> L’occupation votée jeudi soir n’aura que peu duré. Quatre-vingt-onze étudiants propalestiniens bloquant les locaux de la rue Saint-Guillaume de Sciences-po Paris (VIIe) ont été évacués ce vendredi « sans incident » peu avant midi par les forces de l’ordre. Cette partie de l’école, déjà touchée par un blocus de deux jours les 25 et 26 avril, est restée fermée toute la journée.
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> Dès ce samedi, ses services vont commencer à préparer les salles pour l’organisation des examens de fin d’année qui concernent plusieurs milliers d’étudiants. Mais les tensions, non éteintes, laissent planer une menace sur la bonne tenue des épreuves qui doivent démarrer lundi et durer une quinzaine de jours.
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> « Il y a une lassitude des blocages. Ce n’est jamais agréable de voir des forces de l’ordre entrer dans un lieu d’enseignement », réagit Maxime Pontey, porte-parole du syndicat Nova, un des principaux syndicats d’étudiants de Sciences-po. « Il y a une sympathie globale des étudiants pour la cause palestinienne, mais bloquer des campus n’a aucun impact sur la situation sur place. C’est une petite minorité qui a décidé de bloquer jusqu’au bout. On ne se prononce pas sur le fond du débat mais on s’oppose aux blocages et on souhaite que chacun puisse passer ses examens. »
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> **« Une culture du blocage »**
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> Les élèves mobilisés réclament notamment que la direction de Sciences-po mette fin à ses partenariats avec des établissements israéliens, face à la guerre en cours à Gaza. « C’est inimaginable, ce serait ouvrir une boîte de Pandore », craint Terence Blanc, opposé au mouvement, inscrit en deuxième année de bachelor et président des Républicains (LR) de Sciences-po Paris. Pour lui, cette occupation est une « entrave à la liberté de circuler et d’étudier » : « Il y a une culture du blocage dans cette école, alors que c’est censé être un temple du débat. »
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> Arthur Brand, qui suit les cours en marketing de luxe et membre du collectif qui se dit apartisan « Expression et Modération », estime également qu’il est « difficile d’exprimer une opinion divergente » au sein de l’école. « De nombreux étudiants subissent une pression sociale. Il y a un appauvrissement du pluralisme dans l’école. » Parmi la dizaine d’étudiants que nous avons joints, la sympathie s’exprime quant au fait de dénoncer la situation humanitaire à Gaza, mais ils réprouvent la méthode du blocage.
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> D’autant plus à l’approche d’examens dont la direction assure que « tout sera fait pour qu’ils se tiennent » normalement, quitte à filtrer les entrées. « Je suis inquiet, je n’aurai pas la moyenne partout », anticipe Maxime Loth, responsable du Printemps Républicain – un mouvement politique qui revendique notamment la « défense de la laïcité » à Sciences-po. En cause notamment d’après lui, un « climat extrêmement pénible et irrespirable » autour de l’école.
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> À Sciences-po Lille, les premiers examens programmés jeudi n’ont pas pu se tenir en raison du blocage du site. Alors qu’une partie des étudiants devaient quitter le Nord à partir de ce week-end, la direction n’entend pas les reconvoquer et envisage de faire passer les examens à distance. Les épreuves programmées ce vendredi pour les étudiants de première et deuxième années ont eu lieu avec une heure de décalage. L’accès au site était réservé aux seuls étudiants convoqués et aux professeurs chargés de la surveillance.
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> **« Un impact réputationnel énorme »**
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> Pierre (le prénom a été modifié) étudiant de 23 ans en césure entre la première et la deuxième année de Master et qui a préféré rester anonyme, juge pour sa part que l’image donnée de son école est « ridicule ». « C’est une minorité très bruyante qui est devenue la figure de proue de Sciences-po. Il y a un impact réputationnel énorme », lâche celui qui se dit apolitique. Pour lui, ces événements pourraient « refroidir les recruteurs » et « diminuer la valeur du diplôme ». « J’espère que les employeurs auront conscience que tous les étudiants ne sont pas des bloqueurs », appuie-t-il.
