
« Les systèmes universitaires reposant sur les frais d’inscription ont démontré les dégâts qu’ils pouvaient produire de par le monde » [tribune en commentaire]

« Les systèmes universitaires reposant sur les frais d’inscription ont démontré les dégâts qu’ils pouvaient produire de par le monde » [tribune en commentaire]
14 comments
Tribune. Dans un discours du 13 janvier [en clôture du congrès de France Universités], Emmanuel Macron a présenté une nouvelle série de réformes pour l’enseignement supérieur, dont une possible hausse des frais d’inscription. Le Conseil constitutionnel a pourtant rappelé dans une décision, le 11 octobre 2019, que le principe de gratuité de l’éducation s’applique en France de la maternelle à l’université.
Les détails du projet d’Emmanuel Macron pour « donner un prix » à l’université sont connus. Une note issue de sa première campagne présidentielle, rédigée par l’économiste Robert Gary-Bobo, rendue publique par les « MacronLeaks » [la publication de documents piratés de l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron, en 2017] et reconnue par l’auteur, propose une série de transformations qui ont largement été mises sur les rails au cours du premier mandat.
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« Comment faire passer la pilule de la hausse des droits d’inscription ? Commencer bien sûr par le crédit (…). L’objectif affiché est de développer l’autonomie des jeunes. » L’endettement constitue une pierre angulaire pour permettre l’accès à l’enseignement supérieur. De ce point de vue, la précarité étudiante en devient presque une aubaine : pour y faire face, on proposera des prêts à taux subventionné en complément des bourses – et, à terme, à la place des bourses.
Joug du remboursement
Datée du 16 novembre 2016, cette note prévoit tous les détails. Quel montant ? Le niveau des frais devrait s’établir « entre 4 000 et 8 000 euros par an et par étudiant », voire 20 000 euros pour ceux des grandes écoles. Comment convaincre les banques de prêter aux jeunes ? Il suffit que « l’Etat, les services fiscaux, acceptent de sécuriser ces crédits d’une certaine manière (au besoin en reprenant les crédits à problèmes) ». Au secteur financier, les profits ; à l’Etat, les risques et les coûts. Et, aux jeunes diplômés, le joug du remboursement, assurant leur docilité sur le marché du travail. Employabilité garantie !
C’est un modèle en vigueur en Australie et en Angleterre, initialement expérimenté dans le Chili de Pinochet et de ses « Chicago Boys » [groupe d’économistes chiliens formés à l’université de Chicago]. Alors que les frais d’inscription au Chili sont les plus élevés du monde, l’accès à l’université est plus large qu’en France. Les jeunes (et leur famille) en sortent surendettés, et ce système contribue aux terribles inégalités dans le pays. Selon le témoignage d’une étudiante dans l’excellent documentaire Etudiants : l’avenir à crédit [de Jean-Robert Viallet, 2016], « on entre pauvre à l’université, on en ressort bien plus pauvre encore ».
Au Chili, c’est la situation étudiante qui est à l’origine d’une puissante contestation depuis 2011. Le nouveau, et jeune, président, Gabriel Boric, est d’ailleurs directement issu de ce mouvement étudiant. Plus généralement, les systèmes universitaires reposant sur les frais d’inscription ont démontré les dégâts qu’ils pouvaient produire de par le monde. Ils sont largement contestés et commencent à être remis en cause. Or, c’est au moment même où ces échecs deviennent les plus patents qu’Emmanuel Macron propose de reproduire les mêmes errements !
Comme le montrent les pays du nord de l’Europe, un enseignement supérieur bien – et intégralement – financé par l’Etat, accompagné d’une allocation d’autonomie substantielle, est un enseignement plus efficace, moins coûteux et plus conforme à l’accomplissement de ses missions.
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En 2017, le candidat Macron avait arbitré pour limiter la hausse des frais d’inscription aux seuls étudiants extra-européens : le plan bien mal nommé « Bienvenue en France » établit, depuis 2019, les frais d’inscription de ces étudiants à 2 770 euros en licence et à 3 770 euros en master, malgré la forte hostilité de la communauté universitaire. Pour la campagne 2022, manifestement plus à droite, la perspective d’une mobilisation étudiante ne semble pas suffisante pour renoncer à la financiarisation de l’université. Mauvais calcul ?
Hugo Harari-Kermadec et David Flacher sont professeurs des universités en économie. Ils ont participé à l’ouvrage collectif « Arrêtons les frais ! » (Raisons d’Agir, 2015)
On a aussi des preuves des problèmes provoqués par notre système.
>C’est un modèle en vigueur en Australie et en Angleterre, initialement expérimenté dans le Chili de Pinochet et de ses « Chicago Boys » [groupe d’économistes chiliens formés à l’université de Chicago]. Alors que les frais d’inscription au Chili sont les plus élevés du monde, l’accès à l’université est plus large qu’en France. Les jeunes (et leur famille) en sortent surendettés, et ce système contribue aux terribles inégalités dans le pays. Selon le témoignage d’une étudiante dans l’excellent documentaire Etudiants : l’avenir à crédit [de Jean-Robert Viallet, 2016], « on entre pauvre à l’université, on en ressort bien plus pauvre encore ».
Au Chili je sais pas mais en Angleterre et en Australie les diplômés, malgré les prêts qu’ils ont contractés, ne sont certainement pas socialement défavorisés.
Les chercheurs comme moi, produits de l’Université “gratuite” défendront sans doute toujours le système qui leur a permis de faire des études supérieures.
Venant du monde ça fait très “les bourgeois se révoltent car on veut leur faire payer l’université”.
