de normes sexistes**

    Les hommes de cet âge témoignent, plus que les autres, d’une « forme de passivité, voire d’hostilité et de résistance à l’émancipation des femmes dans la société », pointe le rapport.

    Par exemple, ce sont les plus nombreux (52 %) à considérer que l’on s’acharne sur les hommes, et 59 % disent qu’il « n’est plus possible de séduire une femme sans être vu comme sexiste ». Chez les jeunes femmes aussi, certaines injonctions sont parfaitement assimilées. Par exemple, 58 % d’entre elles considèrent qu’une femme doit faire passer sa famille avant sa carrière (contre 46 % tous âges et sexes confondus).

    Passé ce constat général, le HCE s’intéresse tout particulièrement dans cette édition aux racines du sexisme, avec une plongée dans la famille, l’école, et le numérique.

    Comment les enfants intègrent-ils les normes sexistes, et de quelle manière les parents les transmettent-ils, même inconsciemment, avant que l’école et Internet prennent le relais ? En observant ces différents « incubateurs », le HCE met au jour des mécanismes communs qui conduisent garçons et filles à intégrer et à répéter les stéréotypes de genre.

    Il éclaire aussi des ressentis différents. A la question « Diriez-vous que les femmes et les hommes sont traités de la même manière dans la vie de famille ? », l’écart entre garçons et filles est de 28 points chez les 25-34 ans. A titre de comparaison, un écart de 16 points sépare les deux sexes chez les 65 ans et plus.

    **« L’école fabrique du sexisme »**

    Chez les parents, pourtant, prédomine la conviction qu’ils ont éduqué leurs enfants de la même manière, quel que soit leur sexe ; 41 % pensent l’avoir fait à tous les niveaux, ce qui ne résiste pas à la lecture de certaines questions plus précises.

    Sur les jouets, par exemple, seuls 3 % des hommes ont reçu des poupées et 4 % des femmes des petites voitures dans leur enfance. Dès le plus jeune âge se met en place « une spécialisation des rôles de chacune et chacun », relève le HCE : « Chez les garçons, on valorise la force, la compétition, le mépris de la faiblesse, voire du féminin. Chez les filles, on valorise l’écoute, l’empathie, la douceur et la docilité. »

    L’école, qui constitue avec la famille le principal espace de socialisation des plus jeunes, n’est guère mieux outillée. « L’école fabrique du sexisme, plus d’une personne sur deux considère que femmes et hommes n’y connaissent pas le même traitement. » Qu’il s’agisse du partage de l’espace, où les garçons occupent le centre de la cour et les filles la périphérie, des comportements (62 % des femmes de 15 à 24 ans estiment que les garçons manquent de respect envers les filles), et des orientations « genrées et vectrices d’inégalités », l’école, à maints égards, est « le lieu de perpétuation des comportements genrés à l’égard des élèves ».

    Les mêmes inégalités se retrouvent, enfin, sur Internet et sur les réseaux sociaux, s’inquiète le Haut Conseil à l’égalité, particulièrement préoccupé par « la culture sexiste » qui s’y développe. Il pointe la violence en ligne à l’égard des femmes, la prolifération des stéréotypes de genre sur les plates-formes et l’image particulièrement dégradée des femmes dans les vidéos pornographiques, qui font office d’entrée dans la sexualité pour une grande partie des jeunes.

    **Trois recommandations principales**

    Au terme de ce constat très alarmant, le HCE appelle à réagir, soulignant que « précisément parce qu’il est une construction sociale, le sexisme n’est pas une fatalité ». L’organisation formule trois recommandations principales : déployer un programme d’éducation à l’égalité solide et obligatoire ; agir pour réguler les contenus numériques en s’appuyant sur l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique ; ouvrir la réflexion sur la création d’un nouveau délit, le délit de sexisme.

    « Le sexisme commence à la maison, continue à l’école et explose en ligne », martèle Sylvie Pierre-Brossolette, qui appelle à s’attaquer à ses causes « de toute urgence ».

  2. Je doute qu’il explose et je pense simplement que la répartition genrée des rôles a toujours été la norme. Le culte de l’androgynie est tout récent.

