Journalistes politiques : Benjamin Duhamel, Neïla Latrous, Le Bret… à la télé, la génération Attal prend le pouvoir

by Octave__Parango

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  1. Dans la plupart des chaînes de télévision, la vie politique est couverte par des reporters âgés de 28 à 40 ans. La même tranche d’âge que le président de la République et le Premier ministre.

    Élection après élection, le constat est le même, implacable : les jeunes boudent les urnes et se désintéressent de la politique. Dans les médias, c’est tout le contraire. La matière émoustille les bébés journalistes, dès la sortie de l’école. Il suffisait de zapper lors du [remaniement ministériel à la suite de la nomination de Gabriel Attal à Matignon](https://www.leparisien.fr/politique/gabriel-attal-nomme-premier-ministre-dans-le-secret-du-premier-jour-09-01-2024-GRUNGZFBA5HWRDCHC5JR7OGGCU.php?ts=1706289414821) pour voir sur toutes les chaînes des journalistes à l’air poupin enchaîner les duplex devant l’Élysée ou égrener leurs dernières indiscrétions sur les plateaux de télévision.

    « Lors de la dernière [conférence de presse du président de la République](https://www.leparisien.fr/politique/direct-conference-de-presse-demmanuel-macron-suivez-la-prise-de-parole-du-chef-de-letat-16-01-2024-CBW72V64ZNG7ZMCQYGAGEXXGK4.php), cela sautait aux yeux. La nouvelle génération a pris le pouvoir », souffle une figure de France Télévisions. Ce jour-là, la première question au chef de l’État a été posée par [Jean-Rémi Baudot ](https://www.leparisien.fr/culture-loisirs/tv/lorrain-senechal-quitte-franceinfo-remplace-par-jean-remi-baudot-19-07-2023-CKJWDR6QXJHEZMJALC6FDY4HS4.php)de Franceinfo, 41 ans. La dernière par Sehla Bougriou de TF 1, 34 ans. Et ces deux-là sont des vétérans par rapport à Benjamin Duhamel de BFMTV ou Gauthier Le Bret de CNews, 28 ans tous les deux.

    ## Ils ont débuté en suivant la campagne de Macron en 2016

    « En 2016, personne ne croyait aux chances de Macron. Dans les rédactions, les journalistes les plus expérimentés suivaient la campagne Fillon. Celle de Macron a été confiée aux plus jeunes, qui sont restés après suivre l’Élysée », se souvient Valérie Nataf de TF 1. Aucun retour en arrière depuis, bien au contraire.

    Dans toutes les rédactions, les reporters politiques sont de la [génération du nouveau Premier ministre](https://www.leparisien.fr/politique/remaniement-a-34-ans-gabriel-attal-devient-le-plus-jeune-premier-ministre-de-la-ve-republique-09-01-2024-23MMTDCJWNH7PHBGJ4FTZHLDNU.php). « C’est comme le football, tous les dix ans, l’équipe change. La génération 2018 a chassé la génération 1998. En 2007, Caroline Roux, Bruno Jeudy, Alba Ventura, et tous ceux qui avaient couvert la campagne de Nicolas Sarkozy ont émergé partout », rappelle Neïla Latrous, la chef du service politique de BFMTV, 37 ans, qui insiste sur le fait que le talent n’a pas d’âge.

    « [Benjamin Duhamel](https://www.leparisien.fr/culture-loisirs/tv/bfmtv-benjamin-duhamel-recupere-linterview-politique-du-dimanche-24-06-2023-LTXFD6LSJ5GC3PKX5YPCV5MYDE.php) a déjà une culture politique hors du commun », observe-t-elle, admirative. Le fils de l’éditorialiste de France 2 Nathalie Saint-Cricq est tombé dans la politique quand il était petit. Et son oncle Alain n’était pas beaucoup plus vieux quand il a lancé en 1970 « À armes égales », rendez-vous phare de l’ORTF.

    Le rajeunissement de la classe médiatique va de pair avec celui de la classe politique, accélérée lors de l’élection d’Emmanuel Macron, plus jeune président de la Ve République. Pour Adrien Gindre, nommé chef du service politique de TF 1 en 2018, à l’âge 34 ans, les médias ont pris un coup de jeune bien avant les arcanes des ministères et du Parlement.

    « Le rajeunissement du journalisme a précédé celui de la classe politique. L’émergence des chaînes info et des réseaux sociaux a exigé que les personnalités politiques se mettent à notre rythme et réagissent vite, partout, tout le temps.

