**Parmi les invités du meeting de Villepinte, des responsables identitaires, des anciens d’Ordre nouveau et du Gud et des royalistes côtoient les cathos tradis de La Manif pour tous et les transfuges du RN et de LR. La mouvance identitaire s’apprête à jouer un rôle majeur dans la campagne.**
« L’extrême droite, c’est un terme qui ne veut plus rien dire aujourd’hui. […] Il faut arrêter avec l’extrême droite. C’est une accusation politique », a certifié Éric Zemmour, le 17 janvier, sur BFMTV. Personne dans ses rangs « ne veut renverser la République ». Ni « factieux », ni « soldats qui vont mettre tout le monde dehors », a-t-il assuré.
La liste des invités « VIP » du meeting d’Éric Zemmour à Villepinte, obtenue par Mediapart, permet au contraire d’affirmer que la frange la plus radicale de l’extrême droite s’est rangée derrière le polémiste.
Un mois et demi après le rassemblement, qui s’est tenu le 5 décembre, ces éléments occupent déjà ici et là des postes clés de son nouveau parti Reconquête! aux côtés d’élus ou de responsables locaux ou régionaux débauchés du Rassemblement national (RN) et de chez Les Républicains (LR). La liste de Villepinte montre la prédominance d’un courant identitaire qui s’apprête à jouer un rôle décisif dans l’organisation du mouvement et, surtout, des législatives.
**Jérémie Piano, ancien de Génération identitaire**
Invité VIP à Villepinte, Jérémie Piano, porte-parole de Génération identitaire (GI) lors de sa dissolution, en mars 2021, a 27 ans. Le journal La Provence l’a repéré sur une photo de sympathisants prise quelques jours avant, lors de la visite de Zemmour à Aix-en-Provence.
En février 2021, il rappelle les actions du groupe, qui lui valent, pour certaines, des poursuites judiciaires : l’occupation du chantier de la mosquée de Poitiers en 2012, puis les actions anti-migrants, d’abord à Calais, puis dans les Alpes et dans les Pyrénées.
Piano et ses amis, habillés d’anoraks bleu ciel siglés « Defend Europe », ont littéralement patrouillé aux abords du col de l’Échelle, puis au col du Portillon, en janvier 2021. Ils ont bloqué à deux reprises les navires de l’association SOS Méditerranée avant d’attaquer ses locaux à Marseille, en 2018.
« Ces actions ont permis de recentrer le débat politique sur nos thèses, et (…) donné une tribune pour exposer notre idée : notre idée de remigration !, expose Piano, ce 20 février 2021. C’est la seule réponse à apporter à la société multi-ethnique. La remigration, c’est le retour au pays d’une majorité d’extra-Européens présents sur notre sol ! »
Condamné en juin 2021 à une peine d’amende pour incitation à la haine raciale pour avoir collé des affiches de GI (« Immigration Racaille Islamisation ») appelant – déjà – à la « reconquête », Piano écope, au mois de septembre suivant, pour le même motif, de deux mois de prison avec sursis pour des propos dénonçant « l’invasion migratoire » dans une vidéo postée après l’opération du col du Portillon. Le 20 janvier 2022, un porte-parole de GI, Damien Rieu, a lui aussi rallié Zemmour, et a été nommé vice-président de Reconquête!.
**Philippe Milliau, fondateur de TV Libertés**
Présent sur la liste des « VIP » de Villepinte, Philippe Milliau, ancien dirigeant du Bloc identitaire (BI) et fondateur de la Web TV d’extrême droite TV Libertés, a été propulsé depuis coordonnateur régional de la campagne de Zemmour en Bretagne et dans les Pays-de-la-Loire.
Président de Bouledogue Medias, Milliau passe depuis longtemps pour un financier du courant identitaire. Questionné en septembre par Mediapart, il admettait du bout des lèvres « rendre des services » dans la phase de préfiguration de la campagne Zemmour. Ancien de la Fédération des étudiants nationalistes et du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (GRECE), passé au FN (dont il a été conseiller régional), puis au MNR de Bruno Mégret, Milliau a été exclu du Bloc identitaire en 2012 à l’issue d’un putsch raté contre Philippe Vardon, l’un de ses cofondateurs.
Appuyée par les dernières figures du GRECE et sa mouvance (Alain de Benoist, Renaud Camus, Yvan Blot, Jean-Yves Le Gallou…), sa chaîne TV Libertés, créée en 2014, a invité Éric Zemmour à plusieurs reprises. En 2018, l’interview avait été réalisée à l’occasion d’une dédicace dans la Nouvelle Librairie, nouveau point de chute du livre d’extrême droite à Paris, encadrée par un service d’ordre « maison » repéré par l’émission Quotidien.
TV Libertés s’est aussi ouverte à la frange la plus radicale de l’extrême droite en accueillant Roland Hélie, l’animateur de la revue Synthèse nationale, qui en décembre 2021 a réuni sur un plateau Jean-Gilles Malliarakis, l’ancienne gloire des skins d’extrême droite français, ex-chef du groupe Troisième Voie, et le néofasciste italien Gabriele Adinolfi… Roland Hélie ne figure pas sur les listes de Villepinte mais il a été invité à la réunion de lancement de la section de Reconquête! à Guingamp.
