> **Deux policiers sont jugés jeudi à Bobigny pour des menaces et des violences commises contre Souleyman, 23 ans, lors des mobilisations contre la réforme des retraites. Tout était enregistré, mais les agents de la BRAV-M ont redoublé d’imagination pour tout minimiser.**
>evantDevant l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), ils ne sont pas fiers, les agents de la BRAV-M. Ils ont subitement perdu la mémoire et toute l’assurance qu’ils avaient le 20 mars 2023 lorsqu’ils ont interpellé et humilié sept jeunes en marge d’une manifestation contre la réforme des retraites. Une partie des insultes, des propos racistes et des coups avaient été enregistrés par l’un des sept interpellés et diffusés par Loopsider, Mediapart et Le Monde.
> Mais les quatre policiers poursuivis, parmi la dizaine d’agents restés passifs ce soir-là, ont tout minimisé devant la police des polices. Eux comme les autres policiers entendus ont aussi refusé de dire qui avait pu tenir tel ou tel propos ou donné tel ou tel coup, rendant plus difficile l’identification des auteurs.
> Seuls deux d’entre eux sont renvoyés au tribunal : Pierre L. et Thomas C. Ils doivent comparaître jeudi 7 mars devant le tribunal de Bobigny pour « violences volontaires commises par personne dépositaire de l’autorité publique » et « menaces réitérées de commettre des violences ». Pierre L. et Thomas C., ainsi que deux autres policiers, devraient également passer devant un conseil de discipline.
(…)
> Après cet échange, le policier lui inflige une première gifle parfaitement audible dans l’audio. « Efface ton sourire ! Efface ton sourire ! », insiste-t-il, avant de le frapper une nouvelle fois. « Tu la fermes ou tu veux la deuxième ? » Lorsque « la deuxième » arrive, la gifle est tellement forte que la tête de Souleyman tape contre un mur et « qu’un râle » de douleur sort de sa bouche. « Le seul Noir » interpellé est le « seul a être frappé », remarque un témoin. « T’en veux peut-être une, non ? Pour te remettre la mâchoire droite », propose de nouveau l’agent.
> Alors pourquoi ? Auditionné, Pierre L. minimise les faits et dénonce « un piège audio ». Il n’a pas giflé Souleyman mais a « repoussé son visage ». Il ne l’a pas frappé une seconde fois, mais a « maintenu son visage afin de lui cacher la vision ».
> Le policier mis en cause ne cesse de répéter que Souleyman était agressif et qu’il lui avait même donné « un coup de pied ». « C’est pas un grand coup de pied. Moi je l’ai empoigné avec ma main droite au niveau du cou et je l’ai repoussé. C’est ce qu’on entend sur l’audio je pense. C’est plus un “bruit de coup” qu’un “bruit de claque” », nuance-t-il. Ses collègues confirment : l’étudiant provoquait et ne quittait pas son sourire.
> Problème : tous les témoins affirment que Souleyman n’a jamais été violent ni agressif et aucun collègue du policier dit n’avoir vu ce fameux coup de pied. L’étudiant était d’ailleurs jugé suffisamment calme pour n’être pas menotté. L’audio permet de constater qu’il a même pleuré.
> Alors l’enquêteur de l’IGPN insiste, fait remarquer l’incohérence de toutes ces justifications, mais Pierre L. persiste. « Vous me faites remarquer que ma version n’est pas cohérente au regard des données analysées dans l’enregistrement, de mes propos, ainsi que des témoignages recueillis dans cette affaire, mais je vous dis la vérité. »
(…)
> Ce soir-là, ce policier de 27 ans était encore plus explicite. « T’as tellement de chance qu’on ait eu l’ordre de vous ramener pour vous interpeller, parce que je te jure que tu repartais sur tes genoux […] Je te pétais les jambes ! Au sens propre hein ! Je peux te dire qu’on en a cassé des coudes et des gueules, mais toi je t’aurais bien pété les jambes. »
> « Ces propos sont sortis de ma bouche sans réfléchir », lâche Thomas C. en audition. Sur l’audio, on l’entend aussi prévenir Souleyman qu’il est « physio » et qu’il a bien retenu sa tête : « La prochaine fois qu’on vient, tu monteras pas dans le car pour aller au commissariat, tu vas monter dans un truc qu’on appelle ambulance pour aller à l’hôpital… » ; ou encore : « T’as de la chance, on va se venger sur d’autres personnes. Si t’as l’occas’ de regarder la télé regarde bien. La prochaine fois tu vas voir ce qui t’attend. »
> Confrontés à ses propos, Thomas C. fait profil bas. « C’était purement pour lui dire qu’on l’a à l’œil mais pas dans la violence. […] Ni moi ni mes collègues on ferait une telle chose à Monsieur Souleyman. C’était pour l’impressionner. »
(…)
> Le policier demandait aussi à Souleyman, locataire à Saint-Denis, s’il avait déjà « pris une branlée », lui promettant que « ça allait arriver ». Le passeport du jeune homme en main, l’agent lisait ensuite son adresse à voix haute et motivait ses collègues : « Mercredi on est en sécu à Saint-Denis je crois en plus […] On va le retrouver. »
> Les menaces sont d’autant plus crédibles que tous les interpellés ont été pris en photo ce soir-là par l’un des policiers. Étonnée par cette pratique, l’IGPN a bien tenté de savoir pourquoi. En vain.
