**Selon des documents collectés par « Marianne », Loïk Le Priol, ancien militaire soupçonné d’avoir tué le rugbyman argentin Federico Aramburú à Paris, a pu intégrer une unité d’élite de l’armée et participer à des opérations hautement sensibles alors qu’il était fiché « S », pour « atteinte à la sûreté de l’Etat », en raison de ses liens avec l’extrême droite radicale.**
***
Est-il possible d’intégrer les forces spéciales de l’armée, de se voir confier les missions les plus sensibles au nom de l’Etat français, tout en étant fiché « S », pour « atteinte à la sûreté de l’État », en raison de son appartenance à l’extrême droite radicale ? La question paraît incongrue. La réponse est pourtant « oui », s’agissant de Loïk Le Priol.
##Fiché S d’ultra droite.
Selon nos informations, cet ancien militaire, aujourd’hui suspecté d’avoir abattu le rugbyman Federico Aramburú sur le boulevard Saint-Germain (Paris 6e), en février 2022, a été fiché « S » par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) à la date du 25 août 2011, à une époque où il finissait tout juste sa formation de marin militaire à l’École des mousses de Brest.
Cette fiche S, dont Marianne a eu copie, précise que le matelot est *« lié à l’extrême droite radicale »* et comporte des consignes pour les policiers ou gendarmes qui auraient à le contrôler : *« Ne pas attirer l’attention »* et *« recueillir le maximum de renseignements à l’occasion du contrôle »*, comme sa destination, sa provenance, son moyen de transport, les noms des personnes qui l’accompagnent.
Lorsqu’il est « marqué » dans ce fichier de police, Le Priol n’est alors âgé que de 17 ans. Il est affecté dès l’année suivante, en septembre 2012, au commando de Montfort, unité d’élite de l’armée française spécialisée dans les éliminations ciblées de combattants ennemis. À cette époque, le jeune militant d’extrême droite fréquente activement le GUD (Groupe Union Défense), connu pour son néonazisme et ses actions de rue violentes.
Selon le magazine Society qui dédie sa dernière une à l’affaire Aramburú, il est à ce moment-là membre du Kop of Boulogne, un collectif de supporters du PSG, noyauté par les néonazis.
##Missions ultrasensibles
Le jeune commando est aussitôt envoyé sur des zones d’opérations hautement sensibles. En janvier 2013, il participe, selon nos informations, à la reconquête de l’aéroport de Gao, au Mali, alors aux mains de groupes islamistes armés. Les années suivantes, il sera renvoyé au Sahel avec le commando de Montfort avec pour mission de neutraliser des djihadistes. Durant l’une de ces missions sera abattu Mohamed Lemine Ould El-Hassen, un émir d’AQMI, près de Timétrine, région désertique du Mali.
Le Priol monte en garde et est plusieurs fois décoré.
A-t-il tué ? Il s’en vantera en tout cas lui-même quelques mois plus tard alors qu’il frappe et humilie un ancien chef du GUD, à Paris.
*« Tu sais que j’en ai buté plus d’un des mecs là-bas, tu le sais ? »*, criera-t-il dans une vidéo qui enregistre la scène.
Début 2015, nouvelle alerte. Un autre service de renseignements attire l’attention sur le quartier-maître Loïk Le Priol : la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP).
Et plus précisément sa section «T4», chargée du suivi des personnes radicalisées dans la petite couronne.
Elle émet cette fiche S le 10 mars 2015 et classe Le Priol comme « dangereux ». Tout en consignant cette précision supplémentaire : *« Militant d’extrême droite radical susceptible de commettre des actions violentes »*.
C’est que Loïk venait de se faire remarquer.
Dix jours plus tôt, le 19 février 2015, il avait cogné deux hommes à la sortie d’une boîte de nuit à Paris, en compagnie de son comparse, Romain Bouvier, également suspecté du meurtre du rugbyman. Une enquête avait été ouverte. Ce n’était pas son premier fait d’arme : le 11 septembre 2013, le tribunal de police le condamnait à 400 euros d’amende pour des violences.
Un peu plus d’un mois après cette nouvelle fiche S, Loïk Le Priol repart en opex à Djibouti, le 1er avril 2015.
Mais les choses tournent vinaigre. Accusé d’avoir tabassé une prostituée à Djibouti au point de la défigurer – cela se règlera à l’amiable par le paiement d’une amende – et disant souffrir de stress post-traumatique, il finira par être rapatrié en France par « vol bleu », en juillet 2015.
