Les effets concrets de la diabolisation commencent à inquiéter La France insoumise

by Folivao

23 comments
  1. **Injures à répétition, menaces de mort, intimidations voire agressions physiques : le quotidien d’une partie des responsables insoumis est devenu suffocant depuis le 7 octobre. Dans ce contexte, certains craignent que le mouvement se replie sur lui-même.**

    Le 18 janvier dernier, le public réuni dans le local du Parti ouvrier indépendant (POI), dans le Xe arrondissement de Paris, retient sa respiration. Alors que Jean-Luc Mélenchon, de retour de Beyrouth (Liban), doit intervenir devant des militant·es de La France insoumise (LFI) sur la politique internationale, des slogans hostiles fusent de l’extérieur. « Mélenchon complice des crimes antisémites ! », « Hamas terroriste, LFI complice ! », « Israël vaincra, Israël vivra ! »

    Devant la porte d’entrée, des militants pro-israéliens cagoulés, parfois avec des gants coqués et un brassard orange au bras, brandissent un drapeau israélien et la bannière de l’Unité juive (un lion bleu sur une étoile de David), un groupuscule [qui a revendiqué l’action](https://twitter.com/UniteJuive/status/1748764381557449137) sur le réseau social X. Ils hurlent sur les Insoumis·es qui tentent de se frayer un passage. Un peu essoufflé, Jean-Luc Mélenchon parvient à arriver jusqu’à la tribune : « Finalement, c’était assez dégagé à l’entrée ! », lance-t-il, sarcastique.

    Dans la foulée, le POI [dénonce dans un communiqué](https://twitter.com/POI_officiel/status/1748386404076331077) une « tentative d’agression » dans un contexte où « les exactions contre les organisations et militants ouvriers se multiplient ». « Sans tomber dans quelque provocation que ce soit, le POI saura, comme c’est sa tradition, faire face à ces tentatives », prévient le parti héritier du courant trotskiste lambertiste, membre de LFI.

    L’affaire n’a pas fait grand bruit. « Le POI n’exagère pas : c’étaient des nervis fascistes », assure pourtant un militant insoumis présent ce soir-là, inquiet de la multiplication de ces manifestations de plus en plus audacieuses. « Un jour ce sera très grave », avance sombrement Manuel Bompard, coordinateur national de LFI.

    Le matin même, Jean-Luc Mélenchon avait dû faire face à [un comité d’accueil du même acabit](https://twitter.com/BFMTV/status/1747913674713440650) à l’aéroport de Roissy (Val-d’Oise), organisé par « Nous vivrons » (qui se présente comme un « collectif citoyen d’action contre l’antisémitisme »). Lors d’une conférence de presse au siège de LFI, il ironisait alors sur le soulagement des journalistes à le voir indemne.

    Le triple candidat à la présidentielle est habitué à ce que ses activités politiques l’exposent à un risque de violence. Il a fait l’objet de deux projets d’attentat en 2017. Au procès de l’un de ses organisateurs d’extrême droite, en septembre 2021, il avait déclaré : « Dans ma vie de militant, il y a un avant et un après cette affaire. Un groupe de militants doit assurer ma protection. »

    Plus largement, LFI – comme d’autres partis et organisations de gauche – doit faire face ces dernières années à la recrudescence de groupuscules violents d’extrême droite. En décembre 2022, une réunion publique organisée par les députés LFI Carlos Martens Bilongo et Louis Boyard avait par exemple été attaquée par une vingtaine de personnes cagoulées et armées de barres de fer.

    **La mécanique de l’ostracisation**

    Mais, depuis le 7 octobre 2023, la haine à l’égard du mouvement insoumis a franchi un nouveau cap. L’absence du mot « terrorisme » pour condamner l’attaque du Hamas dans le premier communiqué du groupe parlementaire de LFI a servi de détonateur. Par la suite, la confrontation avec les « faucons » de la majorité, à contre-courant de la diplomatie française dans leur « soutien inconditionnel » à Israël, a tourné en faveur de ces derniers. Si [l’intervention de la secrétaire d’État Chrysoula Zacharopoulou](https://twitter.com/LCP/status/1765019944645783964) à l’Assemblée nationale le 5 mars, applaudie par LFI, a subrepticement fracturé la majorité, l’effet politique le plus saillant de ces six derniers mois est l’intégration du Rassemblement national (RN) à « l’arc républicain », alors que dans un même mouvement LFI en était exclue.

    es invectives de Meyer Habib à l’égard de Manuel Bompard avant qu’il ne [fasse une accolade à Jordan Bardella](https://twitter.com/antoine_marette/status/1755178397691445653), président du RN, lors de la cérémonie d’hommage aux victimes françaises du 7 octobre, sont symptomatiques.

