Le paysan, ou l’imaginaire fantasmé d’un monde qui disparaît

by Physical-Stress4023

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  1. […] *Par ailleurs, au sein même des espaces ruraux, « les agriculteurs exploitants représentent moins de 6 % des actifs, selon le recensement de 2020, et seulement 1,34 % sur toute la France », signale le sociologue Nicolas Renahy, directeur de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). « Ils sont depuis longtemps bien moins nombreux que les ouvriers », précise-t-il. Paradoxalement, ils sont aussi beaucoup plus visibles, célébrés chaque année à l’occasion du Salon de l’agriculture qui, en plus d’aimanter les foules, est devenu un rituel incontournable de la vie politique*

    […] *Extinction programmée de la paysannerie*

    *A partir des années 1970, se met en place un phénomène de « compensation nostalgique », décrypte Danièle Hervieu-Léger, à mesure que cette profession perd de son aura. « La réponse du gouvernement et le regard que posent les Français sur les agriculteurs, cette compassion vis-à-vis de leur situation et l’empathie face à leur mouvement, renvoient à une France dont on est nostalgique », confirme Corinne Marache. Et de poursuivre : « Il y a une difficulté à accepter cette fin des paysans et en particulier cette fin du modèle de l’exploitation agricole familiale, qui a généré un changement civilisationnel, et dont les derniers représentants sont en train de partir à la retraite. »*
    *L’extinction programmée de la paysannerie, avec le passage au modèle productiviste, va de pair avec le retour en grâce de cette profession dans l’imaginaire comme dans le champ de la recherche. Dès 1967, Henri Mendras (1927-2003), fondateur de la sociologie rurale, pose le diagnostic : son ouvrage La Fin des paysans, au titre prophétique, ouvre la voie. En 1975, le premier tome d’une vaste synthèse intitulée Histoire de la France rurale, dirigée par l’historien Georges Duby et Armand Wallon, inspecteur général de l’agriculture, sort en librairie. « Alors même que le monde universitaire des années 1950 et 1960 déplore la disparition des agriculteurs, la vie paysanne et les paysages ruraux vont occuper une place de plus en plus grande dans l’imaginaire national », analyse Sarah Farmer, professeure à l’université de Californie, dans La modernité est dans le pré (Flammarion, 2023).*

    [..]*Mieux, la ruralité suscite un regain d’intérêt dans le domaine de la recherche depuis un peu plus d’une décennie. « Quand j’ai soutenu ma thèse sur les métamorphoses du rural en Périgord, en 2003, j’étais très isolée. Ces thématiques ne passionnaient plus ni les collègues ni les médias. Mais, depuis dix ans, et plus encore depuis la pandémie de Covid-19, il est devenu compliqué de répondre à toutes les sollicitations, tant il y a de salons, de débats, de tables rondes sur les campagnes », témoigne Corinne Marache.*
    *En parallèle, le fantasme d’une société engloutie déploie ses ailes – parée d’un folklore inédit. Le visage de cette France couleur sépia se décline désormais en émissions de cuisine à la gloire des produits d’exception ou dans une télé-réalité comme « L’amour est dans le pré », restant palpable jusque dans le succès en France de la ferme Playmobil, que la marque allemande a déclaré vouloir remettre à l’honneur à l’occasion de ses 50 ans. Un foisonnement qui traduit le besoin de comprendre les nouveaux enjeux socio-économiques qui se dressent à l’horizon, autour de l’alimentation, de l’approvisionnement et de l’environnement.*

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