> En audition, Théo R. termine ses phrases pour les relativiser. « Je lui ai dit “t’as déjà pris une branlée toi ?”. Je n’ai pas mentionné “par tes parents”, mais c’est ce que ça voulait dire. »
> Sur les moqueries autour d’une supposée OQTF, rien de raciste, jure le policier, qui voulait simplement lui signifier « les risques judiciaires qu’il encourt ». « C’était pas un “tu repars dans ton pays” mais plus un “tu repars au Tchad”. » Et que comptait-il faire lorsqu’il allait le « retrouver à Saint-Denis » ? « Je voulais dire que l’on pouvait le recroiser et non pas le retrouver, comme il nous est déjà arrivé de recroiser un individu. »
(…)
> Benoît A., 38 ans, est accusé d’avoir violemment interpellé Salomé, dont la tête aurait cogné le sol avant qu’elle ne soit menottée de manière extrêmement serrée pour augmenter la douleur. Dans sa plainte, elle dénonce aussi des outrages sexistes et des blagues antisémites. « Sur moi ça a été “ah ah ah, écoutez les gars, elle s’appelle Salomé, ça va nous causer des ennuis ça”, sous-entendu qu’ils allaient avoir des ennuis avec le milieu juridique vu l’origine hébraïque de mon prénom. »
> Benoît A. dément toutes ces accusations. « Le sous-entendu est absolument hors contexte car on discutait entre nous du prénom “Salomé” évoquant une ancienne collègue de la 21e compagnie qui portait le même prénom et qui a créé pas mal de petits problèmes, rétorque-t-il. Je ne savais pas que Salomé était un prénom d’origine hébraïque. » Et quel est le nom de cette fameuse collègue, demande alors l’IGPN : « Je ne m’en souviens pas. Elle est partie il y a longtemps. »
> Dans sa plainte, Salomé raconte également avoir été menacée de mort lorsque Benoît A. lui a lancé : « Ta vie ne tient qu’à un fil. » Erreur d’interprétation, assure le policier qui raconte avoir dû retirer son casque pour le poser sur le rebord d’une fenêtre, exactement au-dessus de Salomé.
> « Le fil de mon casque vient à dix centimètres de son visage sans présenter aucun danger pour elle. Elle le voit pendre et elle le regarde, légende-t-il. C’est là, sur le ton de l’humour en la regardant et en souriant, que je lui ai dit “ta vie ne tient qu’à un fil”. » Qu’importe si l’ensemble des témoins démentent tout trait d’humour.
> Également interrogés, d’autres policiers enregistrés auraient eux aussi eu de bonnes raisons de tenir des propos insultants ou humiliants. « Je n’ai pas employé de termes techniques afin d’être compris par l’individu », s’excuse le gardien de la paix Yann C. pour justifier ses familiarités. C’est pour « décompresser » que Yannis A. s’est moqué de Souleyman en expliquant que, pour venir en France, il avait certainement dû « s’accrocher à l’aile de l’avion ».
> Le gardien de la paix L., qui a aussi participé à quelques moqueries, explique que c’est parce qu’il avait déjà travaillé dans un service de police aux frontières. Il voulait simplement faire profiter de ses « connaissances en réglementation transfrontalière » pour « assister » ses collègues.
> « T’as pleuré comme une fillette. Incroyable ! », lançait enfin un policier hilare à Souleyman ce 20 mars 2023. Sa réponse aujourd’hui ? « C’était pour lui faire comprendre, de manière maladroite, que lorsqu’il avait réalisé que nous allions l’interpeller, il n’affichait pas du tout la même assurance. »
Une bien belle invention centriste la Brav-M, vraiment, ça fait du bien d’avoir des gens raisonnables au pouvoir
ACAB
Des comportements de mafieux
Quand je lis que ces connards de mafieux refusent d’identifier le collègue frappant et insultant, je me demande comment ça ne peut pas constituer une obstruction à la justice et pourquoi on ne punit pas simplement tous les enfoirés ayant participé à cette humiliation.
