**REPORTAGE | Dans un contexte de tensions avec la Russie, le pays scandinave, qui n’est pas membre de l’OTAN, s’est livré à une démonstration de force. Une opération bien accueillie par la population.**
Depuis près d’une semaine, les images sont diffusées en boucle sur les chaînes de télévision suédoises et tous les journaux en ont fait leur « une ». On y voit des chars, circulant sur les routes de l’île de Gotland, au sud-est de la Suède, pendant que des soldats armés patrouillent sur le port de la ville de Visby, où débarquent les renforts.
Selon les médias locaux, une centaine de soldats seraient arrivés, entre le 14 et le 15 janvier, en ferry et en avion, pour compléter le régiment de 350 militaires déjà stationné sur l’île, située en pleine mer Baltique, à quelques centaines de kilomètres de la Lettonie. Ces chiffres n’ont pas été officiellement confirmés. « Il y a beaucoup d’incertitudes, car nous n’avons vu que ce que l’armée a bien voulu nous montrer », commente Pär Ullrich, chef de l’information au journal Helagotland, dont la rédaction se trouve juste en face du terminal des ferries.
Quelques jours plus tôt, le 12 janvier, l’armée suédoise avait annoncé qu’elle allait accentuer sa présence sur l’île de 60 000 habitants, grande comme un tiers de la Corse, alors que la Russie avait déployé trois navires de débarquement en mer Baltique, en plus des trois qui s’y trouvent habituellement. Finalement, les bateaux sont repartis mardi 18 janvier – avant de jeter l’ancre dans le détroit du Kattegat, entre la Suède et le Danemark, probablement en raison du mauvais temps.
Sur l’île de Gotland, l’armée s’est faite discrète après l’arrivée des renforts. Mardi matin, aucun soldat ne patrouillait plus dans les rues de Visby et les chars avaient disparu. Seul le bruit de deux hélicoptères, survolant le port en rase-mottes, en début de matinée, venait rappeler les évènements du week-end.
**« Une redistribution des forces »**
De passage sur l’île avant la visite du ministre de la défense, mercredi, le chef de l’armée de terre, Karl Engelbrektson, a précisé au Monde que le renforcement des troupes à Gotland n’était pas une réponse à « une menace directe », mais « faisait partie d’une redistribution des forces » dans le cadre d’« un environnement international marqué par la rhétorique des grandes puissances et leurs capacités renforcées dans le voisinage ».
Un peu plus tôt dans l’après-midi, Mattias Ardin, commandant des forces de Gotland, a improvisé un point presse pour les journalistes, arrivés en nombre de Stockholm et des capitales voisines. Sur le parking de l’ancienne caserne, le colonel a rappelé l’importance géostratégique de l’île : « Si vous prenez une carte de la Baltique, nous sommes au milieu. Celui qui se trouve ici peut contrôler les allées et venues, en mer ou dans les airs. »
Pour cette opération de communication, Mattias Ardin est venu accompagné d’une dizaine de soldats, autorisés à témoigner. Parmi eux : Alyaka Wild, 20 ans, un Franco-Suédois né à Bordeaux, qui s’est engagé dans l’armée après son service militaire. Rattaché au régiment de Skövde, dans le sud de la Suède, le jeune homme est arrivé en ferry ce week-end, au volant de son camion. Comme ses camarades, il reste serein. L’éventualité d’une guerre lui paraît « très lointaine ».
Chercheur à l’Ecole supérieure de la défense nationale, Tomas Ries partage son avis. Alors, pourquoi cette démonstration de force à Gotland ? « D’une part, c’est un endroit exposé et la Suède en a conscience. D’autre part, Stockholm envoie un signal à Moscou et montre sa détermination à défendre son territoire. » S’il ne croit pas au scénario d’une attaque « dans les circonstances actuelles », Tomas Ries estime qu’« en cas de confrontation dans la Baltique, la Russie pourrait vouloir renforcer sa défense aérienne, ce qui ferait de Gotland, mais aussi des îles voisines de Bornholm ou Aland, des cibles ».
