« Presque tous les CM2 ont vu Squid Game » : comment Netflix est devenue la nouvelle baby-sitter

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  1. **Depuis que son fils lui a dit que la plupart des enfants de l’école avait vu la série coréenne, Nicolas Santolaria, dans sa chronique « parentologie », se demande si les plates-formes de streaming ne sont pas devenues les nouvelles nounous.**

    Publié aujourd’hui à 10h00, mis à jour à 12h14

    Chronique. Lorsque nous voulons être tranquilles, il arrive régulièrement que ma femme ou moi collions nos enfants devant la télé. Enfin, quand je dis « télé », il s’agit d’un abus de langage, car nous les collons plus précisément devant Netflix. D’ailleurs, pas besoin de trop insister pour ça. Appréciée des plus petits, la plate-forme de streaming est devenue, au fil des années, une sorte de baby-sitter de substitution, économique, toujours dispo, et parlant parfaitement plusieurs langues. Les effets collatéraux liés à la fréquentation de cette nurse vidéo sont nombreux, et parfois surprenants (attention spoiler).

    « Regarde ce que j’ai fait, papa ! », m’a dit mon fils aîné, âgé de 10 ans, l’autre jour au retour de l’école, en me tendant un petit bout de papier. Une mini-rédaction sur la révolution industrielle ? Un haïku à la gloire de l’école républicaine ? Un origami inspiré par la géométrie euclidienne ? Rien de tout cela. Ce qu’il y avait sur le petit papier était un dessin, représentant un des personnages masqués de la série Squid Game, diffusée sur Netflix. J’ai haussé un sourcil interrogatif, car mon fils est censé n’avoir jamais regardé cette production coréenne, diffusée depuis le 17 septembre et interdite au moins de 16 ans. « Oui, mais il y a beaucoup de gens qui en parlent sur TikTok », m’a-t-il précisé sur le ton de l’évidence, histoire de me faire comprendre qu’un divertissement avec un coefficient de viralité si élevé ne pourrait pas échapper à ses radars.

    Caractérisée par sa violence décomplexée et son esthétique pop acidulée, cette mini-série en neuf épisodes n’est rien moins que LE phénomène du moment. Dans une veine dystopique rappelant Hunger Games ou encore Battle Royale, la création de Hwang Dong-hyeok met habilement en scène des adultes endettés qui, pour s’en sortir, acceptent de participer à une compétition mystérieuse, dotée d’un prix de 45,6 milliards de wons (soit environ 33 millions d’euros).

    **Une étrange réapproppriation**

    Rapidement, ils vont découvrir que les épreuves qui doivent les départager sont directement inspirées par les jeux d’enfants, comme 1-2-3 soleil. A ce détail près qu’ici, celui qui bouge est descendu sur-le-champ, sous le regard horrifié de ses camarades. Cette juxtaposition de l’innocence ludique propre à l’univers enfantin et du sadisme adulte matérialisé par ce jeu de massacre participe indéniablement au malaise (et à l’attrait) produit par Squid Game. Quelque chose, dans ce télescopage, raconte les tourments de notre époque, où celui qui est instamment invité par le système à ne pas grandir finit immanquablement par payer au prix fort ce tropisme régressif.

    Mais ce qui nous intéresse ici, c’est que Squid Game, par une étrange dialectique de réappropriation, a fini par vite revenir à sa source : la cour d’école. Comme l’ont relaté un certain nombre d’articles, les enfants de plusieurs groupes scolaires se seraient mis à jouer lors des récréations à ces passe-temps revisités. Dans un message diffusé sur Facebook, l’école primaire d’Erquelinnes en Belgique faisait savoir que les « élèves s’amusent donc à des jeux style 1-2-3 soleil (comme repris dans la série) et le perdant ou la perdante reçoit des coups. Des sanctions seront prises vis-à-vis des enfants qui continueront ce jeu », précisait le communiqué, concluant par le fait que le « 1-2-3 soleil » originel, sans sévices, restait autorisé.

    En France, le ministère de l’éducation nationale a appelé les directeurs académiques à la vigilance alors que sur Facebook, la gendarmerie du Rhône se fendait d’un message de prévention catastrophiste : « Vous devez en parler avec vos enfants. Surtout si [ils] aiment regarder des séries sur Netflix. Sensibilisez vos enfants aux conséquences que cela peut engendrer ! » Entre temps, nous avons reçu un mot de l’école appelant à être attentif aux programmes visionnés par les enfants, car, dans le sillage de Squid Game, seraient apparus chez les élèves de nouveaux comportements, sans qu’il soit précisé lesquels.