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> Dans un mail adressé à l’ensemble des étudiants et des personnels, l’administrateur provisoire de Sciences-po Jean Bassères a tenu à rassurer : « Ma priorité demeure (…) que les examens, qui garantissent la valeur de nos formations et de nos diplômés, se tiennent dans les conditions prévues. »
Et voilà, après avoir tenté d’écraser la contestation légitime, les droitardés nous couinent le couplet habituel de la “majorité silencieuse”. Mon petit doigt me l’avait dit.
Les collectifs militants confrontés à la difficile question du consentement, ça fait un peu arroseur arrosé.
“Je ne consens pas qu’une centaine d’étudiants m’empêche de passer mes examens dans les conditions prévues” -> “Ta gueule”.
Je suis à fond pour le droit à manifester mais bloquer les lieux d’enseignement, c’est un truc qui me saoule vraiment. Je me souviens que lorsque ma fac avait été bloquée, les bloqueurs étaient quasi exclusivement des militants politiques des jeunesses communistes etc mais presque aucun réel étudiant. Il me semblerait plus intelligent au contraire de faire une université ouverte avec des cours libres sur différents sujets politiques et sociaux.
Une école de sciences politiques, avoir une vie politique active? Vous men voyez choqué
Rappel : si on estime qu’il est légitime de bloquer par la force telle ou telle institution, alors le déblocage par la force est également légitime si on n’est pas d’accord avec le blocage et/ou ses raisons.
Vous pensez que si une centaine d’étudiants d’extrême-droite bloquaient leur fac pour protester contre “les assassinats de bébé à cause de l’avortement” ou un délire du genre, le blocage serait maintenu plus de quelques heures ? Pourtant la cause ne serait pas moins importante voire essentielle à leurs yeux.
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> L’occupation votée jeudi soir n’aura que peu duré. Quatre-vingt-onze étudiants propalestiniens bloquant les locaux de la rue Saint-Guillaume de Sciences-po Paris (VIIe) ont été évacués ce vendredi « sans incident » peu avant midi par les forces de l’ordre. Cette partie de l’école, déjà touchée par un blocus de deux jours les 25 et 26 avril, est restée fermée toute la journée.
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> Dès ce samedi, ses services vont commencer à préparer les salles pour l’organisation des examens de fin d’année qui concernent plusieurs milliers d’étudiants. Mais les tensions, non éteintes, laissent planer une menace sur la bonne tenue des épreuves qui doivent démarrer lundi et durer une quinzaine de jours.
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> « Il y a une lassitude des blocages. Ce n’est jamais agréable de voir des forces de l’ordre entrer dans un lieu d’enseignement », réagit Maxime Pontey, porte-parole du syndicat Nova, un des principaux syndicats d’étudiants de Sciences-po. « Il y a une sympathie globale des étudiants pour la cause palestinienne, mais bloquer des campus n’a aucun impact sur la situation sur place. C’est une petite minorité qui a décidé de bloquer jusqu’au bout. On ne se prononce pas sur le fond du débat mais on s’oppose aux blocages et on souhaite que chacun puisse passer ses examens. »
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> **« Une culture du blocage »**
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> Les élèves mobilisés réclament notamment que la direction de Sciences-po mette fin à ses partenariats avec des établissements israéliens, face à la guerre en cours à Gaza. « C’est inimaginable, ce serait ouvrir une boîte de Pandore », craint Terence Blanc, opposé au mouvement, inscrit en deuxième année de bachelor et président des Républicains (LR) de Sciences-po Paris. Pour lui, cette occupation est une « entrave à la liberté de circuler et d’étudier » : « Il y a une culture du blocage dans cette école, alors que c’est censé être un temple du débat. »
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> Arthur Brand, qui suit les cours en marketing de luxe et membre du collectif qui se dit apartisan « Expression et Modération », estime également qu’il est « difficile d’exprimer une opinion divergente » au sein de l’école. « De nombreux étudiants subissent une pression sociale. Il y a un appauvrissement du pluralisme dans l’école. » Parmi la dizaine d’étudiants que nous avons joints, la sympathie s’exprime quant au fait de dénoncer la situation humanitaire à Gaza, mais ils réprouvent la méthode du blocage.