**« C’est bien que les soldats se montrent »**
Dans les rues de Visby, l’arrivée des renforts est plutôt bien accueillie. « Je suis tellement âgé que je n’ai plus peur de ce genre de choses, sourit Lars Widange, 72 ans, retraité du secteur de l’alimentation. Mais c’est bien que les soldats soient là et que la Suède montre qu’elle est prête à défendre Gotland. Je ne pense pas que les Russes aient l’intention d’attaquer, mais si c’était le cas, ils savent désormais qu’il leur faudra mobiliser des ressources. »
Accompagnée de son fils dans une poussette, Elin, 32 ans, est du même avis. Si elle non plus ne croit pas à une offensive russe, la présence de l’armée sur l’île la rassure. « Je trouve que c’est bien que les soldats se montrent », dit-elle. Bengt Wiman, 64 ans, est d’accord, mais ne peut s’empêcher de voir dans ces manœuvres un « jeu entre la Russie et l’OTAN », dans lequel « les responsabilités sont partagées ».
Plus que tout, le sexagénaire regrette le départ de l’armée de Gotland, en 2007. La guerre froide était terminée, l’URSS avait implosé et les Baltes avaient regagné leur indépendance. « C’était une autre époque, dans un autre monde », résume Mattias Ardin. Convaincu que la paix dans la région serait durable, Stockholm avait alors décidé de renoncer à sa défense territoriale au profit d’une armée professionnelle, tournée vers les opérations à l’étranger. Le service militaire avait été suspendu et l’armée avait quitté Visby.
« A l’époque, tout le monde sur l’île pensait que c’était une erreur », affirme la présidente conservatrice de la région, Inger Harlevi. Quelques années plus tard, l’annexion de la Crimée par la Russie, en 2014, a mis un terme à l’optimisme. En 2017, la Suède a fait un virage à 180 degrés. En plus d’augmenter massivement les budgets de la défense et de rétablir la conscription, le gouvernement, dirigé par les sociaux-démocrates, a décidé de réinstaller un régiment à Gotland.
Les habitants de l’île, eux, n’ont jamais oublié ce que l’histoire leur a enseigné et la menace qu’a toujours représentée le voisin russe, assure Inger Harlevi. Elle mentionne l’arrivée de plus de 10 000 réfugiés estoniens, fuyant l’invasion soviétique en 1944. Celle aussi, vingt ans plus tôt, de dizaines d’habitants de Gammalsvenskby – le « vieux village suédois », fondé en 1781 dans le sud de l’Ukraine par des Suédois d’Estonie –, en butte aux révolutionnaires russes. « Encore aujourd’hui, leurs descendants sont très actifs sur l’île et nous sommes jumelés avec Zmiyivka [anciennement Gammalsvenskby], alors, évidemment, nous suivons ce qui se passe en Ukraine », explique Mme Harlevi.
Dans le hall de sa résidence officielle, sur le port de Visby, le gouverneur de Gotland, Anders Flanking, pin’s aux couleurs de la Suède sur le revers de sa veste et cravate assortie, appelle au calme : « Nous devons être réalistes et ne pas être naïfs sur la situation, mais il ne faut pas non plus s’inquiéter plus que nécessaire. » Le week-end dernier, l’association de protection des droits des enfants Bris a dû donner des conseils pour répondre aux inquiétudes des jeunes Suédois, dont certains étaient convaincus de l’imminence d’une guerre, annoncée dans des vidéos sur l’application Tiktok.
Mais Groland existe vraiment? On me dit jamais rien.
En Suède il n’y a pas comme en France de mémoire traumatique liée à la seconde guerre mondiale ni même à la première. Les dernières guerres qui ont vu une force étrangère agresser le pays ont été des guerres contre la Russie. Même au nord de la Suède il y a des plaques qui commémorent que telle ou telle église ou telle ou telle ville a été brûlée par les russes.
