Pour l’instant, le gouvernement « le plus resserré de l’histoire », vanté par l’Elysée, ressemble surtout à un gruyère. Il y a des trous un peu partout. Aux transports, au logement, à la ville, à la mer, à la biodiversité, aux outre-mer… Après la nomination de quatorze ministres de plein exercice, le 11 janvier, le remaniement reste parcellaire, Emmanuel Macron et Gabriel Attal ayant décidé de le compléter après le discours de politique générale du premier ministre, prévu mardi 30 janvier. Avec le risque de saper l’efficacité de la machine gouvernementale et d’affaiblir le poids politique des futurs promus d’ores et déjà considérés de second rang.
Pourquoi un tel délai de carence ? L’exécutif le justifie par le souhait que les ministres nommés dans la première vague puissent laisser une empreinte dans l’opinion publique. Sauf qu’en attendant…
A Bercy, où œuvraient, jusqu’au remaniement, pas moins de cinq ministres (économie, industrie, transition numérique, budget, et enfin PME, artisanat, commerce et tourisme), les couloirs gris de l’hôtel des ministres sont déserts. A l’exception du 6e étage, où travaillent les équipes de Bruno Le Maire, le ministre de l’économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique, qui assument temporairement un surcroît de travail.
Dès les annonces du 11 janvier, les cabinets des quatre ministres délégués ont été invités à déménager leur carton, à rendre leurs ordinateurs, leurs téléphones, leur badge d’accès et à rentrer chez eux. Même si des conseillers admettent qu’ils restent, officieusement, en lien avec le cabinet de Bruno Le Maire pour assurer le suivi des affaires courantes.
Roland Lescure (industrie) ronge son frein en attendant la seconde vague ministérielle et a incité ses équipes à quitter Paris quelques jours pour souffler. Thomas Cazenave (budget) est parti à Bordeaux, où vit sa famille. Jean-Noël Barrot (transition numérique), lui, en profite pour « dormir, lire, écrire, ça permet de se concentrer sur l’essentiel », en attendant d’être fixé sur son sort. « On est dans une zone grise. L’organisation des ministères n’a pas été conçue pour des remaniements à double détente », confie-t-il. M. Barrot avait calé plein de rendez-vous au sommet de Davos, qui a eu lieu du 15 au 19 janvier, où il n’a finalement pas pu aller et d’où Emmanuel Macron est revenu avec « plein d’idées ».
En salle d’attente, quatorze ministres délégués ou secrétaires d’Etat en sursis multiplient, avec fébrilité, coups de fil et rendez-vous discrets pour tenter de rester « en cour » auprès du chef de l’Etat et obtenir les faveurs du nouveau premier ministre. Il y a ceux qui ont reçu quelques assurances de retrouver leur portefeuille, comme Stanislas Guerini (fonction publique), qui continue de gérer les affaires courantes, ou Roland Lescure (industrie), qui pourrait élargir son périmètre à l’énergie. Ceux qui sont donnés partants au gré d’indiscrétions volatiles, comme Clément Beaune (transports), Philippe Vigier (outre-mer) ou Sabrina Agresti-Roubache (ville). Et tous les autres…
Ni encore renommés ni vraiment remerciés, ils n’appartiennent plus au gouvernement. De son côté, Dominique Faure (collectivités territoriales), qui a fait part de son intention de rempiler, continue à travailler en reprenant ses notes, selon son entourage. Sur le réseau social X, elle se présente toujours comme ministre.
Fadila Khattabi (personnes handicapées) tente aussi de forcer son destin. Elle non plus n’a pas modifié sa fonction sur X. Elle y a souhaité la bienvenue à Catherine Vautrin, qui prend le relais de son ex-ministre de tutelle – la ministre des solidarités, Aurore Bergé. « Je suis en contact avec mes équipes et nous suivons tout ce qui concerne les solidarités et les personnes handicapées, fait-elle valoir. Je suis sereine, car ces sujets tiennent à cœur à Emmanuel Macron et nous avons de bons résultats. Il faut être patient et faire preuve d’humilité. Je me tiens à la disposition du président et du premier ministre. »
Agnès Firmin Le Bodo (santé), pharmacienne au Havre (Seine-Maritime) où elle reste conseillère municipale, a renoué avec son quotidien d’élue locale : « J’ai retrouvé un rythme de vie plus normal. Je le vis bien. Les gens sont très gentils avec moi. Ils sont fiers du travail accompli. » Mais, derrière le comptoir de son officine, elle ajoute : « Ils ont envie que je reparte [au gouvernement]. » A l’entendre, l’enquête judiciaire en cours sur les cadeaux qui lui ont été offerts de 2015 à 2020 par le laboratoire Urgo pour un montant estimé à 20 000 euros ne saurait être un obstacle à sa nomination : « Une affaire qui n’en est pas une. Je ne suis pas mise en examen et il n’y a pas de conflit d’intérêts. »
Depuis le 11 janvier, c’est aussi de 200 à 300 membres des cabinets ministériels, non fonctionnaires, qui sont rayés des effectifs. A Bercy, une « prime de chute » de 2 000 euros brut, traditionnellement versée lorsque le cabinet est dissous, leur a été versée. Mais la règle impose que le salaire complet de janvier touché, ils devront rembourser le trop-perçu. Autant de collaborateurs en moins pour assurer la bonne marche gouvernementale. La question du suivi des dossiers, certains très urgents, se pose de plus en plus à mesure que la vacance ministérielle s’éternise.
