Européennes : Manon Aubry gâche une proposition pertinente par un tweet affligeant
Jonathan Bouchet-Petersen
La tête de liste de la France insoumise tente de se relancer en jouant la carte de la probité. Sauf qu’en faisant croire que certains de ses adversaires sont forcément soumis à des intérêts privés parce qu’ils ont d’autres revenus que leur indemnité, elle embrasse une stratégie populiste qui ne tire pas sa campagne vers le haut.
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Il y a dans cet épisode quelque chose d’à la fois choquant et révélateur d’une pratique politique assez détestable. Ce vendredi, la tête de liste insoumise pour les élections européennes, Manon Aubry, a publié sur le site Libération une tribune appelant à interdire aux députés européens de toucher des revenus annexes pendant leur mandat. Dans ce texte plutôt bien charpenté, elle pointe l’influence excessive des lobbys au Parlement européen et le risque de corruption des élus par des acteurs privés qui oeuvrent sans avoir l’intérêt général comme boussole. Une ambition vertueuse qu’on a de bonnes raisons de partager alors que plusieurs épisodes ayant trait à la corruption ont secoué récemment l’institution. Jusque-là rien à dire, Manon Aubry ne fait que reprendre dans cette campagne une proposition que son groupe a tentée, sans succès, de faire voter lors de la mandature qui s’achève.
Mais en parallèle de la publication de cette tribune, l’insoumise a partagé sur les réseaux sociaux et notamment sur X (ex-Twitter) un visuel orné du slogan tapageur «Ces députés qui s’en mettent plein les poches» et accompagné du message suivant : «Un quart des députés européens sont payés par des lobbys, des entreprises ou des gouvernements en plus de leur indemnité d’élu ! A qui rendent-ils des comptes ? A leurs employeurs ou à leurs électeurs ?» Là où le bât blesse et où la quête de vertu vire à la grossière calomnie, c’est qu’elle cible huit de ses adversaires politiques au Parlement européen en mélangeant, en toute connaissance de cause les torchons et les serviettes.
??1/4 des députés européens sont payés par des lobbys, des entreprises ou des gouvernements en plus de leur indemnité d’élu !
A qui rendent-ils des comptes ? A leurs employeurs ou à leurs électeurs?
Je propose d’interdire ces rémunérations annexes pour tous les élus européens ! pic.twitter.com/FN39hOJVTI
— Manon Aubry (@ManonAubryFr) May 3, 2024
Parce qu’il a beaucoup fait réagir ses soutiens, arrêtons-nous sur le cas de Raphaël Glucksmann, celui que les socialistes se sont choisi comme tête de liste et l’une des principales cibles des insoumis dans cette campagne. L’eurodéputé se trouve ainsi mis en cause comme un élu soumis à des intérêts privés suspects, alors que les revenus en question – comme le montre sa déclaration d’intérêts privés datée de décembre 2023 et consultable sur le site du Parlement européen – sont quasi exclusivement des droits d’auteur issus de la vente de ses livres. Quel rapport avec le risque de corruption évoqué dans la tribune de Manon Aubry ? Aucun. Le cas de François-Xavier Bellamy, tête de liste LR et par ailleurs élu local à Versailles, semble lui aussi hors sujet.
Loin de nous l’idée d’affirmer que certains cas ciblés par Manon Aubry ne sont pas potentiellement problématiques et qu’il n’y a pas matière à rendre plus strictes les règles qui encadrent les revenus annexes des élus. Le cas de Rachida Dati, seul nom cité dans la tribune, qui en tant qu’avocate a signé de juteux contrats avec de grands groupes privés, notamment Orange comme Libération l’a révélé récemment, est d’une tout autre nature que ceux de Glucksmann ou Bellamy. Si le texte de Manon Aubry que nous avons publié pose un sujet fort légitime, le tweet qu’elle a fait circuler et qui a été vu par des centaines de milliers de personnes, a pour seul objectif de salir en toute mauvaise foi. Il y a là une démarche navrante qui n’honore pas la tête de liste qui porte pourtant des propositions intéressantes dans cette campagne. Propositions qu’elle a, compte tenu des polémiques alimentées par Jean-Luc Mélenchon et son premier cercle depuis plusieurs semaines dans leurs interventions relatives à Gaza, extrêmement de mal à faire entendre dans les médias. Mais peut-être est-ce là le but de la manoeuvre : faire dans le gros rouge qui tache pour attirer l’attention sur elle et, ensuite, reparler de ses propositions. Une partie du système médiatique, certes, fonctionne comme tel. Et Jean-Luc Mélenchon s’est fait une spécialité de cette stratégie populiste. On ne pensait pas que Manon Aubry les utiliserait elle aussi.
Pourquoi s’embarrasser de la nuance ou même de la réalité quand on peut juste cracher sur ses adversaires.
Se transformer Captain populo pour laver plus blanc que blanc
Etre contre la corruption = populisme
En soi ses cibles sont les mauvaises mais elle n’a pas tort que c’est incroyable comment certains au PE cumulent parfois lobbyiste et député en même temps. Suffit de voir le cas Elmar Brok qui était un sacré connard lui aussi.
Dommage qu’elle utilise la même méthode que Glucksmann avec de fausses accusations. C’est triste de s’abaisser au niveau de l’adversaire.
Si elle voulait taper sur Glucksmann elle n’avait qu’a résumer son historique politique, ou celui du PS.
Libération au secours du pauvre Glucksmann ! Quand LFI propose encore une fois quelque chose de pertinent on cherche la petite bête dans un tweet.