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**REPORTAGE | Dans un contexte de tensions avec la Russie, le pays scandinave, qui n’est pas membre de l’OTAN, s’est livré à une démonstration de force. Une opération bien accueillie par la population.**
Depuis près d’une semaine, les images sont diffusées en boucle sur les chaînes de télévision suédoises et tous les journaux en ont fait leur « une ». On y voit des chars, circulant sur les routes de l’île de Gotland, au sud-est de la Suède, pendant que des soldats armés patrouillent sur le port de la ville de Visby, où débarquent les renforts.
Selon les médias locaux, une centaine de soldats seraient arrivés, entre le 14 et le 15 janvier, en ferry et en avion, pour compléter le régiment de 350 militaires déjà stationné sur l’île, située en pleine mer Baltique, à quelques centaines de kilomètres de la Lettonie. Ces chiffres n’ont pas été officiellement confirmés. « Il y a beaucoup d’incertitudes, car nous n’avons vu que ce que l’armée a bien voulu nous montrer », commente Pär Ullrich, chef de l’information au journal Helagotland, dont la rédaction se trouve juste en face du terminal des ferries.
Quelques jours plus tôt, le 12 janvier, l’armée suédoise avait annoncé qu’elle allait accentuer sa présence sur l’île de 60 000 habitants, grande comme un tiers de la Corse, alors que la Russie avait déployé trois navires de débarquement en mer Baltique, en plus des trois qui s’y trouvent habituellement. Finalement, les bateaux sont repartis mardi 18 janvier – avant de jeter l’ancre dans le détroit du Kattegat, entre la Suède et le Danemark, probablement en raison du mauvais temps.
Sur l’île de Gotland, l’armée s’est faite discrète après l’arrivée des renforts. Mardi matin, aucun soldat ne patrouillait plus dans les rues de Visby et les chars avaient disparu. Seul le bruit de deux hélicoptères, survolant le port en rase-mottes, en début de matinée, venait rappeler les évènements du week-end.
**« Une redistribution des forces »**
De passage sur l’île avant la visite du ministre de la défense, mercredi, le chef de l’armée de terre, Karl Engelbrektson, a précisé au Monde que le renforcement des troupes à Gotland n’était pas une réponse à « une menace directe », mais « faisait partie d’une redistribution des forces » dans le cadre d’« un environnement international marqué par la rhétorique des grandes puissances et leurs capacités renforcées dans le voisinage ».
Un peu plus tôt dans l’après-midi, Mattias Ardin, commandant des forces de Gotland, a improvisé un point presse pour les journalistes, arrivés en nombre de Stockholm et des capitales voisines. Sur le parking de l’ancienne caserne, le colonel a rappelé l’importance géostratégique de l’île : « Si vous prenez une carte de la Baltique, nous sommes au milieu. Celui qui se trouve ici peut contrôler les allées et venues, en mer ou dans les airs. »
Pour cette opération de communication, Mattias Ardin est venu accompagné d’une dizaine de soldats, autorisés à témoigner. Parmi eux : Alyaka Wild, 20 ans, un Franco-Suédois né à Bordeaux, qui s’est engagé dans l’armée après son service militaire. Rattaché au régiment de Skövde, dans le sud de la Suède, le jeune homme est arrivé en ferry ce week-end, au volant de son camion. Comme ses camarades, il reste serein. L’éventualité d’une guerre lui paraît « très lointaine ».
Chercheur à l’Ecole supérieure de la défense nationale, Tomas Ries partage son avis. Alors, pourquoi cette démonstration de force à Gotland ? « D’une part, c’est un endroit exposé et la Suède en a conscience. D’autre part, Stockholm envoie un signal à Moscou et montre sa détermination à défendre son territoire. » S’il ne croit pas au scénario d’une attaque « dans les circonstances actuelles », Tomas Ries estime qu’« en cas de confrontation dans la Baltique, la Russie pourrait vouloir renforcer sa défense aérienne, ce qui ferait de Gotland, mais aussi des îles voisines de Bornholm ou Aland, des cibles ».