    **Mimer la mort**

    Derrière cette trouille sans doute exagérée de la contagion comportementale, il y a une réalité. Le fait que Netflix soit devenue la toile de fond devant laquelle poussent désormais les jeunes esprits. L’ergonomie particulière de la plate-forme, qui fait que l’on peut passer en un clic des Ninjago à Stranger Things, a contribué à normaliser le visionnage par les enfants de productions destinées aux adultes. Mon fils aîné me confiait ainsi que « quasiment tous les CM2 et pas mal de CM1 ont déjà vu Squid Game ». Si les élèves de son école rejouent eux aussi le « 1-2-3 soleil » de la série, ce n’est pas en frappant les perdants, mais simplement en mimant la mort, ce qui revient à dépouiller de sa dimension métaphorique la mécanique initiale du jeu.

    Avant Squid Game, Lupin, Sex Education ou encore La Casa de papel s’étaient déjà taillé un franc succès auprès des moins de 10 ans. Cette dernière série venue d’Espagne, qui romantise le braquage de banque, aurait-elle produit elle aussi des effets collatéraux dans la cour d’école ? J’avoue que je me suis posé la question le jour où mon fils m’a dit : « Quand on joue aux gendarmes et aux voleurs, plus personne ne veut faire le policier. » Influant incontestablement sur les esprits, ces créations accouchent d’émulsions psychiques aux résultats difficilement prévisibles.

    Mais cette baby-sitter ne mérite sans doute pas la panique morale qu’elle est en train de susciter. Sans minimiser les effets potentiellement négatifs des images violentes sur de jeunes esprits, on peut poser le problème autrement qu’en termes de béhaviorisme bas de plafond : et si la crainte réelle des institutions n’était pas tant liée à la reproduction de comportements problématiques vus à l’écran, qu’à la révélation de la réalité brutale du monde adulte, et de sa presque totale absurdité ?

    Comme l’explique très bien la philosophe Sandra Laugier dans son passionnant ouvrage Nos vies en série (Climats, 2019), la fréquentation des œuvres sérielles, sorte de métaphysique mise en images, posséderait un réel pouvoir transformateur. Les séries, en nous confrontant à des problématiques de société raffinées, auraient à voir avec la formation à l’éthique et à la politique. « La série télévisée devient, qu’on le veuille ou non, le lieu de l’éducation d’individus qui reviennent ainsi à une forme de perfectionnement subjectif par le partage et le commentaire d’un matériau public et ordinaire, intégré dans leurs vies », écrit-elle.

    Intimement mêlées à nos existences, les séries pourraient alors être envisagées comme cet espace d’expérience partagé où s’élaborent de nouvelles « formes de vies humaines ». Si l’on reprend l’exemple de Squid Game à l’aune de cette vision, on comprend mieux la panique morale suscitée. Cette œuvre parvient en effet à instiller dans les jeunes cerveaux, au travers de la figure d’un personnage attachant, l’idée que la condition de l’individu moderne est celle d’un être constitutivement endetté. Courir après la dette, au péril parfois de sa vie, est ce jeu absurde auquel s’abandonnent une grande partie des adultes. En présentant de manière concrète et assimilable des enjeux complexes, Netflix invite donc les enfants à aiguiser leur vision du monde, à édifier leurs propres normes, à questionner les mécanismes de la soumission. Et, pourquoi pas, à imaginer un avenir sans agios. Seul souci de cette interprétation : il va être difficile, dans les semaines à venir, de se passer de la baby-sitter.

    Nicolas Santolaria

  2. Bah putain. J’ai pas de gosse mais étant le grand frère d’une fratrie de 6 je me suis souvent occupée d’eux pour aider mes parents qui travaillent tout deux.

    Je suis désolé mais squid game est honnêtement une série ultra violente et je trouve ça scandaleux que des gamins aies vu ça. Après venez pas faire les choquer si vos gosses reproduise cette violence dans leur vie de tout les jours. Surtout avec squid game qui presente la mort comme un jeu!

  3. Les parents ne connaissent pas le profil “jeunesse” sur Netflix ?

    Y a assez de contenu sur Netflix pour éviter Squid Game et on laisse pas les enfants choisir ce qu’ils regardent… Puis TikTok non plus…

  4. J’ai l’honneur de vous dire que ma fille n’a jamais vu squid games et que dans son collège elle n’en a même pas entendu parler, peut être parce qu’on fait attention ?

