Au cœur des témoignages #MeTooGarçons, les dégâts d’une « idéologie de la virilité »

by Weekend-Allowed

4 comments
  1. C’est un assez long article de Marine Turchi au sujet de ce hashtag.

    >Ce sont quelques lignes sur son compte Instagram qui ont déclenché une avalanche de témoignages. Le 22 février, le comédien Aurélien Wiik a révélé avoir été « abusé », de ses 11 ans à ses 15 ans, « par son agent » et avoir « porté plainte à 16 ans » car son agresseur « le faisait à d’autres » : « Je l’ai envoyé en prison, il a pris cinq ans. » Et l’acteur de 43 ans d’appeler d’autres victimes à se manifester, sous le mot-dièse #MeTooGarçons.

    >Depuis, les témoignages affluent. Des récits entiers, crus. Parfois des bribes, une date, un âge, un moment enfoui comme un traumatisme. Ou juste quelques mots, pour dire « moi aussi ». La plupart rapportent des violences subies lorsqu’ils étaient mineurs, de la part d’autres hommes.

    Elle dresse ensuite un résumé des tweets que l’on pouvait lire, avec parfois une profession indiquée (auteur, metteur en scène, sociologue, militant écolo, député, journaliste et écrivain), et les âges auxquels ils ont été victimes (dans l’enfance). Certains avaient déjà témoigné publiquement et s’étaient sentis seuls ; ils disent vouloir croire que les choses ont un peu changé depuis. Plusieurs disent avoir eu du soutien de la part des femmes de leur entourage, et d’autre part, pour ceux ayant pris la parole publiquement, de militantes féministes, mais regrettent le silence des hommes.

    Puis, Marine Turchi explique en quoi ce hashtag diffère de précédents mouvements de paroles spécifiquement masculins : MeTooInceste était spécifiquement centré sur les victimes de pédocriminels, MeTooGay posait des questions spécifiques aux milieux gays.

    >, #MeTooGarçons, comme #MeToo, met sur la table la question « du rapport de force, qui est à la fois une différence d’âge et de pouvoir social », estime le sociologue Sébastien Chauvin, professeur associé à l’université de Lausanne, où il est codirecteur du Centre en études genre.

    (…)

    >« Souvent, un garçon, quand il est victime comme moi, se dit : “Pourquoi tu t’es pas débattu”, parce qu’on est dans une société où on a une représentation des hommes qui doivent savoir se battre, se défendre », a relaté Arnaud Gallais en rappelant les « mécanismes de sidération, d’emprise » qui sont à l’œuvre dans ces violences, ainsi que le statut de dominant de l’agresseur par rapport à sa victime.

    >C’est d’ailleurs en partie à cause de ces stéréotypes que les victimes masculines majeures saisissent moins la justice, comme le relève une [étude publiée en 2017 par des universitaires lilloises qui évoquent une « invisibilisation » de ces viols](https://hal.science/hal-01656832), qui ne sont « pas sanctionnés judiciairement de la même façon » et font les frais d’une certaine « conception du viol ».

    (…)

    Au sujet d’une affaire déjà couverte par Médiapart :

    >En 2019, malgré un même mode opératoire dénoncé par les quatre jeunes hommes, un non-lieu avait été prononcé (rouvert, le dossier va bientôt être jugé devant la cour d’appel). Dans sa décision, la juge reconnaissait que la défense du chef scout (d’éventuels gestes involontaires dans son sommeil) pouvait paraître « aberrante, voire absurde », mais qu’il avait pu « manifester des désirs homosexuels » et « prendre des initiatives maladroites, voire déplacées » avec les plaignants. Mais, selon la magistrate, « rien ne permet d’assurer que ces agissements ont été imposés par violence, contrainte, menace ou surprise » – les quatre éléments qui caractérisent l’agression sexuelle dans le Code pénal.

    (Oh ! Le débat sur la définition du viol ne serait pas dénué de fondements !?)