    Elles ont dû revoir leur façon de communiquer, notamment sur X, Instagram et TikTok que maîtrisent aussi bien Emmanuel Macron ou [Jordan Bardella](https://www.leparisien.fr/elections/europeennes/pour-les-europeennes-jordan-bardella-joue-a-fond-la-carte-jeunes-27-01-2024-4SPT35MSDVB5BGOKVDRI4B46OQ.php) que Jean-Luc Mélenchon », ajoute celui qui fête ses 40 ans ce week-end.

    Les reporters de la génération Z, nés avec un smartphone dans la poche, sont mieux armés dans ce nouveau monde que ceux qui ont côtoyé François Mitterrand. Plus à l’aise aussi pour échanger avec les membres des cabinets, particulièrement jeunes.

    Trop selon l’Élysée, qui a récemment demandé à ses ministres de « senioriser » leurs équipes de communication, en misant plutôt sur les quadras que sur les vingtenaires. Sur ceux qui ont plus d’expérience dans la gestion des médias et des crises.

    ## Du terrain au plateau

    À en croire les plus anciens, ce renouvellement serait un perpétuel recommencement. Passé deux présidentielles, les plus brillants deviennent intervieweurs ou éditorialistes.

    « C’est normal qu’on envoie les débutants faire le pied de grue dans le froid devant les ministères et que les plus vieux restent au chaud sur les plateaux », plaisante [Jean-Michel Aphatie, entouré de petits jeunes tous les soirs sur le plateau de « Quotidien »](https://www.leparisien.fr/culture-loisirs/tv/tpmp-quotidien-et-c-a-vous-alors-cetait-comment-la-rentree-04-09-2023-MIBA7KVMMNGCTNKNARJSHWHR3A.php) sur TMC.

    Les campagnes électorales sont des « lessiveuses ». « Être en direct de 6 heures à 23 heures, peu dormir, courir partout, être dans des meutes, c’est épuisant physiquement. Tu ne fais pas ça pendant vingt ans », lance un ancien.

    « Durant une présidentielle, vous n’avez pas de vie pendant un an. C‘est compliqué pour vos familles et vos enfants. Mais, soyons honnêtes, c’est un tremplin pour la suite de sa carrière », décrypte Gauthier Le Bret, qui a suivi pour CNews la tentative d’Éric Zemmour en 2022.

    Pour le récompenser, son patron lui a confié un édito matinal et les remplacements de Pascal Praud. Les chaînes info expliquent d’ailleurs ce vent de fraîcheur. « Dans les années 1990, c’était mission impossible de se faire une place sur TF 1 ou France 2 aux côtés de la génération Chirac. Avec les chaînes info, il y a beaucoup plus d’opportunités », analyse un présentateur aux tempes grisonnantes.

    ## Des recrues « beaucoup plus militantes »

    Quelques-uns montent vite. Trop vite selon leurs confrères. « Le problème d’une partie de cette génération, c’est parfois son manque d’expérience du terrain et des réalités. C’est essentiel de connaître [le quotidien d’un agriculteur](https://www.leparisien.fr/yvelines-78/agriculteurs-en-colere-dans-le-foyer-de-cecile-on-vit-avec-mon-salaire-de-1-000-euros-26-01-2024-XIBRCNCMSJFMFBL5HIGB77W6N4.php), la vie dans une passoire thermique… Si on n’a rien vu, on fait de l’opinion. Et cela amplifie la déconnexion entre le terrain, le ressenti des Français et la politique », ajoute un journaliste en vogue.

    Valérie Nataf, elle, juge ces recrues « beaucoup plus militantes ». « Nous étions nombreux à avoir fait de la politique lors de nos études. On nous l’a beaucoup reproché alors qu’on s’est efforcés pendant toute notre vie professionnelle d’être chacun le plus impartial possible. Aujourd’hui, certains ont un traitement de la politique partisan », lâche la journaliste.

    Pour lutter contre cela, toutes les chaînes interrogées préconisent un mix générationnel. « L’âge n’est jamais un critère. On ne se fie qu’à la compétence. On fait juste attention à ce qu’il y ait toujours une diversité d’âges représentée sur un plateau. Ni trop jeune, ni trop vieux », affirme Philippe Corbé, le directeur de la rédaction de BFMTV qui peut compter à la fois sur la fougue de Benjamin Duhamel et sur[ la mémoire de son oncle Alain](https://www.leparisien.fr/culture-loisirs/marchais-mitterrand-cartes-sur-table-ses-derniers-jours-alain-duhamel-raconte-jean-pierre-elkabbach-04-10-2023-PHS7HOWPLVBE5HFJCHKCPXRF5I.php).

    Par [Benoît Daragon](https://www.leparisien.fr/auteur/benoit-daragon/)

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