  5. Honnêtement moi je trouverais ça dur d’être môme dans la société actuelle. Avec Netflix, Tiktok, youtube, il y a tellement de contenu adressésaux adultes ou mineurs plus vieux (17 genre) qui se retrouve mélangé avec du contenu pour enfant. Il suffit que le copain à l’école ait vu la série ou qu’il amène son téléphone portable à l’école pour montrer aux autres, et les enfants ils vont vouloir s’informer eux-mêmes et voir c’est quoi.

    C’est dur d’être exclus d’une grande partie du contenu audiovisuel sans autre explication que “c’est pas pour ton âge”. Pour un enfant ça veut rien dire ça.

    J’ai eu la chance d’avoir des parents qui nous (moi et ma fratrie) ont jamais vraiment fait chier à ce sujet parce que ils nous faisaient confiance et on leur faisait confiance, aussi parce qu’on se parle bcp. À 11 ans j’allais sur l’ordi sans supervision. Ma mère me disait “moi et ton père on regarde ce que tu fais”, bah ouais j’espère ! J’ai rien à cacher, même les choses moins appropriées pour mon âge, parce qu’au bout d’un moment l’enfant est curieux et putain c’est juste normal quoi.

    C’est une histoire de mesure et de connaître son enfant.

    Moi et mes frères on a jamais mal tourné.

  6. Je devais etre en 4 eme lorsque j’ai découvert battle royale. Et autant j’ai tendance a penser qu’on édulcore un peu trop les fictions destinées aux enfants, autant y a une limite et CM2 c’est vraiment beaucoup trop tot pour Squid game.

  7. Entre ça et tiktok je suis un peu flippé de ce que les gamins des autres remontent aux miens (Netflix surveillé et sans smartphone).
    Et j’en ai déjà touché 2 mots aux parents de celui qui se sentait obligé de partager les épisodes des kassos sur le whatshap des élèves de la classe.

  8. Source pour le titre : “mon fils de 9 ans m’a dit que tout le monde connaissaient la série grace à Tiktok”.

    Et allez c’est parti sur la panique morale, les nouveaux enfants rois et les nouveaux parents irresponsables.

  9. Mais quel article de merde!

    Ça commence par : “Chronique. Lorsque nous voulons être tranquilles, il arrive régulièrement que ma femme ou moi collions nos enfants devant la télé”

    Ensuite, tout un tas de mots et théories pseudo philosophiques, puis :”Netflix invite donc les enfants à aiguiser leur vision du monde, à édifier leurs propres normes, à questionner les mécanismes de la soumission”

    Pour finir par:”il va être difficile, dans les semaines à venir, de se passer de la baby-sitter.”

    Bref, c’est juste un article pour que le mec tente de se dédouaner (et les autres parents) de ses grosses lacunes en tant que parent.

    Netflix n’invite pas les gamins à quoi que ce soit, c’est interdit aux moins de 16 ans. Netflix pu Disney+, même combat, chacun son profil et mot de passe pour accéder au profil adulte, rien de compliqué la dedans.

    J’ai parfois l’impression que ma vie de papa est parfois plus compliquée que d’autres avec des enfants exigeants, en faire c’est petite être juste qu’on ne cède pas à la facilité des nounous numériques.

    Nous avons aussi la chance d’être dans un milieu scolaire qui prend ces problèmes au sérieux et collabore avec une association qui passe en classe pour les plus grands et fais des réunions le soir pour les parents afin d’étudier chacun (https://asso-generationnumerique.fr/)

    Chez moi, Netflix c’est pour la pat patrouille ou Dino train, c’est papa qui utilise la télécommande et c’est 30 minutes max le mercredi et le weekend.
    J’appréhende évidemment les années CMx et collège à venir car beaucoup plus difficile à contrôler (et il faut l’acheter du lest) mais je ferai en sorte d’être prêt.

  10. Beaucoup de commentaires comparent des violences cinématographiques qui n’ont plus rien à voir actuellement en terme de réalisme et psychologie.

    Sans oublier la quantité et l’exposition disponible actuellement.

    Les parents actuels sont cons ou dépassés, voire les deux…

    Bien sûr qu’il y a une histoire de confiance et il faut que jeunesse se fasse mais on sombre dans l’abus total.

  11. Ça m’étonne même pas… A 6 piges les copains de mon fils étaient plantés devant Fortnite.

    La plupart a déjà bouffé le deuxième suicide squad sous l’oeil attendri de leurs parents, dévore de l’animation japonaise qui n’a aucun rapport avec leur âge (désolé, mais même Boku no hero academia c’est bien trop violent pour un morveux), etc…

    Quand j’étais plus jeune on tapait des scandales pour le premier GTA….

