
Un grand béarnais est mort le vendredi 5 avril, transmetteur et détenteur d’un savoir séculaire, dont vous n’avez probablement jamais entendu parler, Gilabèrt Nariòo.
by paniniconqueso

Un grand béarnais est mort le vendredi 5 avril, transmetteur et détenteur d’un savoir séculaire, dont vous n’avez probablement jamais entendu parler, Gilabèrt Nariòo.
by paniniconqueso
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Gilabèrt Nariòo (1928-2024), grand défenseur de la variété gasconne de la langue occitane.
Il avait une vaste connaissance de sa langue, et même d’autres variétés. Il a enseigné pendant des décennies la variante lengadocienne, très différente de sa variété béarnaise natale. Il a été l’une des figures importantes de la création d’un dictionnaire populaire gascon-français, publié par l’association Per Noste, utilisant bien sûr sa propre intuition de locuteur natif de sa langue pour recueillir des milliers et des milliers de mots. Mais un dictionnaire n’est pas une langue, pas plus qu’une fleur coupée puis collée dans un album n’est une reproduction fidèle d’une forêt vivante.
De nombreuses personnes et groupes se sont abreuvées de ses connaissances, notamment [Los de Nadau](https://www.youtube.com/watch?v=nnXm_Eo4KDk), un célèbre groupe de musique. Nariòo (non rémunéré et souvent non crédité) a écrit une grande partie des paroles pour eux, et pour d’autres artistes.
Il y a un stéréotype selon lequel les locuteurs de ces langues sont isolés, ou plus incultes que les francophones. Ce n’est pas plus vrai pour les locuteurs occitans que pour les francophones. Nariòo, en tout cas, était un polyglotte, et une partie de cette facilité vient précisément de sa première langue. Comme vous pouvez le voir dans le premier clip, son gascon l’a aidé à apprendre l’anglais et l’allemand. Dans le deuxième clip, il explique comment la France l’a ignoré et puni pour sa langue : ironiquement, il a dû quitter son pays pour qu’il se rende compte que sa langue était précisément cela, une langue, tout aussi valable et importante que le français.
Le mot qu’il utilise pour décrire les punitions que lui et ses amis ont subies est… **torture**. “Tes parents ne t’aiment pas, s’ils t’aimaient ils te parleraient en français”. As-tu déjà entendu un professeur te dire cela ?
La mort de cet homme, et celle de milliers d’autres comme lui chaque année qui meurent en silence, sans être remarqués par la culture nationale française, sans être remplacés par des jeunes, les jeunes qui grandissent sans rien connaître ou très peu de leur propre culture, de leur propre terre, de leur propre histoire, nous appauvrit tous en tant qu’espèce humaine. Mais en fait, ce sont les jeunes eux-mêmes qui sont le plus intimement touchés, car ils en sont les premières victimes, de Dax à Pau, de Toulouse à Marseille, de Bordeaux à Montpellier.
Juste l’autre jour, j’ai dû expliquer à un client béarnais ce que signifiait le “beròi” dans son nom, car il n’en avait aucune idée (cela signifie “beau”, en occitan).
Il y a 100 ans et plus, la France essayait de détruire les langues régionales par la coercition mais elle n’a pas complètement réussi son coup. Aujourd’hui, certaines de ces langues meurent tranquillement, paisiblement, dans le silence et l’indifférence.
Intéressant le rapprochement de certains éléments du gascon avec l’anglais, surprenant. Par contre la fin toujours dur à entendre, ma grand-mère a vécu exactement la même chose (un peu plus a l’ouest) et en parlait de la même façon. Et encore, les coups de règles et bâton, c’étaient les “corrections” du quotidien, faut pas oublier les autres violences, humiliations, insultes. L’histoire de mon grand oncle fuyant l’école en plein cour et se cachant dans la forêt attenante pendant deux jours après une correction qui a finit en sang m’a toujours hanté. Les instits en avaient la directive, ils avaient carte blanche pour mater tout ce qui ne convenait pas l’idéal républicain, et ils s’en sont pas privés ces fils de pute.
Un honorable béarnais.
En sixième dans mon collège du Cantal j’avais suivi des cours d’Occitan. Il y avait encore quelques locuteurs à l’époque, tous vieux, mais aujourd’hui je suis certain qu’il n’y en a plus. De ceux qui l’ont appris au berceau en tout cas.
C’est une très belle langue. Plus douce que l’espagnol ou l’italien, mélodieuse et raffinée, et en même temps tellement proche et éloignée de notre français moderne. C’était la langue des troubadours du Moyen-Age et de l’élite intellectuelle de cette période.
I’m a Portuguese speaker and I understand 90% of what he’s saying. Amazing.