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Européennes : Manon Aubry gâche une proposition pertinente par un tweet affligeant
Jonathan Bouchet-Petersen
La tête de liste de la France insoumise tente de se relancer en jouant la carte de la probité. Sauf qu’en faisant croire que certains de ses adversaires sont forcément soumis à des intérêts privés parce qu’ils ont d’autres revenus que leur indemnité, elle embrasse une stratégie populiste qui ne tire pas sa campagne vers le haut.
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Il y a dans cet épisode quelque chose d’à la fois choquant et révélateur d’une pratique politique assez détestable. Ce vendredi, la tête de liste insoumise pour les élections européennes, Manon Aubry, a publié sur le site Libération une tribune appelant à interdire aux députés européens de toucher des revenus annexes pendant leur mandat. Dans ce texte plutôt bien charpenté, elle pointe l’influence excessive des lobbys au Parlement européen et le risque de corruption des élus par des acteurs privés qui oeuvrent sans avoir l’intérêt général comme boussole. Une ambition vertueuse qu’on a de bonnes raisons de partager alors que plusieurs épisodes ayant trait à la corruption ont secoué récemment l’institution. Jusque-là rien à dire, Manon Aubry ne fait que reprendre dans cette campagne une proposition que son groupe a tentée, sans succès, de faire voter lors de la mandature qui s’achève.
Mais en parallèle de la publication de cette tribune, l’insoumise a partagé sur les réseaux sociaux et notamment sur X (ex-Twitter) un visuel orné du slogan tapageur «Ces députés qui s’en mettent plein les poches» et accompagné du message suivant : «Un quart des députés européens sont payés par des lobbys, des entreprises ou des gouvernements en plus de leur indemnité d’élu ! A qui rendent-ils des comptes ? A leurs employeurs ou à leurs électeurs ?» Là où le bât blesse et où la quête de vertu vire à la grossière calomnie, c’est qu’elle cible huit de ses adversaires politiques au Parlement européen en mélangeant, en toute connaissance de cause les torchons et les serviettes.
??1/4 des députés européens sont payés par des lobbys, des entreprises ou des gouvernements en plus de leur indemnité d’élu !
A qui rendent-ils des comptes ? A leurs employeurs ou à leurs électeurs?
Je propose d’interdire ces rémunérations annexes pour tous les élus européens ! pic.twitter.com/FN39hOJVTI
— Manon Aubry (@ManonAubryFr) May 3, 2024
Parce qu’il a beaucoup fait réagir ses soutiens, arrêtons-nous sur le cas de Raphaël Glucksmann, celui que les socialistes se sont choisi comme tête de liste et l’une des principales cibles des insoumis dans cette campagne. L’eurodéputé se trouve ainsi mis en cause comme un élu soumis à des intérêts privés suspects, alors que les revenus en question – comme le montre sa déclaration d’intérêts privés datée de décembre 2023 et consultable sur le site du Parlement européen – sont quasi exclusivement des droits d’auteur issus de la vente de ses livres. Quel rapport avec le risque de corruption évoqué dans la tribune de Manon Aubry ? Aucun. Le cas de François-Xavier Bellamy, tête de liste LR et par ailleurs élu local à Versailles, semble lui aussi hors sujet.
Loin de nous l’idée d’affirmer que certains cas ciblés par Manon Aubry ne sont pas potentiellement problématiques et qu’il n’y a pas matière à rendre plus strictes les règles qui encadrent les revenus annexes des élus. Le cas de Rachida Dati, seul nom cité dans la tribune, qui en tant qu’avocate a signé de juteux contrats avec de grands groupes privés, notamment Orange comme Libération l’a révélé récemment, est d’une tout autre nature que ceux de Glucksmann ou Bellamy. Si le texte de Manon Aubry que nous avons publié pose un sujet fort légitime, le tweet qu’elle a fait circuler et qui a été vu par des centaines de milliers de personnes, a pour seul objectif de salir en toute mauvaise foi. Il y a là une démarche navrante qui n’honore pas la tête de liste qui porte pourtant des propositions intéressantes dans cette campagne. Propositions qu’elle a, compte tenu des polémiques alimentées par Jean-Luc Mélenchon et son premier cercle depuis plusieurs semaines dans leurs interventions relatives à Gaza, extrêmement de mal à faire entendre dans les médias. Mais peut-être est-ce là le but de la manoeuvre : faire dans le gros rouge qui tache pour attirer l’attention sur elle et, ensuite, reparler de ses propositions. Une partie du système médiatique, certes, fonctionne comme tel. Et Jean-Luc Mélenchon s’est fait une spécialité de cette stratégie populiste. On ne pensait pas que Manon Aubry les utiliserait elle aussi.
Pourquoi s’embarrasser de la nuance ou même de la réalité quand on peut juste cracher sur ses adversaires.
Se transformer Captain populo pour laver plus blanc que blanc
Etre contre la corruption = populisme
En soi ses cibles sont les mauvaises mais elle n’a pas tort que c’est incroyable comment certains au PE cumulent parfois lobbyiste et député en même temps. Suffit de voir le cas Elmar Brok qui était un sacré connard lui aussi.
Dommage qu’elle utilise la même méthode que Glucksmann avec de fausses accusations. C’est triste de s’abaisser au niveau de l’adversaire.
Si elle voulait taper sur Glucksmann elle n’avait qu’a résumer son historique politique, ou celui du PS.
Libération au secours du pauvre Glucksmann ! Quand LFI propose encore une fois quelque chose de pertinent on cherche la petite bête dans un tweet.
et la lune, le doigt. la droite, quoi.