  12. Certains parents devraient peut être tout simplement arrêter de considérer Netflix comme la baby sitter ? J’veux dire, si t’es pas foutu d’occuper ton mioche qu’autrement que devant la télé faut se poser des questions…

    Après la grande majorité des enfants ont consultés des contenus pas forcément approprié ; c’est même un défi parfois de faire un truc que tes parents t’interdisent…
    Gamine on ne voulait pas que l’on joue à GTA/COD par exemple. J’avais une PS2, et avec quoi on jouait avec mes potes dans ma rue ? Eh ben GTA. On trouvait ça cool de faire un truc en scret de nos darons.

    Après ça veut pas dire qu’il ne faut pas surveiller, mais ça ça implique que des parents comme ceux de l’article fassent leur taff. Et c’est pas dit.

  13. *Spoil*

    Pour ceux qui ont pas vu la série (et qui s’en foutent du spoil) et qui ne savent pas ce qu’elle contient:

    – scène d’abattage massive par arme à feu
    – scène de sexe dans les toilettes
    – scène d’abattage à bout portant par arme à feu
    – suicide par pendaison
    – meurtres par arme blanche
    – personnes qui s’écrasent au sol après une chute de plusieurs dizaine de mètres

    Etc… J’en oublie pas mal. Donc bon on est pas sur une petite série un peu violente, à côté un jeux vidéo style Call Of, Counter strike, etc. C’est du bisounours. Les parents ayant montré cette série à des gosses de 10 ans devraient sérieusement aller consulter. Il faut être taré pour laisser son gosse regarder ça.

  14. D’ailleur pk squid game est si populaire? C’est ok, je comprend pourquoi d’autre peuvent aimer mais c’est pas non plus incroyable

  15. 5 ans de procédure pour l’adoption et n’importe quelle attardé peut faire un enfant chercher l’erreur.

    La plupart des parents le fonts parce qu’ils ont rien d’autres à foutre. On est en plein remix d’idiocratie.

  16. Des fois on se demande a quoi sert les trucs PEGI/signaletique CSA si les parents savent pas faire leur boulot

  17. A l’époque, les grand frères des copains te montraient terminator 2 et massacre a la tronçonneuse, et resident evil sur ps1.

    Puis a partir de 11 ans tu pouvais aisément aller gratter des K7 d’horreur au vidéo club, même si t’en dormais pas de la nuit.

    Me souviens que certains allaient même sur des sites pornos sur le windows 2000 de la classe pendant la récré.

    Bref, t’as beau tout faire pour limiter la casse, un gamin trouvera toujours le moyen de consommer le média qu’il veut voir. Ce que je comprends moins, c’est comment un gamin de CM2 peut ne serais-ce savoir que ce truc existe. Ah pardon, ils sont tous sur les “réseaux sociaux”…

  18. Quelle va être l’excuse des parents cette fois?

    Pour accéder à Netflix, y’a pas une simple case à cocher « j’ai plus de 18 ans », faut faire peter la CB.

    On veut faire chier le péquin lambda avec le porn tout ça parce que les parents sont des branleurs qui n’éduquent pas leurs gosses et leur laissent faire ce qu’ils veulent sans contrôle.
    Prenez un OuiGo, vous verrez les merdeux brailler et courir partout sans que les parents disent rien.

    Le fait qu’autant d’enfants aient vu Squid Game, c’est la parfaite démonstration que la problématique n’est pas le contenu mais les parents eux-mêmes.

    Pas moyen de rejeter la faute sur les autres cette fois.

  19. Quand j’étais petit j’adorais les films de guerre… Soldat ryan, un pont trop loin, platoon, ect. Je pense que niveau violence on est pareil. L’enfant a 9 ans est déjà capable de derteminer si c’est de la fiction ou non. Je ne sais pas si je laisserai mon enfant devant seul mais bon..

  20. Rectification: ils en ont entendu parler par des grands, et se répètent les choses entre eux en déformant complètement

  21. C’est moins violent que ce que je pensais.

    Je pensais que ça serait comme la trilogie Vengeance, avec Old Boy etcetera.

    A 10 ans on avait déjà Batman de Tim Burton ou Robocop, il y a effectivement plus de sang dans Squid Game, et on était demandeurs du genre ce qui peut paraître bizarre mais on était pas des debilos.

    Les humiliations de profs ou actes violents d’élèves plus âgés sont bien plus traumatisantes que ce genre de fictions.

    Le problème serait que des enfants ne comprennent pas que c’est une fiction.

  22. Et moi en CM2 j’apprenais par cœur les horaires pour ne pas rater Power Rangers, BeyBlade ou Yu-Gi-Oh après les devoirs… Ils ont changé les gosses !

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