    Isolés dans le champ politique, y compris à gauche, les Insoumis ne se sont pas prémunis de ce glissement, en enchaînant les formules taillées pour conforter l’image sulfureuse entretenue par leurs adversaires. La direction de LFI refuse toutefois d’admettre une part de responsabilité dans l’ostracisation du mouvement : pour Manuel Bompard, « n’importe quelle entité qui donne la parole à des voix de la paix est immédiatement ciblée », comme récemment Konbini, [dont le local a été vandalisé](https://www.liberation.fr/checknews/kolabo-que-sait-on-de-laction-menee-par-des-militants-pro-israeliens-sur-les-locaux-de-konbini-20240328_2JSZUPBKVJEEHOS2S7UGZAT43Q/?redirected=1).

    Pourtant, alors que le contexte inflammable autour de la guerre menée par Israël à Gaza ravivait le procès en antisémitisme qui pèse sur Jean-Luc Mélenchon depuis des années, celui-ci a multiplié les formules imprudentes sans jamais s’amender. Depuis, bien que certaines figures de LFI aient concédé des « maladresses » sur la qualification des massacres commis par le Hamas, et que les alertes du mouvement sur un risque de génocide à Gaza aient été confirmées pour la Cour internationale de justice (CIJ), la diabolisation a plongé le mouvement dans une ambiance de guerre froide, sur fond d’accusations orwelliennes.

    « On a imputé à LFI des positions qui ne sont pas réelles », assure Raquel Garrido, habituée des menaces depuis que le youtubeur d’extrême droite Papacito a simulé son exécution dans une vidéo. En janvier dernier, le militant d’extrême droite Damien Rieu a accusé sur X sa fille d’avoir proféré des propos antisémites, la conduisant à être placée en garde à vue – le parquet a [ouvert une enquête](https://www.liberation.fr/societe/police-justice/antisemitisme-la-fille-dalexis-corbiere-et-raquel-garrido-visee-par-une-enquete-20240117_HHB34ZCC2VBG7G5EI2ZXI5NC24/). « C’est particulièrement violent, mais on vit avec. C’est malheureusement le symptôme d’une époque belligène : à nous d’incarner la paix dans ce climat extrêmement conflictuel », juge-t-elle.

    **La légitimation de la violence**

    Cette ligne est cependant difficile à tenir dans une conjoncture où LFI est acculée, au point que des militants insoumis craignent l’effet de repli du mouvement sur le noyau dirigeant, comme un réflexe de citadelle assiégée. « Depuis le 7 octobre, il y a un torrent d’insultes et de menaces sur une dizaine de députés. Ce n’est pas une hausse, c’est une explosion », révèle l’avocat Mathieu Davy, qui défend certains d’entre eux depuis 2018, dont Jean-Luc Mélenchon.

    Les premiers concernés sont des personnalités insoumises très actives sur les réseaux sociaux – X au premier chef – pour alerter sur le risque de génocide à Gaza : Louis Boyard, Aymeric Caron, Éric Coquerel, David Guiraud, Rima Hassan, Danièle Obono, Mathilde Panot, Thomas Portes, Ersilia Soudais…

    Le bruit de fond médiatique entretenu par les médias du groupe Bolloré, générant une surenchère droitière d’autres médias audiovisuels, en est en partie responsable selon eux. Sur Radio J, le présentateur [Frédéric Haziza](https://www.arretsurimages.net/articles/frederic-haziza-le-journaliste-qui-adore-detester-lfi) n’a cessé ces derniers mois d’intimer à des politiques de reprendre à leur compte ses propres propos (voir [cette vidéo](https://twitter.com/CaronAymericoff/status/1769305127440003141) éloquente), accusant LFI de « multiplier les propos aux relents antisémites » ou encore demandant si Jean-Luc Mélenchon était « une ordure antisémite » (il a été assigné en justice pour cette raison). « C’est extrêmement éprouvant, car ce dont on nous accuse est le contraire de ce pourquoi on s’est engagés. On est dans une situation tellement scandaleuse qu’on en est à s’examiner soi-même, c’est kafkaïen », témoigne le député Aurélien Saintoul.

    Des élu·es macronistes déjà prompt·es à qualifier LFI d’« extrême gauche » ont sauté sur l’occasion de mettre définitivement le mouvement de gauche à la marge. La députée Caroline Yadan a par exemple [diffusé sur X](https://twitter.com/CarolineYADAN/status/1772729898974462457) un montage vidéo en qualifiant LFI de « premier parti antisémite de France ». Selon Manuel Bompard, LFI a déposé « 30 saisines à l’Arcom depuis le 7 octobre » pour des injures ou menaces, comme lorsque Enrico Macias [a déclaré](https://twitter.com/JLMelenchon/status/1711831083749134482) sur CNews qu’il fallait « dégommer », « peut-être même physiquement » LFI.