**Franck Buleux, homme des livres**
Un collaborateur de Synthèse nationale, inscrit sur la liste des VIP de Villepinte, Franck Buleux, a d’ailleurs été nommé référent régional de Reconquête! en Normandie. Directeur de la collection « Les Cahiers d’Histoire du nationalisme », Buleux a coordonné récemment plusieurs livres éclairants sur l’extrême droite : La FANE et les « ultras » des années 1960-1980, où l’on apprend que la Fédération d’action nationale et européenne « regroupait des militants sincères et courageux qui payèrent très cher leur engagement. Ils furent calomniés, persécutés »… Et aussi Oswald Mosley, l’Union fasciste britannique, qui raconte « l’histoire de cet homme au destin extraordinaire qui fit trembler l’oligarchie britannique ». Ou encore Pierre Sidos, de Jeune nation à l’Œuvre française, « en hommage à ce combattant courageux, aux positions parfois téméraires ».
Dernier ouvrage en date paru sous la direction de Buleux : Pourquoi Éric Zemmour ?, toujours chez Synthèse nationale, contient un article signé par Bruno Hirout, secrétaire général du micro-parti Parti de la France (PDF), dont des photos publiées par la revue antifasciste La Horde l’ont montré posant devant une bouteille de gaz taguée Zyklon B, ou déguisé en soldat de la Wehrmacht. À Villepinte, le président du Parti de la France, Thomas Joly, et plusieurs activistes présents dans le public ont par ailleurs déployé le drapeau de leur groupuscule.
Merci pour cet article très complet, mais je suis surpris qu’il couvre si rapidement Rieu et qu’il ne mentionne (je crois) pas Rigault
Cet article me rappelle beaucoup les pages de bataille de wikipédia avec la catégorie “général”, “force en présence” etc.
En tout cas, c’est particulièrement intéressant, et vu que j’ai envie de foutre un peu la merde, j’ai envie de dire qu’il y a quelques radicalisés dans le tas qui sont tout aussi rétrogrades et dangereux pour la France que les islamistes radicaux.
Je trouve aussi qu’il y a quand même un air de Macron en 2017, la manière dont sa candidature avait fait exploser certains camps et avait rabattu les cartes du centre et des modérés. On est exactement dans le même genre de situation où Zemmour rabat les cartes des partis de droite et extrême droite. À voir sur la suite ce que ça va donner, mais ça fait clairement pas envie quand tu vois les boulets anti-IVG dans le tas.
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**Parmi les invités du meeting de Villepinte, des responsables identitaires, des anciens d’Ordre nouveau et du Gud et des royalistes côtoient les cathos tradis de La Manif pour tous et les transfuges du RN et de LR. La mouvance identitaire s’apprête à jouer un rôle majeur dans la campagne.**
« L’extrême droite, c’est un terme qui ne veut plus rien dire aujourd’hui. […] Il faut arrêter avec l’extrême droite. C’est une accusation politique », a certifié Éric Zemmour, le 17 janvier, sur BFMTV. Personne dans ses rangs « ne veut renverser la République ». Ni « factieux », ni « soldats qui vont mettre tout le monde dehors », a-t-il assuré.
La liste des invités « VIP » du meeting d’Éric Zemmour à Villepinte, obtenue par Mediapart, permet au contraire d’affirmer que la frange la plus radicale de l’extrême droite s’est rangée derrière le polémiste.
Un mois et demi après le rassemblement, qui s’est tenu le 5 décembre, ces éléments occupent déjà ici et là des postes clés de son nouveau parti Reconquête! aux côtés d’élus ou de responsables locaux ou régionaux débauchés du Rassemblement national (RN) et de chez Les Républicains (LR). La liste de Villepinte montre la prédominance d’un courant identitaire qui s’apprête à jouer un rôle décisif dans l’organisation du mouvement et, surtout, des législatives.
**Jérémie Piano, ancien de Génération identitaire**
Invité VIP à Villepinte, Jérémie Piano, porte-parole de Génération identitaire (GI) lors de sa dissolution, en mars 2021, a 27 ans. Le journal La Provence l’a repéré sur une photo de sympathisants prise quelques jours avant, lors de la visite de Zemmour à Aix-en-Provence.
En février 2021, il rappelle les actions du groupe, qui lui valent, pour certaines, des poursuites judiciaires : l’occupation du chantier de la mosquée de Poitiers en 2012, puis les actions anti-migrants, d’abord à Calais, puis dans les Alpes et dans les Pyrénées.
Piano et ses amis, habillés d’anoraks bleu ciel siglés « Defend Europe », ont littéralement patrouillé aux abords du col de l’Échelle, puis au col du Portillon, en janvier 2021. Ils ont bloqué à deux reprises les navires de l’association SOS Méditerranée avant d’attaquer ses locaux à Marseille, en 2018.
