**A Bruxelles, le refuge des « brebis galeuses » de Parcoursup**
Par Soazig Le Nevé (Bruxelles, envoyée spéciale) et Virginie Nguyen Hoang/Hans Lucas (Photos)
Publié le 20 octobre 2021 à 03h45, mis à jour hier à 11h08
**FRAGMENTS DE FRANCE Près de 5 000 étudiants français sont inscrits à l’Université libre de Bruxelles faute de trouver une place dans leur pays. Une population en augmentation constante, qui commence à être difficile à gérer pour l’établissement belge.**
Dans quelques minutes, les portes de l’auditoire Janson, qui ressemble à une immense salle de cinéma avec ses fauteuils rouges, s’ouvriront pour la cérémonie d’accueil des nouveaux inscrits dans les facultés de sciences humaines, sciences exactes et pharmacie. Deux milliers d’étudiants découvriront des lieux qui leur seront bientôt familiers. Parmi eux, plusieurs dizaines de Français, dont la plupart n’auraient jamais prédit qu’une fois leur bac en poche, ils débuteraient leurs études dans un autre pays que le leur.
Bienvenue à l’Université libre de Bruxelles (ULB), îlot-refuge pour les étudiants empêchés de poursuivre leur cursus dans l’Hexagone. « Ici, ils m’ont donné ma chance » : la phrase est sur toutes les lèvres de ces jeunes qui font leurs premiers pas au Solbosch, campus central de cette université de 35 000 étudiants, fondée en 1834 et répertoriée comme la meilleure université belgo-francophone par le classement de Shanghaï.
Tout juste bacheliers, ces jeunes ont dû se résigner à quitter la France face aux multiples refus qui leur ont été signifiés sur Parcoursup, la plate-forme d’affectation dans l’enseignement supérieur. L’ULB accueille aussi des étudiants plus âgés, à qui l’entrée en master, après une licence obtenue en France, a été refusée.
Entre 2017 et 2018 – dernières données officielles disponibles –, l’agence gouvernementale Campus France avait noté une progression de 40 % de l’effectif des étudiants français en Belgique, au nombre de 15 000. Cette tendance se poursuit nettement à l’ULB. A la rentrée 2020, en pleine crise sanitaire, les Français représentaient 12,4 % des étudiants (soit plus de 4 300), en hausse de 25 % sur cinq ans. Selon les projections de l’établissement, ils devraient être encore plus nombreux en 2021.
**Un élitisme français contre-productif**
On savait que « le plat pays » était le premier asile des Français dans les filières médicales et paramédicales, notamment vétérinaire, dentaire et kinésithérapie, qui ont fini par instaurer un quota maximal d’accueil de 30 %. Désormais, l’ensemble des cursus est concerné. « Les Français sont notre plus grosse communauté d’étudiants étrangers (40 %), devant les Italiens (7,4 %), détaille Annemie Schaus, rectrice de l’ULB. En philosophie et en sciences sociales, ils sont 17 %, en médecine 16 % et en sciences de la motricité 15 %. On compte aussi 14 % de Français en psychologie, 9 % en architecture… Ils sont même 5 % en droit, ce qui est beaucoup pour un cursus de droit belge ! »
L’ULB tend un miroir à la France, celui d’un élitisme qui entrave sa propre jeunesse malgré de grands discours sur l’universalisme hérité des Lumières. « Dès qu’une mesure sélective est prise chez vous, cela se ressent ici », analyse sans fard Mme Schaus, en référence à la création de Parcoursup et à la sélection en master. Deux réformes qui, dit-elle, « drainent des étudiants exclus des études en France ».
Tout juste débarquée à Bruxelles, inscrite en première année de « bachelier » en science politique – l’équivalent de la première année de licence –, Tilao Tchiombiano, 17 ans, s’étonne toujours de sa situation. Bonne élève d’un lycée de l’Est parisien, 15 de moyenne, elle n’a essuyé que des refus de la part des universités – la Sorbonne, Nanterre, Lille – dans lesquelles elle avait postulé pour faire une licence en science politique. « Sur les listes d’attente, j’étais à 500 voire 1 000 places après le rang du dernier admis en 2020, c’était désespérant, raconte-t-elle. Pourtant, nos professeurs nous avaient dit qu’on serait pris en fac, qu’il ne fallait pas nous inquiéter. »
D’après Tilao, l’offre de nouveaux enseignements introduits par la toute récente réforme du lycée n’a pas conduit le ministère de l’enseignement supérieur à réévaluer le nombre de places offertes à l’université dans ces disciplines, ce qui relève d’un « manque total d’anticipation ». A Nanterre par exemple, la licence de science politique a enregistré deux fois plus de prétendants que l’an dernier, avec 5 000 candidatures pour 130 places, effet probable de la création de la spécialité « histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques » au lycée. La jeune fille espère que les candidats à l’élection présidentielle débattront de la question de « la sélection à l’université » et des principes régissant la réforme du lycée qui ont eu un « impact direct sur [s]a vie ».