  3. J’ai l’impression que, comme pour plein d’autres trucs, ça vient d’une recherche d’identité. On a passé quelques temps à gommer (imparfaitement) les différences entre hommes et femmes, avec des femmes qui travaillaient et montaient les échelons dans les hiérarchies, et plus récemment des hommes qui s’occupaient plus de leurs enfants. Sauf que ça enlève des repères faciles, une identité-clé-en-main qu’on n’a plus : “Je suis un homme, je fais ça, c’est ma nature”, “Je suis une femme, je fais ça, c’est mon rôle”. Et il est beaucoup plus dur de se forger sa propre identité quand on n’a plus ces repères faciles. L’aspect anxiogène de la liberté, c’est l’incertitude.

    Alors pour pallier à cette incertitude, certains et certaines retournent vers les vieilles valeurs qui ont au moins l’avantage d’offrir des marqueurs d’identité faciles. On voit ça aussi avec les religions et les nationalismes en ce moment…

    Sinon, et plus légèrement :

    > Les normes viriles ne sont pas en reste : 70 % des hommes estiment qu’un homme doit pouvoir prendre en charge financièrement sa famille (63 % des femmes le pensent aussi) et 31 % qu’il faut savoir se battre (27 % des femmes approuvent).

    Pas moi qui me suis fait larguer par une meuf parce que j’ai parlé avec un gars agressif devant elle, qui a fini par se calmer et s’excuser, plutôt que de lui casser la gueule :’)

    Pas moi qui me suis fait next-er lors d’un date parce qu’elle voulait pas d’un gars gagnant moins qu’elle :’)

  4. Je suis curieux si des injonctions autrefois genrées ont été généralisés aux deux sexes ou à l’inverse ont disparus.

  5. >70 % des hommes estiment qu’un homme doit pouvoir prendre en charge financièrement sa famille (63 % des femmes le pensent aussi)

    Seuls ? Quel est l’écart avec cette même injonction pour les femmes ? J’ai du mal à croire que 63% des femmes estiment que l’homme doit seul prendre en charge financièrement leur famille.

  6. Je suis rassuré ce sexisme ne passe par aucun lieu de culte.

  7. Il commence dans nos institutions également. Les discussions d’homme à homme de Macron et Darmanin, les policiers qui refusent de prendre les plaintes de femmes battues, les députés ou des senateurs qui frappent et droguent des femmes. On peut également prendre l’exemole des journalistes et des acteurs ou des réalisateurs qui agressent des femmes parfois mineures… Et la justice qui prononce trop souvent des non-lieux, ou du sursis pour les agresseurs et les violeurs

  8. > Et, si elle reste minoritaire, l’idée qu’il « est normal que les femmes s’arrêtent de travailler pour s’occuper de leurs enfants », approuvée par 34 % d’entre elles, progresse de 7 points par rapport à 2023

    C’est un peu flippant en vrai cette américanisation sur le sujet, ça m’avait fait un choc culturel quand j’ai déménagé aux États Unis que tu aies des femmes qui soient éduquées qui veuillent s’arrêter de bosser pour s’occuper des enfants.

  9. Semaine derrière en collège rep.

    – Convoquer une famille parce que le gamin est chiant avec les meufs et fait des blagues avec Hitler.
    – Recevoir les parents : père et mère.
    – La mère n’a le droit de nous parler que si le mari ne donne son accord.
    – La mère prend une fois la parole sans y être invitée par le mari.
    – Le père met la mère à genoux par terre dans un coin de la salle et lui demande d’attendre son accord pour pouvoir se relever.

    – Plaindre la CPE qui va gérer le dossier…
    – Entendre que le cadre privé peut ne pas être républicain.

  10. pourquoi pointer du doigt un tel ou un tel quand même les films, la TV, les livres, la musique influencent notre vision.

    j’ai pas compris pourquoi les gens attaquent direct la religion lol

  11. Dans une période où l’état de l’économie ne permet plus de s’assurer une véritable émancipation par son seul travail ou sa seule volonté, ce n’est guère étonnant de voir un retour vers la famille/communauté qui reste généralement le seul moyen pour avancer et ça s’accompagne forcément de valeurs plus conservatrices, car c’est une structure plus sociale dans laquelle il y a une vie sous le contrôle de la communauté, car c’est elle qui te fait subsister. Quelque part tu existes avec une dette envers elle, que tu paies en te conformant plus au rôle (et valeurs) que celle-ci t’assignes.

  12. C’est bien les rapports mais si rien n’est fait derrière.

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