Bon, et une fois ce constat effectué, on fait quoi? Si on veut baisser les dépenses reliées au supérieur, il faudrait peut être commencer par faire la chasse aux mauvais étudiants et à l’administration obèse des établissements? Les taux d’échecs en première année de fac sont de l’ordre de la plaisanterie, à quand une réelle sélection a l’entrée, ou au moins des conséquences pour les redoublants professionnels (par exemple deux redoublements=le cursus devient payant)? Il est triste de devoir en arriver à mettre des frais d’entrée pour pallier la hausse de dépenses de la fac.
Je suis contre le fait de monnayer l’entrée dans le supérieur, mais on voit aussi depuis plusieurs années le succès grandissant des établissements privés (y compris des facs catholiques), alors si les gens y affluent, c’est peut être que le public ne va pas bien (ca touche aussi les collèges et lycées, par ailleurs). Tant que l’état refusera d’avoir de la poigne et de mettre en place un système méritocratique d’entrée dans les établissements éducatifs (et d’en éliminer les éléments perturbateurs ou problématiques), les gens vont chercher cette offre dans le privé. Enfin, ceux qui ont les moyens bien sûr; les pauvres avec des ambitions académiques trinqueront, comme d’habitude. Et ça ça arrive déjà dans les collèges et lycée, Macron ou pas.
Je suis un peu d’accord que les frais d’inscription peuvent avoir des effets négatifs. J’ai enseigné en remplaçant mon patron de l’époque, il y a longtemps, dans une université au Japon et j’étais surpris de voir que certains étudiants dormaient en cours, lisaient d’autres trucs… Quand j’ai dit à mon chef que c’est pas normal il m’a dit que certains étudiants viennent à la fac comme au théâtre, une fois que tu paies ton ticket d’entrée tu fais ce que tu veux.
De l’autre coté -quasiment gratuit comme dans l’université française- ce n’est pas idéal non plus…. (groupes de TD à moitié vides, difficulté de gestion des intervenants, ce qui entraine des coûts). Pour moi, c’est un choix de société… si on a les moyens de financer l’université c’est très bien comme ça. Mais vu le financement décroissant depuis des années (il me semble que le budget a baissé le plus quand le PS était au pouvoir), j’ai l’impression qu’on a plus les moyens de financer tout ça (il faut voir l’état des salles de TD et les amphis dans les facs).
Ça a jamais arrêté Macron.
La guerre contre la drogue a prouvé qu’elle faisait plus de mal que de bien partout où ça a été essayé et pourtant il s’obstine dans la répression en dépit de toute logique.
Je vais vraiment finir par croire que le boucher de Darmanin est consulté plus souvent que les experts qui connaissent réellement le sujet.
Je serais d’accord avec le système gratuit si on avait une vrai sélection à l’entrée. Parce que sinon il y a un paquet de glandeurs qui bénéficient du statut d’étudiant aux frais de l’Etat.
Sur le principe c’est “normal” d’avoir une part d’étudiants qui ne réussit pas la première année (le taux en question est autre chose).
Plutôt qu’une sélection, la transformation des enseignements en module que l’on peut choisir en fonction de son parcours et de ses possibilités est une piste vraiment intéressante (si elle est montée avec réflexion) pour avoir un étudiant qui fera la 1ere année en deux ans et inversement celui qui a des facilites fera ses trois ans de licence en 2ans. Et valable pour la formation continue.. Bon dans les faits ca se met pas en place comme ça et ça soulève beaucoup d’enjeux qui ne sont pas encore prêts d’être réglés
Comment dans ce cas orienter les jeunes vers des filières d’avenir et pas des années de glandouille parce qu’ils hésitent?
Je suis ptet un immonde salopard de le dire comme ça mais voir les amphi de psycho ou de staps plein à craquer plutôt que les formations de chaudronnier/soudeurs me désole sur l’avenir du pays.
Et je dis ça en ayant 26 ans.
Mettre les études payantes permettrait d’orienter les étudiants vers des filières d’avenir qui rapportent.
Une autre solution serait de faire payer les cursus au fédération qui en beneficieront. (Genre fédération du BTP qui paye les cursus des étudiants en construction)
Yep
Je suis surpris qu’il n’est pas encore surgis, du coup je vais relancer un débat qu’il y avait dans les universités il y a quelques années:
L’université gratuite pour les étudiants étrangers ? Oui/non/NSP ?
Tout le monde parle des 50% de taux d’échec en 1ere année mais le problème c’est que c’est la première année qui sert de sélection à l’université.
Ce n’est ni le bac ni aucun dossier pour postuler.
Donc on veut faire payer tout le monde alors que le gouvernement a peur de mettre en place la sélection à l’entrée des Universités.
Personne ne parle du fait qu’il y a beaucoup de place en 1ere année mais beaucoup moins les années suivantes. Interdisons aux facultés d’accepter plus d’étudiants qu’il n’y a de places dans le cursus point barre. Essayons de faire progresser les gens pour une fois. Vous savez le truc dont on parle, la montée en compétences, dont on nous rabâche les oreilles mais que même les entreprises ne savent pas faire.
Enfin point expérience personnelle : A l’époque, j’ai été accepté en IUT sur dossier. J’ai fait la première année. Pas accepté en 2eme année. 50% d’échec à la fin non pas parce qu’on était nuls. Juste parce que l’IUT surbooke la 1ere année car les fonds sont accordés en fonction du nombre d’étudiants mais le cursus savait pertinemment qu’il n’y avait pas assez de place en 2eme année.