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> **Deux policiers sont jugés jeudi à Bobigny pour des menaces et des violences commises contre Souleyman, 23 ans, lors des mobilisations contre la réforme des retraites. Tout était enregistré, mais les agents de la BRAV-M ont redoublé d’imagination pour tout minimiser.**
>evantDevant l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), ils ne sont pas fiers, les agents de la BRAV-M. Ils ont subitement perdu la mémoire et toute l’assurance qu’ils avaient le 20 mars 2023 lorsqu’ils ont interpellé et humilié sept jeunes en marge d’une manifestation contre la réforme des retraites. Une partie des insultes, des propos racistes et des coups avaient été enregistrés par l’un des sept interpellés et diffusés par Loopsider, Mediapart et Le Monde.
> Mais les quatre policiers poursuivis, parmi la dizaine d’agents restés passifs ce soir-là, ont tout minimisé devant la police des polices. Eux comme les autres policiers entendus ont aussi refusé de dire qui avait pu tenir tel ou tel propos ou donné tel ou tel coup, rendant plus difficile l’identification des auteurs.
> Seuls deux d’entre eux sont renvoyés au tribunal : Pierre L. et Thomas C. Ils doivent comparaître jeudi 7 mars devant le tribunal de Bobigny pour « violences volontaires commises par personne dépositaire de l’autorité publique » et « menaces réitérées de commettre des violences ». Pierre L. et Thomas C., ainsi que deux autres policiers, devraient également passer devant un conseil de discipline.
(…)
> Après cet échange, le policier lui inflige une première gifle parfaitement audible dans l’audio. « Efface ton sourire ! Efface ton sourire ! », insiste-t-il, avant de le frapper une nouvelle fois. « Tu la fermes ou tu veux la deuxième ? » Lorsque « la deuxième » arrive, la gifle est tellement forte que la tête de Souleyman tape contre un mur et « qu’un râle » de douleur sort de sa bouche. « Le seul Noir » interpellé est le « seul a être frappé », remarque un témoin. « T’en veux peut-être une, non ? Pour te remettre la mâchoire droite », propose de nouveau l’agent.
> Alors pourquoi ? Auditionné, Pierre L. minimise les faits et dénonce « un piège audio ». Il n’a pas giflé Souleyman mais a « repoussé son visage ». Il ne l’a pas frappé une seconde fois, mais a « maintenu son visage afin de lui cacher la vision ».
> Le policier mis en cause ne cesse de répéter que Souleyman était agressif et qu’il lui avait même donné « un coup de pied ». « C’est pas un grand coup de pied. Moi je l’ai empoigné avec ma main droite au niveau du cou et je l’ai repoussé. C’est ce qu’on entend sur l’audio je pense. C’est plus un “bruit de coup” qu’un “bruit de claque” », nuance-t-il. Ses collègues confirment : l’étudiant provoquait et ne quittait pas son sourire.
> Problème : tous les témoins affirment que Souleyman n’a jamais été violent ni agressif et aucun collègue du policier dit n’avoir vu ce fameux coup de pied. L’étudiant était d’ailleurs jugé suffisamment calme pour n’être pas menotté. L’audio permet de constater qu’il a même pleuré.
> Alors l’enquêteur de l’IGPN insiste, fait remarquer l’incohérence de toutes ces justifications, mais Pierre L. persiste. « Vous me faites remarquer que ma version n’est pas cohérente au regard des données analysées dans l’enregistrement, de mes propos, ainsi que des témoignages recueillis dans cette affaire, mais je vous dis la vérité. »
(…)
> Ce soir-là, ce policier de 27 ans était encore plus explicite. « T’as tellement de chance qu’on ait eu l’ordre de vous ramener pour vous interpeller, parce que je te jure que tu repartais sur tes genoux […] Je te pétais les jambes ! Au sens propre hein ! Je peux te dire qu’on en a cassé des coudes et des gueules, mais toi je t’aurais bien pété les jambes. »
> « Ces propos sont sortis de ma bouche sans réfléchir », lâche Thomas C. en audition. Sur l’audio, on l’entend aussi prévenir Souleyman qu’il est « physio » et qu’il a bien retenu sa tête : « La prochaine fois qu’on vient, tu monteras pas dans le car pour aller au commissariat, tu vas monter dans un truc qu’on appelle ambulance pour aller à l’hôpital… » ; ou encore : « T’as de la chance, on va se venger sur d’autres personnes. Si t’as l’occas’ de regarder la télé regarde bien. La prochaine fois tu vas voir ce qui t’attend. »
> Confrontés à ses propos, Thomas C. fait profil bas. « C’était purement pour lui dire qu’on l’a à l’œil mais pas dans la violence. […] Ni moi ni mes collègues on ferait une telle chose à Monsieur Souleyman. C’était pour l’impressionner. »
(…)
> Le policier demandait aussi à Souleyman, locataire à Saint-Denis, s’il avait déjà « pris une branlée », lui promettant que « ça allait arriver ». Le passeport du jeune homme en main, l’agent lisait ensuite son adresse à voix haute et motivait ses collègues : « Mercredi on est en sécu à Saint-Denis je crois en plus […] On va le retrouver. »
> Les menaces sont d’autant plus crédibles que tous les interpellés ont été pris en photo ce soir-là par l’un des policiers. Étonnée par cette pratique, l’IGPN a bien tenté de savoir pourquoi. En vain.