**« Merci la Belgique »**
Sur le campus, les étudiants se pressent sous les dizaines de tentes blanches qui ont été dressées, dans une ambiance joviale. Les « cercles » associatifs sont en plein recrutement. « L’ULB, c’est un joyau, assure Elise Sente, 22 ans, une Belge en deuxième année de master de droit. On trouve de tout en fonction de nos envies. On a même des bars au sein de l’université, ce qui choque toujours les Français ! »
Devant la tente d’accueil des étudiants étrangers, où elle vient de récupérer de la documentation, Léa Marjoux, tout juste 18 ans, n’en revient toujours pas de faire sa rentrée « au Solbosch ». Son projet d’études d’orthophoniste s’est effondré au fur et à mesure que les vœux qu’elle avait formulés en France se sont fait retoquer. « Quand on est une élève sans difficultés particulières, on ne s’attend pas à ne rien avoir », dit-elle. Plutôt que de suivre les cours à la faculté de sciences du langage de Nantes, seule formation à l’avoir acceptée mais qui n’était qu’un « vœu de secours », Léa a préféré rejoindre l’ULB, où elle a aussitôt été admise en « logopédie » moyennant 835 euros de « minerval », les mêmes droits d’inscription que pour un étudiant belge.
Comme pour conjurer le sort, Mahé (elle souhaite rester anonyme, comme les autres personnes citées par leur seul prénom) et ses deux colocataires ont déposé dans l’entrée de leur appartement un livre d’or intitulé « L’Arche », où sont invitées à parapher « les brebis galeuses » des études supérieures françaises. Ce soir-là, leurs compatriotes défilent pour trinquer à cette nouvelle vie bruxelloise.
Autour de la table basse, ils sont sept, tous issus de l’Institut catholique de Paris, où ils ont plutôt brillamment (la major de la promotion est présente) obtenu une licence en histoire et science politique. « On est contents d’être à Bruxelles, mais c’est quand même frustrant de ne pas avoir eu le choix », lâche Mahé, 20 ans, qui a obtenu ici une place en master de relations internationales. Sur les 90 étudiants de sa promotion, 11 sont inscrits à l’ULB faute d’avoir été admis dans une université française, alors que prévaut pourtant depuis 2017 un « droit à la poursuite d’études » pour les titulaires d’une licence.
Le manque de places est criant au regard de la hausse démographique à laquelle l’enseignement supérieur fait face ces dernières années (59 600 entrées supplémentaires en 2020 par rapport à l’année précédente, 34 000 en 2021). « Pourquoi personne au gouvernement ne réalise qu’il va falloir ouvrir des places ? Les masters sont bouchés et les conditions d’admission totalement opaques », dénonce Eléonore, également en master de relations internationales. « Depuis la classe de 2de, on nous dit que nous allons galérer dans la vie, peut-être connaître le chômage. On essaye d’aller en master pour éviter tout ça et on ne nous donne pas la possibilité de le faire, s’agace Elise, en master de gestion culturelle. C’est dans des moments comme aujourd’hui que j’apprécie l’Europe, franchement, merci la Belgique. »
**Le grand frisson de l’international, en français**
Premiers témoins de cette vague, certains enseignants-chercheurs de l’ULB en sont aussi des acteurs. Dans le département de science politique, onze professeurs sur vingt-deux sont français et tous revendiquent leur « chance » d’être en poste à l’ULB. « Les conditions d’accueil sont exceptionnelles, cela contraste avec la France, affirme Frédéric Louault, qui enseigne à Bruxelles depuis 2012. Il y a une dimension humaine qui s’est perdue dans nos universités. » Ainsi, lors des entretiens de recrutement, on ne passe pas « dix minutes à se faire humilier », mais « deux heures, voire trois, à discuter avec des professeurs qui vous reçoivent comme un futur collègue », explique-t-il. « Je ne comprends pas par quelle porte on peut entrer dans une université française, les barrières sont bien plus nombreuses qu’ailleurs », corrobore sa collègue belge Emilie van Haute.
De la première année de « bachelier » jusqu’aux métiers de l’enseignement et de la recherche, les bancs de l’ULB pourraient bien happer définitivement les Français qui les fréquentent. Plus internationale que Paris sans être aussi grande, Bruxelles offre de belles perspectives de stages dans les instances européennes, avec à la clé des carrières possiblement plus intéressantes qu’en France – ce dont prennent vite conscience les nouveaux arrivés sur le campus. « Beaucoup de Français viennent ici pour avoir le grand frisson de l’international, mais dans leur langue », constate le politiste François Foret, en poste depuis 2006.