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**Selon des documents collectés par « Marianne », Loïk Le Priol, ancien militaire soupçonné d’avoir tué le rugbyman argentin Federico Aramburú à Paris, a pu intégrer une unité d’élite de l’armée et participer à des opérations hautement sensibles alors qu’il était fiché « S », pour « atteinte à la sûreté de l’Etat », en raison de ses liens avec l’extrême droite radicale.**
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Est-il possible d’intégrer les forces spéciales de l’armée, de se voir confier les missions les plus sensibles au nom de l’Etat français, tout en étant fiché « S », pour « atteinte à la sûreté de l’État », en raison de son appartenance à l’extrême droite radicale ? La question paraît incongrue. La réponse est pourtant « oui », s’agissant de Loïk Le Priol.
##Fiché S d’ultra droite.
Selon nos informations, cet ancien militaire, aujourd’hui suspecté d’avoir abattu le rugbyman Federico Aramburú sur le boulevard Saint-Germain (Paris 6e), en février 2022, a été fiché « S » par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) à la date du 25 août 2011, à une époque où il finissait tout juste sa formation de marin militaire à l’École des mousses de Brest.
Cette fiche S, dont Marianne a eu copie, précise que le matelot est *« lié à l’extrême droite radicale »* et comporte des consignes pour les policiers ou gendarmes qui auraient à le contrôler : *« Ne pas attirer l’attention »* et *« recueillir le maximum de renseignements à l’occasion du contrôle »*, comme sa destination, sa provenance, son moyen de transport, les noms des personnes qui l’accompagnent.
Lorsqu’il est « marqué » dans ce fichier de police, Le Priol n’est alors âgé que de 17 ans. Il est affecté dès l’année suivante, en septembre 2012, au commando de Montfort, unité d’élite de l’armée française spécialisée dans les éliminations ciblées de combattants ennemis. À cette époque, le jeune militant d’extrême droite fréquente activement le GUD (Groupe Union Défense), connu pour son néonazisme et ses actions de rue violentes.
Selon le magazine Society qui dédie sa dernière une à l’affaire Aramburú, il est à ce moment-là membre du Kop of Boulogne, un collectif de supporters du PSG, noyauté par les néonazis.
##Missions ultrasensibles
Le jeune commando est aussitôt envoyé sur des zones d’opérations hautement sensibles. En janvier 2013, il participe, selon nos informations, à la reconquête de l’aéroport de Gao, au Mali, alors aux mains de groupes islamistes armés. Les années suivantes, il sera renvoyé au Sahel avec le commando de Montfort avec pour mission de neutraliser des djihadistes. Durant l’une de ces missions sera abattu Mohamed Lemine Ould El-Hassen, un émir d’AQMI, près de Timétrine, région désertique du Mali.
Le Priol monte en garde et est plusieurs fois décoré.
A-t-il tué ? Il s’en vantera en tout cas lui-même quelques mois plus tard alors qu’il frappe et humilie un ancien chef du GUD, à Paris.
*« Tu sais que j’en ai buté plus d’un des mecs là-bas, tu le sais ? »*, criera-t-il dans une vidéo qui enregistre la scène.
Début 2015, nouvelle alerte. Un autre service de renseignements attire l’attention sur le quartier-maître Loïk Le Priol : la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP).
Et plus précisément sa section «T4», chargée du suivi des personnes radicalisées dans la petite couronne.
Elle émet cette fiche S le 10 mars 2015 et classe Le Priol comme « dangereux ». Tout en consignant cette précision supplémentaire : *« Militant d’extrême droite radical susceptible de commettre des actions violentes »*.
C’est que Loïk venait de se faire remarquer.
Dix jours plus tôt, le 19 février 2015, il avait cogné deux hommes à la sortie d’une boîte de nuit à Paris, en compagnie de son comparse, Romain Bouvier, également suspecté du meurtre du rugbyman. Une enquête avait été ouverte. Ce n’était pas son premier fait d’arme : le 11 septembre 2013, le tribunal de police le condamnait à 400 euros d’amende pour des violences.
Un peu plus d’un mois après cette nouvelle fiche S, Loïk Le Priol repart en opex à Djibouti, le 1er avril 2015.
Mais les choses tournent vinaigre. Accusé d’avoir tabassé une prostituée à Djibouti au point de la défigurer – cela se règlera à l’amiable par le paiement d’une amende – et disant souffrir de stress post-traumatique, il finira par être rapatrié en France par « vol bleu », en juillet 2015.