> En audition, Théo R. termine ses phrases pour les relativiser. « Je lui ai dit “t’as déjà pris une branlée toi ?”. Je n’ai pas mentionné “par tes parents”, mais c’est ce que ça voulait dire. »
> Sur les moqueries autour d’une supposée OQTF, rien de raciste, jure le policier, qui voulait simplement lui signifier « les risques judiciaires qu’il encourt ». « C’était pas un “tu repars dans ton pays” mais plus un “tu repars au Tchad”. » Et que comptait-il faire lorsqu’il allait le « retrouver à Saint-Denis » ? « Je voulais dire que l’on pouvait le recroiser et non pas le retrouver, comme il nous est déjà arrivé de recroiser un individu. »
(…)
> Benoît A., 38 ans, est accusé d’avoir violemment interpellé Salomé, dont la tête aurait cogné le sol avant qu’elle ne soit menottée de manière extrêmement serrée pour augmenter la douleur. Dans sa plainte, elle dénonce aussi des outrages sexistes et des blagues antisémites. « Sur moi ça a été “ah ah ah, écoutez les gars, elle s’appelle Salomé, ça va nous causer des ennuis ça”, sous-entendu qu’ils allaient avoir des ennuis avec le milieu juridique vu l’origine hébraïque de mon prénom. »
> Benoît A. dément toutes ces accusations. « Le sous-entendu est absolument hors contexte car on discutait entre nous du prénom “Salomé” évoquant une ancienne collègue de la 21e compagnie qui portait le même prénom et qui a créé pas mal de petits problèmes, rétorque-t-il. Je ne savais pas que Salomé était un prénom d’origine hébraïque. » Et quel est le nom de cette fameuse collègue, demande alors l’IGPN : « Je ne m’en souviens pas. Elle est partie il y a longtemps. »
> Dans sa plainte, Salomé raconte également avoir été menacée de mort lorsque Benoît A. lui a lancé : « Ta vie ne tient qu’à un fil. » Erreur d’interprétation, assure le policier qui raconte avoir dû retirer son casque pour le poser sur le rebord d’une fenêtre, exactement au-dessus de Salomé.
> « Le fil de mon casque vient à dix centimètres de son visage sans présenter aucun danger pour elle. Elle le voit pendre et elle le regarde, légende-t-il. C’est là, sur le ton de l’humour en la regardant et en souriant, que je lui ai dit “ta vie ne tient qu’à un fil”. » Qu’importe si l’ensemble des témoins démentent tout trait d’humour.
> Également interrogés, d’autres policiers enregistrés auraient eux aussi eu de bonnes raisons de tenir des propos insultants ou humiliants. « Je n’ai pas employé de termes techniques afin d’être compris par l’individu », s’excuse le gardien de la paix Yann C. pour justifier ses familiarités. C’est pour « décompresser » que Yannis A. s’est moqué de Souleyman en expliquant que, pour venir en France, il avait certainement dû « s’accrocher à l’aile de l’avion ».
> Le gardien de la paix L., qui a aussi participé à quelques moqueries, explique que c’est parce qu’il avait déjà travaillé dans un service de police aux frontières. Il voulait simplement faire profiter de ses « connaissances en réglementation transfrontalière » pour « assister » ses collègues.
> « T’as pleuré comme une fillette. Incroyable ! », lançait enfin un policier hilare à Souleyman ce 20 mars 2023. Sa réponse aujourd’hui ? « C’était pour lui faire comprendre, de manière maladroite, que lorsqu’il avait réalisé que nous allions l’interpeller, il n’affichait pas du tout la même assurance. »
Une bien belle invention centriste la Brav-M, vraiment, ça fait du bien d’avoir des gens raisonnables au pouvoir
ACAB
Des comportements de mafieux
Quand je lis que ces connards de mafieux refusent d’identifier le collègue frappant et insultant, je me demande comment ça ne peut pas constituer une obstruction à la justice et pourquoi on ne punit pas simplement tous les enfoirés ayant participé à cette humiliation.
Oh, et j’oubliais: ACAB.
Je vais citer [de nouveau](https://www.reddit.com/r/france/comments/1b6jvfw/le_boss_de_lunsa_police_aurait_couvert_son/ktep20k/) un collègue redditeur policier :
> C’est pas de la mauvaise volonté, c’est quelque chose qui arrive.