La transition énergétique n’aura pas lieu – entretien avec JB Fressoz.

by AlbinosRa

2 comments
  1. Un point de vue qui gagne de + en + en visibilité : il n’y a pas de transition (qui supposerait des réductions d’une énergie au profit d’une autre) il n’y a qu’un empilement, et éventuellement des symbioses.

  2. Merci pour cette découverte.

    L’article m’inspire deux réflexions.

    Sur les additions d’énergie, ça se remarque bien sur l’usage du bois dans le chauffage. À la campagne c’est un mode de chauffage prisé, car peu cher, local et disponible en abondance (relativement à la population qui y recourt sur un bassin de vie). Il y a deux arguments pour justifier son recours (plus le confort de chauffe, mais ce n’est pas mon propos) : le prix et l’écologie.

    Sur le prix, c’est vrai que c’est un chauffage imbattable : dans un logement mal isolé de 30m² par exemple, je passe 3 stères par an, soit 240€.

    Sur l’écologie par contre, c’est un discours un peu plus désincarné. Le bois pousse généralement dans des champs d’arbres qu’on prend facilement pour des forêts “naturelles” en y randonnant, mais je vous déconseille d’y camper ou d’y manger des champignons et des baies : la quantité de produits phyto déversée n’est soumise à aucune réglementation ni contrôle, et croyez bien que les propriétaires veulent que ça pousse vite et sans maladies. La coupe se fait évidemment avec d’immenses machines qui sont construites avec du pétrole et du charbon (pour extraire et fabriquer l’acier nécessaire, par exemple), et qui tournent au pétrole.

    Même les personnes qui tiennent des discours d’autonomie utilisent une tronçonneuse, et un quad ou un tracteur pour le débardage. L’autonomie, jamais questionnée, est vis à vis de l’approvisionnement en bois, pas du pétrole et des pièces détachées pour faire fonctionner les machines utilisées. J’attends encore le petit malin qui forge lui-même sa scie et son merlin, qui fabrique sa meule et qui trimbale tout avec un cheval. Et qui de toutes façons ne prouvera rien, sinon à sa bonne conscience : ce n’est évidemment pas un modèle de chauffage reproductible.

    Bref, le bois de chauffage carbure au pétrole et au charbon. Voire à l’uranium dans le cas des pellets, puisque les machines qui transforment le bois de coupe en pellets sont généralement électriques.

    L’autre réflexion est plus légère, c’est sur le discours de l’humain “qui s’adapte”. C’est vraiment un trope, il revient énormément dans la science-fiction et la fantasy quand il s’agit de qualifier les humains au milieu d’autres peuples/races : ce qui distinguerait les humains, ce serait leur adaptabilité.

    Il est vrai qu’en matière de technologies amorales, on a su produire des choses assez inattendues dans un temps assez court. Mais précisément, au prix de la morale (et de tout ce que son absence implique, par exemple le colonialisme). Ce qui n’est pas un détail. Et le plus souvent pour des considérations de retour sur investissement. Les technologies publiques développées et déployées qui ont été tenues hors du champ de la propriété lucrative ne sont pas légion (je pense au minitel, et encore même si la technologie en elle-même restait propriété de l’état français via France Telecom, c’était un réseau bien investi par les capitalistes et leurs agents).

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