[avec article] Anna Cabana et le cas Jean-Michel Blanquer, un manque de transparence dont on se serait passé

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  1. La journaliste Anna Cabana a animé un débat sur Jean-Michel Blanquer, hier soir sur i24News, sans préciser qu’à la ville elle est depuis peu l’épouse du ministre de l’Education nationale. Ou comment ajouter du discrédit à une profession qui n’en demandait pas tant.

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    On aurait pu croire à un montage tant l’image pouvait surprendre. On aurait même préféré. Mais tout cela est bien réel. Mardi soir, sur i24News, la journaliste Anna Cabana a animé un débat autour du ministre de l’Education nationale. Sobrement intitulé «Jean-Michel Blanquer, au cœur de la tempête», cette discussion au coin du feu médiatique réunissait le vice-président d’Havas Stéphane Fouks, le chef du service politique du Journal du dimanche David Revault d’Allonnes et l’autrice – et future présidente du jury du Livre citoyen lancé par Marlène Schiappa – Abnousse Shalmani. Tout cela ressemblait à un échange entre gens d’accord entre eux mais c’était un peu plus que cela, l’hôte du soir étant, à la ville, la femme de Jean-Michel Blanquer depuis quelques jours. Voilà le vrai sujet : la journaliste Anna Cabana anime une discussion dont le sujet principal n’est autre que son époux. Un détail administratif que la journaliste ne précise pas à l’antenne alors même qu’elle prend soin d’indiquer à ses téléspectateurs que le JDD, où officie David Revault d’Allonnes, est un de ses employeurs.

    Entre gens ayant peu ou prou la même analyse du cas Blanquer, la discussion tourne court. On regarde l’intervention du ministre quelques heures plus tôt à l’Assemblée, [quand ce dernier admettait une «erreur» dans le «symbole» Ibiza.](https://connexion.liberation.fr/autorefresh?referer=https%3a%2f%2fwww.liberation.fr%2fpolitique%2fibiza-leleve-blanquer-tente-de-justifier-son-absence-20220118_33FYVWWT5ZEK5LARIDXA7KD6QE%2f) «Est-ce que c’est une bonne stratégie de regretter la symbolique ?», demande tout de go Anna Cabana en plateau, car il convient évidemment de parler de com de crise avant tout. Stéphane Fouks s’étonne de l’ampleur de la polémique et fustige «l’hypocrisie» de… la classe politique. Laquelle milite pour le télétravail d’un côté et critique un ministre qui télétravaille de l’autre. «Non mais c’est quoi ce truc ?», se demande Fouks. «Ibiza aurait besoin d’une campagne de communication parce que même quand vous y allez le 31 décembre, les gens imaginent que vous êtes dans une rave party avec, vas-y, boom boom. Moi, ce qui me désole, c’est ce que ça révèle du niveau du débat politique», assène-t-il encore.

    Ce qui nous désole nous, en tant que journaliste, c’est ce que ce débat qui n’en est pas un révèle du niveau de déconnexion de certains puissants. Car en face de Fouks, les intentions ne sont guère différentes. Seul journaliste invité, Revault d’Allonnes déroule sa théorie. «On est à moins de trois mois du premier tour de l’élection présidentielle et comme Emmanuel Macron n’est pas officiellement déclaré candidat, les uns et les autres cherchent à l’atteindre», juge-t-il, estimant encore : «Le problème c’est Ibiza. Ce n’est pas non plus l’île Maurice ou les Seychelles mais symboliquement, ça fait tache.»

    A côté, Abnousse Shalmani regrette. «On est quand même en train de parler d’un ministre qui a réussi à garder les écoles ouvertes», assène l’autrice, expliquant que l’Europe nous regarde avec envie et qu’au lieu de louer «une réussite française», on se complaît dans une fausse polémique. Car tel serait le problème, la haine supposée française pour le succès. C’est à cause de cela qu’on vise aujourd’hui Blanquer, c’est à cause de cela qu’on l’attaque. Pourquoi pas.