**« C’est bien que les soldats se montrent »**
Dans les rues de Visby, l’arrivée des renforts est plutôt bien accueillie. « Je suis tellement âgé que je n’ai plus peur de ce genre de choses, sourit Lars Widange, 72 ans, retraité du secteur de l’alimentation. Mais c’est bien que les soldats soient là et que la Suède montre qu’elle est prête à défendre Gotland. Je ne pense pas que les Russes aient l’intention d’attaquer, mais si c’était le cas, ils savent désormais qu’il leur faudra mobiliser des ressources. »
Accompagnée de son fils dans une poussette, Elin, 32 ans, est du même avis. Si elle non plus ne croit pas à une offensive russe, la présence de l’armée sur l’île la rassure. « Je trouve que c’est bien que les soldats se montrent », dit-elle. Bengt Wiman, 64 ans, est d’accord, mais ne peut s’empêcher de voir dans ces manœuvres un « jeu entre la Russie et l’OTAN », dans lequel « les responsabilités sont partagées ».
Plus que tout, le sexagénaire regrette le départ de l’armée de Gotland, en 2007. La guerre froide était terminée, l’URSS avait implosé et les Baltes avaient regagné leur indépendance. « C’était une autre époque, dans un autre monde », résume Mattias Ardin. Convaincu que la paix dans la région serait durable, Stockholm avait alors décidé de renoncer à sa défense territoriale au profit d’une armée professionnelle, tournée vers les opérations à l’étranger. Le service militaire avait été suspendu et l’armée avait quitté Visby.
« A l’époque, tout le monde sur l’île pensait que c’était une erreur », affirme la présidente conservatrice de la région, Inger Harlevi. Quelques années plus tard, l’annexion de la Crimée par la Russie, en 2014, a mis un terme à l’optimisme. En 2017, la Suède a fait un virage à 180 degrés. En plus d’augmenter massivement les budgets de la défense et de rétablir la conscription, le gouvernement, dirigé par les sociaux-démocrates, a décidé de réinstaller un régiment à Gotland.
Les habitants de l’île, eux, n’ont jamais oublié ce que l’histoire leur a enseigné et la menace qu’a toujours représentée le voisin russe, assure Inger Harlevi. Elle mentionne l’arrivée de plus de 10 000 réfugiés estoniens, fuyant l’invasion soviétique en 1944. Celle aussi, vingt ans plus tôt, de dizaines d’habitants de Gammalsvenskby – le « vieux village suédois », fondé en 1781 dans le sud de l’Ukraine par des Suédois d’Estonie –, en butte aux révolutionnaires russes. « Encore aujourd’hui, leurs descendants sont très actifs sur l’île et nous sommes jumelés avec Zmiyivka [anciennement Gammalsvenskby], alors, évidemment, nous suivons ce qui se passe en Ukraine », explique Mme Harlevi.
Dans le hall de sa résidence officielle, sur le port de Visby, le gouverneur de Gotland, Anders Flanking, pin’s aux couleurs de la Suède sur le revers de sa veste et cravate assortie, appelle au calme : « Nous devons être réalistes et ne pas être naïfs sur la situation, mais il ne faut pas non plus s’inquiéter plus que nécessaire. » Le week-end dernier, l’association de protection des droits des enfants Bris a dû donner des conseils pour répondre aux inquiétudes des jeunes Suédois, dont certains étaient convaincus de l’imminence d’une guerre, annoncée dans des vidéos sur l’application Tiktok.
Si vous voulez savoir comment se termine la bataille : https://www.youtube.com/watch?v=mjYy5ZYPt18
450 hommes.. bon c’est pas non plus la panacée
Mais Groland existe vraiment? On me dit jamais rien.
En Suède il n’y a pas comme en France de mémoire traumatique liée à la seconde guerre mondiale ni même à la première. Les dernières guerres qui ont vu une force étrangère agresser le pays ont été des guerres contre la Russie. Même au nord de la Suède il y a des plaques qui commémorent que telle ou telle église ou telle ou telle ville a été brûlée par les russes.