Comment la hausse de l’immobilier et la dégradation des services publics fragilisent les classes moyennes

by chou-coco

4 comments
  1. *L’explosion des prix de l’immobilier, les failles de l’Éducation nationale et la stagnation du pouvoir d’achat entravent depuis quelques années les mécanismes d’ascension des classes moyennes.*

    *Insubmersibles classes moyennes. Leur disparition, annoncée à intervalles réguliers depuis Marx, qui préférait parler de «petite bourgeoisie», n’a cessé d’être démentie. À nouveau, depuis dix ans, leur sort inquiète. Ce n’est pas cette fois-ci une crise économique qui les menacerait mais un profond vague à l’âme. Les classes moyennes auraient perdu toute confiance en la «promesse républicaine et méritocratique ». Tous les partis politiques accourent donc au chevet de ces Français du milieu, sans lesquels aucune élection ne se gagne.*

    *Sur le perron de Matignon, le jour de sa nomination, Gabriel Attal a ainsi tenu à manifester sa sollicitude : «Trop de Français doutent de notre pays, doutent d’eux-mêmes, doutent de notre avenir. Je pense en particulier aux classes moyennes, cœur battant de notre pays, artisans de la grandeur et de la force de notre nation française. »*

    *Aucune définition officielle n’en cadre ce vaste concept. «Par convention, il s’agit des ménages dont le niveau de vie est compris entre les deux tiers et le double du niveau de vie médian», avance le ministère de l’Économie dans la rubrique pédagogique de son site internet. Autrement dit, des personnes dont le niveau de vie évolue entre 1274 et 3860 euros pour un célibataire ou entre 2675 et 8100 euros pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans.*

    [Image](https://i.postimg.cc/TP4xwCvF/Classe.jpg)

    *Cette vaste fourchette recouvre par nature des profils extrêmement divers. «L’hétérogénéité des classes moyennes souffre difficilement une unité autre que partielle et abstraite» , notait déjà Raymond Aron en 1939. Selon l’intellectuel, la classe moyenne ne pourrait alors se définir que politiquement. Elle «existerait dans la mesure où elle se découvrirait une volonté une ».*

    *L’Institut Montaigne, qui a consacré il y a quelques jours une vaste étude aux classes moyennes, reprend cette ligne. Selon ses experts, ce sont bien leurs aspirations communes qui définissent la classe moyenne. «Ce groupe, qui n’a de classe que le nom, est la pierre angulaire d’un nouveau contrat social qui repose notamment sur un pilier : l’aspiration à la promotion sociale», avancent les auteurs de la note du cercle de réflexion libéral.*

    *«Smicardisation» de la France*

    *Pendant les Trente Glorieuses, cette aspiration a fonctionné parfaitement. Des cohortes d’enfants d’ouvriers et d’agriculteurs ont intégré la fonction publique ou sont devenues des employés dans le tertiaire. L’explosion des prix de l’immobilier, les failles de l’Éducation nationale et la stagnation du pouvoir d’achat entravent depuis quelques années ces mécanismes d’ascension.*

    *Selon l’Institut Montaigne, «l’inflation est un facteur aggravant de ces difficultés économiques mais ne fait que révéler un déséquilibre plus structurel entre les aspirations futures de ces classes moyennes et leurs marges de manœuvre réelles pour les réaliser». Les sujets de pouvoir d’achat pèseraient d’autant plus lourds pour les ménages des classes moyennes inférieures qu’ils consentent de lourds sacrifices pour inscrire leurs enfants dans les écoles privées, leur offrir des cours particuliers ou déménager dans des quartiers bourgeois afin de s’éloigner des classes populaires.*

    *Depuis quarante ans, les exécutifs successifs se sont concentrés sur la revalorisation du travail peu qualifié et les bas salaires*

    *Ces ménages très attachés au rôle «d’un État protecteur traditionnel aux promesses républicaines et méritocratiques » souffriraient particulièrement de l’effritement des services publics mais aussi des biais du très généreux système de redistribution française. Ce dernier se tourne en effet de plus en plus vers le soutien exclusif des ménages modestes et pauvres. Avant transfert, les ménages aux revenus médians affichent ainsi des ressources 4,4 fois supérieures aux plus pauvres. Après prélèvements d’un côté et prestations de l’autre, la différence est réduite à 1,3. Ce mécanisme de redistribution écrase aussi la différence entre les plus aisés et les classes moyennes, mais dans une proportion moindre.*

    *Derrière cette question des prélèvements, se retrouve le thème très actuel de la «smicardisation » de la France. Depuis quarante ans, les exécutifs successifs se sont concentrés sur la revalorisation du travail peu qualifié et les bas salaires. Deux leviers ont été utilisés sans modération à cette fin : les coups de pouce au smic et les baisses des cotisations patronales sur les bas salaires. Les résultats sont connus : le salaire de début d’un prof était de 2,3 fois le smic en 1982, il n’est plus que de 1,2 aujourd’hui.*

    *Le même schéma se répète dans presque toutes les professions. À l’automne, Élisabeth Borne avait confié à deux économistes, Antoine Bozio et Étienne Wasmer, la mission d’étudier l’articulation entre salaires et incitations fiscales afin «que le travail paie mieux». Ils rendront leurs préconisations au printemps.*

  2. Surprenant venant du Figaro. Après, la situation est tellement délétère qu’il faudrait être aveugle de le nier. Mais je doute qu’ils reconnaissent les causes réelles de cette dégradation du niveau de vie et de la merdification généralisée du pays.

  3. > Avant transfert, les ménages aux revenus médians affichent ainsi des ressources 4,4 fois supérieures aux plus pauvres. Après prélèvements d’un côté et prestations de l’autre, la différence est réduite à 1,3.

    Ah ouais, quand même…

  4. La privatisation toujours plus poussée **enrichit quelques-uns aux dépends de tous les autres.**
    Les profiteurs s’évadent fiscalement, il n’y a donc plus que la classe moyenne pour payer les impôts d’un service public qui n’existe plus.

    C’est donc la double peine, un exemple est celui des autoroutes. Payées par les impôts, exploitées par des sociétés privées, le peuple les a bâties paie – en partie – pour leur entretien, et doit payer au privé pour les utiliser.
    Vaste blague.

    Ajoutons l’inflation et les salaires stagnants, et a fortiori petit à petit la classe moyenne tombera dans le prolétariat.

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