« Ces actions ont permis de recentrer le débat politique sur nos thèses, et (…) donné une tribune pour exposer notre idée : notre idée de remigration !, expose Piano, ce 20 février 2021. C’est la seule réponse à apporter à la société multi-ethnique. La remigration, c’est le retour au pays d’une majorité d’extra-Européens présents sur notre sol ! »
Condamné en juin 2021 à une peine d’amende pour incitation à la haine raciale pour avoir collé des affiches de GI (« Immigration Racaille Islamisation ») appelant – déjà – à la « reconquête », Piano écope, au mois de septembre suivant, pour le même motif, de deux mois de prison avec sursis pour des propos dénonçant « l’invasion migratoire » dans une vidéo postée après l’opération du col du Portillon. Le 20 janvier 2022, un porte-parole de GI, Damien Rieu, a lui aussi rallié Zemmour, et a été nommé vice-président de Reconquête!.
**Philippe Milliau, fondateur de TV Libertés**
Présent sur la liste des « VIP » de Villepinte, Philippe Milliau, ancien dirigeant du Bloc identitaire (BI) et fondateur de la Web TV d’extrême droite TV Libertés, a été propulsé depuis coordonnateur régional de la campagne de Zemmour en Bretagne et dans les Pays-de-la-Loire.
Président de Bouledogue Medias, Milliau passe depuis longtemps pour un financier du courant identitaire. Questionné en septembre par Mediapart, il admettait du bout des lèvres « rendre des services » dans la phase de préfiguration de la campagne Zemmour. Ancien de la Fédération des étudiants nationalistes et du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (GRECE), passé au FN (dont il a été conseiller régional), puis au MNR de Bruno Mégret, Milliau a été exclu du Bloc identitaire en 2012 à l’issue d’un putsch raté contre Philippe Vardon, l’un de ses cofondateurs.
Appuyée par les dernières figures du GRECE et sa mouvance (Alain de Benoist, Renaud Camus, Yvan Blot, Jean-Yves Le Gallou…), sa chaîne TV Libertés, créée en 2014, a invité Éric Zemmour à plusieurs reprises. En 2018, l’interview avait été réalisée à l’occasion d’une dédicace dans la Nouvelle Librairie, nouveau point de chute du livre d’extrême droite à Paris, encadrée par un service d’ordre « maison » repéré par l’émission Quotidien.
TV Libertés s’est aussi ouverte à la frange la plus radicale de l’extrême droite en accueillant Roland Hélie, l’animateur de la revue Synthèse nationale, qui en décembre 2021 a réuni sur un plateau Jean-Gilles Malliarakis, l’ancienne gloire des skins d’extrême droite français, ex-chef du groupe Troisième Voie, et le néofasciste italien Gabriele Adinolfi… Roland Hélie ne figure pas sur les listes de Villepinte mais il a été invité à la réunion de lancement de la section de Reconquête! à Guingamp.
**Franck Buleux, homme des livres**
Un collaborateur de Synthèse nationale, inscrit sur la liste des VIP de Villepinte, Franck Buleux, a d’ailleurs été nommé référent régional de Reconquête! en Normandie. Directeur de la collection « Les Cahiers d’Histoire du nationalisme », Buleux a coordonné récemment plusieurs livres éclairants sur l’extrême droite : La FANE et les « ultras » des années 1960-1980, où l’on apprend que la Fédération d’action nationale et européenne « regroupait des militants sincères et courageux qui payèrent très cher leur engagement. Ils furent calomniés, persécutés »… Et aussi Oswald Mosley, l’Union fasciste britannique, qui raconte « l’histoire de cet homme au destin extraordinaire qui fit trembler l’oligarchie britannique ». Ou encore Pierre Sidos, de Jeune nation à l’Œuvre française, « en hommage à ce combattant courageux, aux positions parfois téméraires ».
Dernier ouvrage en date paru sous la direction de Buleux : Pourquoi Éric Zemmour ?, toujours chez Synthèse nationale, contient un article signé par Bruno Hirout, secrétaire général du micro-parti Parti de la France (PDF), dont des photos publiées par la revue antifasciste La Horde l’ont montré posant devant une bouteille de gaz taguée Zyklon B, ou déguisé en soldat de la Wehrmacht. À Villepinte, le président du Parti de la France, Thomas Joly, et plusieurs activistes présents dans le public ont par ailleurs déployé le drapeau de leur groupuscule.
Merci pour cet article très complet, mais je suis surpris qu’il couvre si rapidement Rieu et qu’il ne mentionne (je crois) pas Rigault
Cet article me rappelle beaucoup les pages de bataille de wikipédia avec la catégorie “général”, “force en présence” etc.
En tout cas, c’est particulièrement intéressant, et vu que j’ai envie de foutre un peu la merde, j’ai envie de dire qu’il y a quelques radicalisés dans le tas qui sont tout aussi rétrogrades et dangereux pour la France que les islamistes radicaux.
Je trouve aussi qu’il y a quand même un air de Macron en 2017, la manière dont sa candidature avait fait exploser certains camps et avait rabattu les cartes du centre et des modérés. On est exactement dans le même genre de situation où Zemmour rabat les cartes des partis de droite et extrême droite. À voir sur la suite ce que ça va donner, mais ça fait clairement pas envie quand tu vois les boulets anti-IVG dans le tas.