    (…)

    >Pour le sociologue Sébastien Chauvin, les violences subies par des garçons n’ont pas seulement été tues à cause d’une « idéologie de la virilité », qui empêche « la mise en mots » et « la crédibilité du traumatisme », mais aussi en raison d’une « cécité » collective très ancienne.

    >« Quand on regarde les documentaires sur Michael Jackson, dans les années 1980-90, on se demande comment les familles des jeunes ont pu ne pas voir l’évidence, observe-t-il. Mais longtemps les agressions sexuelles des petits garçons n’étaient pas du tout dans les radars. La préoccupation, c’était la protection de la dignité et de la virginité des filles. »

    >L’« invisibilisation des hommes victimes » est aussi liée, selon l’universitaire, à « la généalogie patriarcale des conceptions des violences sexuelles », qui « maintient les hommes comme des sujets de la relation » et « suppose un consentement masculin par défaut ».

    >Autre élément, selon le sociologue : le fait que « le consentement n’a pas les mêmes conséquences sociales si c’est un homme ou si c’est une femme ». Les viols contre les femmes, contre les enfants, tout comme les viols homophobes, « ne seront pas “juste” une agression, mais aussi une insulte, qui signifiera “sale femme”, “sale môme” ou “sale gay/lesbienne” », souligne-t-il. « Pour les hommes, il peut y avoir des ruptures de consentement, y compris par des femmes, mais elles ne signifient jamais “sale homme”, elles ne s’appuient pas sur des rapports sociaux qui viennent signifier une place dans une hiérarchie de genres ou autres. »

    >Enfin, insiste Sébastien Chauvin, si les violences subies par les hommes restent encore difficiles à exprimer, c’est aussi en raison de la difficulté à aborder le sujet « du consentement masculin ». « On marche sur des œufs car c’est un thème repris par les masculinistes, qui exploitent souvent les asymétries patriarcales mal déconstruites et vont dire : “Et les hommes victimes de violences, alors ?” Alors que les mêmes moquent les hommes victimes de violences qui témoignent de leur traumatisme », relève Sébastien Chauvin.

    >« C’est un peu comme la question de la violence féminine : l’euphémisation de la violence des femmes est un élément de sexisme et en même temps un thème masculiniste. »

    >Marine Turchi

  2. J’ajoute, si vous ne l’aviez pas vu, l’affaire dénoncée par Yanis Marshall (chorégraphe de la saison 1 de la nouvelle version de la Star Academy = sur TF1 tous les samedis soirs et donnant des cours aux élèves de l’an dernier) : il dénonce des viols subis alors qu’il était jeune adolescent par… Bruno Vandelli (chorégraphe de Pop Star, il y a une génération) :

    https://www.huffingtonpost.fr/justice/article/yanis-marshall-assure-que-7-a-8-victimes-sont-pretes-a-temoigner-contre-bruno-vandelli_228653.html

  3. > “Et les hommes victimes de violences, alors ?” Alors que les mêmes moquent les hommes victimes de violences qui témoignent de leur traumatisme », relève Sébastien Chauvin

    Coucou reddit

  4. Des études américaines et anglaises (2023) ont été réalisées sur les violences domestiques. Ces études font sortir plein de résultats surprenants, surtout dans la vision française du problème. Un des résultats : à l’origine de ces violences, et la proportion de victimes, c’est 50-50, approximativement (max 5% de variation) près.

    Une de ces études (ne correspond pas aux résultats que j’ai cité, mais qui montrent une distribution de la souffrance par violence domestique équivalente homme-femme)

    [https://www.ons.gov.uk/peoplepopulationandcommunity/crimeandjustice/datasets/partnerabuseindetailappendixtables](https://www.ons.gov.uk/peoplepopulationandcommunity/crimeandjustice/datasets/partnerabuseindetailappendixtables)

    Je suggère TinMen pour se renseigner sur tous les sujets de ce genre. Beaucoup de mythes débunkés.

    [https://x.com/TheTinMenBlog/status/1732003553026171381?s=20](https://x.com/TheTinMenBlog/status/1732003553026171381?s=20)

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