    Une chose que l’on aime bien en revanche, dans notre beau pays, c’est la proximité entre journalistes et politiques. La question s’est encore posée il y a peu, quand Thomas Sotto a été remplacé par Laurent Guimier à la coprésentation de l’émission politique de France 2 au motif avoué qu’il est en couple avec Mayada Boulos, conseillère com du Premier ministre Jean Castex. Impossible pour le journaliste d’aborder sereinement des interviews de ministres et de candidats en pleine présidentielle affublé de cette casquette de «compagnon de». Impossible d’aborder certains sujets sans mettre en doute l’honnêteté du débat. Sotto n’est pas le premier à être confronté à cette dualité. Il ne sera pas le dernier. Mais Anna Cabana ne voit pas les choses ainsi. «Aujourd’hui, tout le monde sait que je suis la compagne de Jean-Michel Blanquer. Je ne peux pas en payer la facture tous les jours, a-t-elle déclaré auprès du Parisien. J’anime une émission d’actualité. Cela aurait été surréaliste de ne pas parler de la crise politique du jour. Si je ne l’avais pas fait, on me l’aurait reproché. La bonne façon de faire à mon sens est celle d’hier : laisser mes décrypteurs dire ce qu’ils veulent. Moi, j’ai fait mon travail de journaliste de manière honnête. Je n’ai pas orienté les conversations, je suis restée à distance.»

    Rien de neuf ici et il faut être Aurore Bergé, [fondatrice d’une boucle Telegram «fan club JMB»](https://www.lepoint.fr/politique/laicite-le-fan-club-secret-de-blanquer-13-02-2020-2362518_20.php) pour ne pas voir le problème et estimer que tout cela relève de la vie privée. [La députée LREM s’est insurgée ce matin](https://twitter.com/auroreberge/status/1483750143430123520), évoquant une polémique «puante quand elle s’en prend à son épouse avec tous les relents antisémites».

    Soyons clairs : l’amour n’est pas une kryptonite et être couple avec un ou une élue ne saurait priver un journaliste de son pouvoir d’informer. Mais ce grand pouvoir implique une grande responsabilité : celui de donner à son auditoire toutes les cartes nécessaires à la compréhension de son information. Ce que n’a pas fait Anna Cabana en ne précisant pas sa situation maritale. En omettant cela, elle a ôté toute crédibilité à son plateau. Pire : elle a rouvert le procès en objectivité des journalistes qui n’en demandaient pas tant. Dans un pays où les reporters sont insultés par un candidat à la présidentielle, frappés parfois, menacés souvent, et même de plus en plus obligés de se déplacer avec des agents de sécurité, la séquence d’hier était sans aucun doute dispensable.

  2. Je trouve cela bien plus dérangeant que l’histoire d’Ibiza.

    Accessoirement je ne comprends pas pourquoi Macron ne le vire pas.

  3. Le coup de la violation de la vie privée souvent avancé dans ce genre de cas pour passer pour des victimes, ça m’a toujours fait marrer…

    Ils font mine de ne pas comprendre que ça n’est pas la question de révéler leur petite vie privée mais du fait que ça devient un problème quand celle-ci empiète de plus en plus avec des intérêts publics.

    Et pis bon, les “relents antisémites”, ça fait penser à Fillion qui qualifiait les attaques qui le visaient lui et Penelope de misogynes pour tenter de tuer le débat en s’arrogeant le rôle de victime. Et après “nan mais, vraiment, on ne comprend pas pourquoi les gens sont de plus en plus méfiants de la classe politique…”

  4. J’avais l’impression que c’était déjà connu de tout le monde que Jean-Michel Blanquer était en couple avec Anna Cabana. C’est d’ailleurs la raison qui l’avait fait prendre du recul et quitter BFM TV à priori.

    A partir du moment où c’est connu, je ne vois pas trop en quoi c’est si problématique que cela. Mais peut-être que cela devrait être dit avant l’animation du débat.

    Au final, elle est journaliste politique, il faut bien qu’elle puisse continuer à travailler.

  5. Je trouve ça plus grave que l’histoire d’Ibiza (qui relève plus du ridicule que du complot. Blanquer se moque des profs, ils le savent depuis longtemps)

  6. Wtf je connaissais juste pas du tout l’expression “à la ville”. Je crois que je l’avais jamais croisée.

  7. Ça a toujours été plus que borderline, la proportion de femmes journalistes qui se “maque” avec un politique, portrait-robot du “vieux mâle blanc”…

    Mais maintenant que ça se fait chez les hommes aussi, pour ces femmes là, ça devient acceptable, et justifié moralement…

    Alors bon, ça ne touche pas que les “journaleuses”, il suffit de se souvenir de Knafo, pourtant sortie de la “botte”, et qui trouve rien de mieux que se maquer avec Z, et que de vieux députés défendaient maladroitement en disant “que ça faisait longtemps qu’elles fréquentait les salons feutrés des députés”…

    Alors oui, coucher avec qui on veut, c’est bien. Mais se sentir obligé de le cacher, ou de se trouver des justifications abracadabrantesques pour garder sa position d’influence, c’est peut être aussi pour ça que le féminisme a encore de la route à faire. Bizarrement Sotto, lui, n’a pas spécialement cherché à contester sa mise à l’écart, même si 99% de la population ignore qui est sa compagne du moment…

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