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Pour l’instant, le gouvernement « le plus resserré de l’histoire », vanté par l’Elysée, ressemble surtout à un gruyère. Il y a des trous un peu partout. Aux transports, au logement, à la ville, à la mer, à la biodiversité, aux outre-mer… Après la nomination de quatorze ministres de plein exercice, le 11 janvier, le remaniement reste parcellaire, Emmanuel Macron et Gabriel Attal ayant décidé de le compléter après le discours de politique générale du premier ministre, prévu mardi 30 janvier. Avec le risque de saper l’efficacité de la machine gouvernementale et d’affaiblir le poids politique des futurs promus d’ores et déjà considérés de second rang.
Pourquoi un tel délai de carence ? L’exécutif le justifie par le souhait que les ministres nommés dans la première vague puissent laisser une empreinte dans l’opinion publique. Sauf qu’en attendant…
A Bercy, où œuvraient, jusqu’au remaniement, pas moins de cinq ministres (économie, industrie, transition numérique, budget, et enfin PME, artisanat, commerce et tourisme), les couloirs gris de l’hôtel des ministres sont déserts. A l’exception du 6e étage, où travaillent les équipes de Bruno Le Maire, le ministre de l’économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique, qui assument temporairement un surcroît de travail.
Dès les annonces du 11 janvier, les cabinets des quatre ministres délégués ont été invités à déménager leur carton, à rendre leurs ordinateurs, leurs téléphones, leur badge d’accès et à rentrer chez eux. Même si des conseillers admettent qu’ils restent, officieusement, en lien avec le cabinet de Bruno Le Maire pour assurer le suivi des affaires courantes.
Roland Lescure (industrie) ronge son frein en attendant la seconde vague ministérielle et a incité ses équipes à quitter Paris quelques jours pour souffler. Thomas Cazenave (budget) est parti à Bordeaux, où vit sa famille. Jean-Noël Barrot (transition numérique), lui, en profite pour « dormir, lire, écrire, ça permet de se concentrer sur l’essentiel », en attendant d’être fixé sur son sort. « On est dans une zone grise. L’organisation des ministères n’a pas été conçue pour des remaniements à double détente », confie-t-il. M. Barrot avait calé plein de rendez-vous au sommet de Davos, qui a eu lieu du 15 au 19 janvier, où il n’a finalement pas pu aller et d’où Emmanuel Macron est revenu avec « plein d’idées ».
En salle d’attente, quatorze ministres délégués ou secrétaires d’Etat en sursis multiplient, avec fébrilité, coups de fil et rendez-vous discrets pour tenter de rester « en cour » auprès du chef de l’Etat et obtenir les faveurs du nouveau premier ministre. Il y a ceux qui ont reçu quelques assurances de retrouver leur portefeuille, comme Stanislas Guerini (fonction publique), qui continue de gérer les affaires courantes, ou Roland Lescure (industrie), qui pourrait élargir son périmètre à l’énergie. Ceux qui sont donnés partants au gré d’indiscrétions volatiles, comme Clément Beaune (transports), Philippe Vigier (outre-mer) ou Sabrina Agresti-Roubache (ville). Et tous les autres…
Ni encore renommés ni vraiment remerciés, ils n’appartiennent plus au gouvernement. De son côté, Dominique Faure (collectivités territoriales), qui a fait part de son intention de rempiler, continue à travailler en reprenant ses notes, selon son entourage. Sur le réseau social X, elle se présente toujours comme ministre.
Fadila Khattabi (personnes handicapées) tente aussi de forcer son destin. Elle non plus n’a pas modifié sa fonction sur X. Elle y a souhaité la bienvenue à Catherine Vautrin, qui prend le relais de son ex-ministre de tutelle – la ministre des solidarités, Aurore Bergé. « Je suis en contact avec mes équipes et nous suivons tout ce qui concerne les solidarités et les personnes handicapées, fait-elle valoir. Je suis sereine, car ces sujets tiennent à cœur à Emmanuel Macron et nous avons de bons résultats. Il faut être patient et faire preuve d’humilité. Je me tiens à la disposition du président et du premier ministre. »
Agnès Firmin Le Bodo (santé), pharmacienne au Havre (Seine-Maritime) où elle reste conseillère municipale, a renoué avec son quotidien d’élue locale : « J’ai retrouvé un rythme de vie plus normal. Je le vis bien. Les gens sont très gentils avec moi. Ils sont fiers du travail accompli. » Mais, derrière le comptoir de son officine, elle ajoute : « Ils ont envie que je reparte [au gouvernement]. » A l’entendre, l’enquête judiciaire en cours sur les cadeaux qui lui ont été offerts de 2015 à 2020 par le laboratoire Urgo pour un montant estimé à 20 000 euros ne saurait être un obstacle à sa nomination : « Une affaire qui n’en est pas une. Je ne suis pas mise en examen et il n’y a pas de conflit d’intérêts. »
Depuis le 11 janvier, c’est aussi de 200 à 300 membres des cabinets ministériels, non fonctionnaires, qui sont rayés des effectifs. A Bercy, une « prime de chute » de 2 000 euros brut, traditionnellement versée lorsque le cabinet est dissous, leur a été versée. Mais la règle impose que le salaire complet de janvier touché, ils devront rembourser le trop-perçu. Autant de collaborateurs en moins pour assurer la bonne marche gouvernementale. La question du suivi des dossiers, certains très urgents, se pose de plus en plus à mesure que la vacance ministérielle s’éternise.