    Avec quelques mois de recul, Thomas Portes parle de « convergence » entre les propos de Renaissance et du RN, qui « légitiment le passage à l’action ». Celui-ci affirme recevoir des menaces « en continu » et se déplacer « rarement seul ». « On n’a pas eu d’élus agressés physiquement [depuis le 7 octobre 2023 – ndlr] mais on est sur une ligne de crête », explique-t-il. Même inquiétude du côté de l’avocat de LFI, Mathieu Davy : « Ces injures font monter une gangrène. On le voit à notre petit niveau sur les menaces de mort par messages privés, faux tracts ou courriers reçus à l’Assemblée… Aymeric Caron, c’est tous les jours. »

  2. Pendant des années l’extrême gauche (et les grandes figures qui font aujourd’hui LFI) a été partisane vis-à-vis du RN et de l’ED en général d’une politique de la manifestation bruyante contre ses adversaires allant parfois jusqu’à lui refuser l’entrée de certains endroits, à menacer de troubles suffisamment graves pour que des conférences soient annulées par peur de violences. Je me souviens très clairement de blocages de facs ou de Sciences Po pour faire obstacle à des conférences invitant Finkielkraut ou Le Pen.

    A chaque fois, l’argument développé était “pas de quartier pour les fachos, pas de fachos dans nos quartiers” ou “on ne débat pas avec l’ED, on la combat”.

    Je suis d’accord : LFI devrait être en mesure de s’exprimer sans crainte et sans être réduit au silence par des manifestants qui l’obligent à mettre en place un service d’ordre renforcé. Mais on ne peut que pointer l’hypocrisie : ils récoltent ce qu’ils ont semé…

  3. Tiens, le RN rentre dans le champ républicain, le LFI en sort. Décalage de la fenêtre d’Overton ?

  4. Je suis désolé mais LFI a besoin de personne pour se faire “diaboliser”, ils sont grand, ils le font très bien tout seul.

  5. C’est ce qu’on peut appeler l’effet “porte de saloon” : On envoie la porte en avant et elle revient dans la figure.

    A systématiquement rendre conflictuel ou bordéliser le moindre “débat”, crier sur tout qui leur déplait, faire passer pour “désobéissance civile (donc légitime)” ce qui souvent n’est qu’enfreindre la loi; les adversaires finissent par employer les même méthodes (même si aucun LFI n’a jamais menacé de mort quiconque) les mêmes arguments…etc…

    Quand on est habitué à être du côté des gueulards, quand on se retrouve de l’autre côté, on a du mal à comprendre.

  6. Dans tous le reste du monde, Israël est devenu un état paria mais en France on doit montrer soutenir un génocide pour être le bienvenu à la télé. On marche sur la tête.

  7. L’article pour voir fleurir les commentaires caca de la part des antis ou des pros et cela sans aucun recule

  8. C’est d’autant plus injuste que la LFI était en première ligne lorsqu’il fallait défendre les député macronistes quand ils étaient harcelés.

  9. Sinon on peut juste considérer que la réalité est multifactorielle ? 

    Que LFI a merdé sur tout un tas de sujets et modes d’expression et de respect de ses partenaires et électeurs ? 

    Et qu’à côté de ça beaucoup à droite se sont fait un plaisir de les diaboliser pour enfoncer le clou ? 

  10. Ceux qui lâchent des “karmas” vous pensez qu’ils choisissent Hitler ou le Front Populaire ?

  11. Assez atterrant les gens qui ressentent le besoin de rappeler sous cet article qu’en telle ou telle occasion LFI aurait eu tort (hint : c’est pas le sujet mais les harcèlements et menaces que ses élus et militants subissent).

    (Et le pire c’est que je soupçonne fort les mêmes de s’être indignés du temps où les gilets jaunes menaçaient les marchistes, ou encore des campagnes de harcèlement “wokes”).

    Enfin certains commentaires sont une bien belle illustration de l’article.

  12. En marge de ça mais en lien, cette hyper-communication publique est quelque chose que je déplore.

    Faire en sorte que chaque événement mérite un tweet ou une punchline me laisse à penser que la politique devient juste un lieu et un prétexte pour faire de la communication et essayer de “récupérer des électeurs”.

    D’abord par les politiques eux-même et pour le coup Mélanchon et LFI était bien en avance là-dessus avec de la communication sur Internet avant les autres : meetings par hologramme, compte twitter, nitter, des députés tel Louis Boyard… Bien rattrapé par tous les autres maintenant. La plupart des hommes et femmes politiques commentant l’ensemble des faits divers sur des plateaux ou des rs.