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> D’autant plus à l’approche d’examens dont la direction assure que « tout sera fait pour qu’ils se tiennent » normalement, quitte à filtrer les entrées. « Je suis inquiet, je n’aurai pas la moyenne partout », anticipe Maxime Loth, responsable du Printemps Républicain – un mouvement politique qui revendique notamment la « défense de la laïcité » à Sciences-po. En cause notamment d’après lui, un « climat extrêmement pénible et irrespirable » autour de l’école.
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> À Sciences-po Lille, les premiers examens programmés jeudi n’ont pas pu se tenir en raison du blocage du site. Alors qu’une partie des étudiants devaient quitter le Nord à partir de ce week-end, la direction n’entend pas les reconvoquer et envisage de faire passer les examens à distance. Les épreuves programmées ce vendredi pour les étudiants de première et deuxième années ont eu lieu avec une heure de décalage. L’accès au site était réservé aux seuls étudiants convoqués et aux professeurs chargés de la surveillance.
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> **« Un impact réputationnel énorme »**
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> Pierre (le prénom a été modifié) étudiant de 23 ans en césure entre la première et la deuxième année de Master et qui a préféré rester anonyme, juge pour sa part que l’image donnée de son école est « ridicule ». « C’est une minorité très bruyante qui est devenue la figure de proue de Sciences-po. Il y a un impact réputationnel énorme », lâche celui qui se dit apolitique. Pour lui, ces événements pourraient « refroidir les recruteurs » et « diminuer la valeur du diplôme ». « J’espère que les employeurs auront conscience que tous les étudiants ne sont pas des bloqueurs », appuie-t-il.
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> Dans un mail adressé à l’ensemble des étudiants et des personnels, l’administrateur provisoire de Sciences-po Jean Bassères a tenu à rassurer : « Ma priorité demeure (…) que les examens, qui garantissent la valeur de nos formations et de nos diplômés, se tiennent dans les conditions prévues. »
Et voilà, après avoir tenté d’écraser la contestation légitime, les droitardés nous couinent le couplet habituel de la “majorité silencieuse”. Mon petit doigt me l’avait dit.
Les collectifs militants confrontés à la difficile question du consentement, ça fait un peu arroseur arrosé.
“Je ne consens pas qu’une centaine d’étudiants m’empêche de passer mes examens dans les conditions prévues” -> “Ta gueule”.
Je suis à fond pour le droit à manifester mais bloquer les lieux d’enseignement, c’est un truc qui me saoule vraiment. Je me souviens que lorsque ma fac avait été bloquée, les bloqueurs étaient quasi exclusivement des militants politiques des jeunesses communistes etc mais presque aucun réel étudiant. Il me semblerait plus intelligent au contraire de faire une université ouverte avec des cours libres sur différents sujets politiques et sociaux.
Une école de sciences politiques, avoir une vie politique active? Vous men voyez choqué
Rappel : si on estime qu’il est légitime de bloquer par la force telle ou telle institution, alors le déblocage par la force est également légitime si on n’est pas d’accord avec le blocage et/ou ses raisons.
Vous pensez que si une centaine d’étudiants d’extrême-droite bloquaient leur fac pour protester contre “les assassinats de bébé à cause de l’avortement” ou un délire du genre, le blocage serait maintenu plus de quelques heures ? Pourtant la cause ne serait pas moins importante voire essentielle à leurs yeux.