    Maintenant, les “journalistes” n’attendent que ça également avec la recherche de la punchline avec des questions qui n’attendent que des réponses “pour faire le buzz” et s’agacent quand le politique ne “joue pas le jeu” de répondre une grosse punchline bien singlante qui va générer des vues et de la thune….

    Bref, c’est affligeant. On est dans un monde de com, dirigé par de la com, ou faut faire des buzz avec des punchlines sur chaque sujet… Les équipes de de com doivent être énorme pour chaque parti et doivent avoir un gros boulot… Si on rabotait là-dedans et qu’ils (tous) fermerraient un peu plus leur gueule sur les réseaux, en plus de la thune qu’on gagnerait au vu des budgets collosaux, on aurait une santé mentale un peu meilleurs à ne pas lire autant de conneries aussi souvent.

  13. C’est de plus en plus difficile de discuter de politique avec autrui et c’est triste.
    Le fossé entre les gens ne cessent de grandir.
    La diabolisation est réelle et de TOUS les côtés. Les politiques sont de moins en moins nuancés et clivent notre société.

    Tout ceci ne présage rien de bon.

  14. On peut critiquer la position des Insoumis sur plein de choses, par exemple sur leur stratégie à l’AN ou les différentes prises de position comme je peux le lire sur le fil mais là, on parle quand même de menaces sur les personnes, donc on dépasse largement le débat d’idées, ce qui ne devrait jamais être acceptable, quelle que soient les affinités politiques.

    Limite, je “préfère” les “échanges” à base de “oui mais lui il a dit que/il a fait tel truc” puérils à ces choses bien plus graves.

  15. Sacré raccourci entre la “diabolisation” et les menaces. Rien ne les justifie mais manifestement ce qui les cause ce sont les positions du mouvement au sujet du conflit israélo palestinien.

    L’homme de paille célafoacnews est assez gros aussi, sans décortiquer toutes les positions des membres du mouvement des articles sur Mélenchon et son rapport à l’antisémitisme controversé y’en a jusque dans libé.

  16. La diabolisation permanente de LFI, le manque de condamnation de la part du gouvernement et le silence dans les grands médias encouragent cette violence.

    Une célébrité poste un tweet de soutien aux gazaouis ? Le ministre de l’Intérieur l’accuse publiquement de connivence avec les islamistes. Une célébrité appelle publiquement à dégommer physiquement les députés LFI ? Aucune réaction.

    Une étudiante qui se voit refuser l’accès à un amphi sur une suspicion d’antisémitisme qui s’est révélée être du flan ? Affaire d’état, chaînes d’info en boucle, polémique nationale sur l’université islamo-gauchiste. Un militant LFI qui distribuait des tracts pour un cessez-le-feu à Gaza se fait physiquement agresser sur un marché au point de perdre deux dents ? Aucune réaction. Des personnes âgées terrorisées par une cinquantaine de militants d’extrême-droite armés de bâtons et de gazeuses qui ont essayé de forcer l’entrée d’une conférence sur Gaza ? Aucune réaction. Une vingtaine de fachos cagoulés et armés qui tentent d’entrer dans un amphi où se tenait une réunion avec des députés LFI ? Aucune réaction.

    Les menaces de mort sur les réseaux ? Inadmissible, on condamne, il faut défendre la liberté d’expression. Les menacé.es sont LFI ? Alors Catherine, parlez-nous de la météo, quel temps va-t-il faire ce week-end ?

    La vidéo de l’agression de Louis Boyard dans le train, j’en n’avais même pas entendu parler. S’il avait été député de la majorité ou RN, on aurait eu le droit au bandeau “Agression d’un député” pendant des jours sur CNEWS, BFM, LCI et compagnie pour taper sur la gauche qui est devenue un danger pour la république.

    PS : les gens qui parlent de l’Ukraine ou du Venezuela sont complètement à l’ouest et n’ont certainement pas lu l’article (en tout cas, pas en ouvrant les yeux).

  17. C’est le jeu quand tu tiens ou doit tenir (pour pas énerver le grand chef) des positions et des propos insoutenables.

    Ils ont joué un jeu dangereux, ils en récoltent les fruits. Je ne valide ou cautionne aucunement l’agressivité et la violence verbales des uns ou des autres je constate juste.

    En ce qui me concerne ce sont des traîtres à la nation, ils rejoignent le RN, le seul qui peut encore être sauvé de ce bordel c’est peut être Ruffin qui semble en dehors de la pensée unique de jeanluk.

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