Merci d’avoir partagé cet article !
Merci Macron et ses prédecesseurs qui n’ont pas fait mieux en terme d’éducation.
On ne privatise pas tout un système d’études supérieures sans casser des oeufs…
>Le manque de places est criant au regard de la hausse démographique à laquelle l’enseignement supérieur fait face ces dernières années (59 600 entrées supplémentaires en 2020 par rapport à l’année précédente, 34 000 en 2021). « Pourquoi personne au gouvernement ne réalise qu’il va falloir ouvrir des places ?
C’est curieux, ici on a reçu une lettre de la présidence de l’université cette semaine, indiquant qu’on allait devoir encore geler des postes (presque 15 ans que ca dure) et ne pas remplacer des départs à la retraite, faute de budget.
On a même une formation qui n’a pas pu ouvrir, faute d’enseignants.
Ils font comment en Belgique ?
> Revenir en France ? L’idée fait sourire l’enseignant-chercheur. « Lorsque vous rentrez en France, vous pouvez avoir 65 ans et venir de Harvard, on vous demandera si vous avez l’habilitation [à diriger des recherches] et si vous êtes bien passé par le CNU [Conseil national des universités], ironise-t-il
Ohlala c’est terrible, oser demander une quelconque validation nationale pour éviter les carrières qui ne se font que par copinage local et médiocrité intellectuelle consanguine
C’est un super bon plan employé depuis des années par l’élite française pour offrir des diplomes à leurs enfants. Une fois que son enfant a atteind le niveau master à l’ULB ou n’importe où en fait, on peut lui payer un diplome niveau master dans n’importe quelle grande école française ou américaine. C’est quand meme la class de pouvoir dire diplomé du MIT, MBA à Harvard (comptez 400K€ mais seulement qq mois d~~’étude~~s!!).
D’un coté, il est normal qu’on s’assure d’un niveau minimum à l’entré d’une formation.
De l’autre, on aurait quand même pu mieux organiser la chose.
L’ULB pourrait-elle invoquer une clause de sauvegarde?
N’empêche à chaque fois que je lis ce genre d’articles il y a un truc qui m’étonnes. On sélectionne (officieusement) à l’entrée des facs, soit, mais pourquoi ceux qui se retrouvent sur le carreau sont des bons élèves. J’ignore si les articles sont de complaisance mais on dépeint ici des élèves avec un niveau largement supérieur au minima d’entrée en facs. À moins qu’il n’ait demandé que des prépas parisienne ou des IEP (ce qu’ils ne semblent pas avoir fait) c’est anormale, même en prenant en compte le manque de place, qu’un élève dans les ~50% meilleur n’est pas de place. Si quelqu’un à un élement de réponse je suis toute ouïe.
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**A Bruxelles, le refuge des « brebis galeuses » de Parcoursup**
Par Soazig Le Nevé (Bruxelles, envoyée spéciale) et Virginie Nguyen Hoang/Hans Lucas (Photos)
Publié le 20 octobre 2021 à 03h45, mis à jour hier à 11h08
**FRAGMENTS DE FRANCE Près de 5 000 étudiants français sont inscrits à l’Université libre de Bruxelles faute de trouver une place dans leur pays. Une population en augmentation constante, qui commence à être difficile à gérer pour l’établissement belge.**
Dans quelques minutes, les portes de l’auditoire Janson, qui ressemble à une immense salle de cinéma avec ses fauteuils rouges, s’ouvriront pour la cérémonie d’accueil des nouveaux inscrits dans les facultés de sciences humaines, sciences exactes et pharmacie. Deux milliers d’étudiants découvriront des lieux qui leur seront bientôt familiers. Parmi eux, plusieurs dizaines de Français, dont la plupart n’auraient jamais prédit qu’une fois leur bac en poche, ils débuteraient leurs études dans un autre pays que le leur.
Bienvenue à l’Université libre de Bruxelles (ULB), îlot-refuge pour les étudiants empêchés de poursuivre leur cursus dans l’Hexagone. « Ici, ils m’ont donné ma chance » : la phrase est sur toutes les lèvres de ces jeunes qui font leurs premiers pas au Solbosch, campus central de cette université de 35 000 étudiants, fondée en 1834 et répertoriée comme la meilleure université belgo-francophone par le classement de Shanghaï.
Tout juste bacheliers, ces jeunes ont dû se résigner à quitter la France face aux multiples refus qui leur ont été signifiés sur Parcoursup, la plate-forme d’affectation dans l’enseignement supérieur. L’ULB accueille aussi des étudiants plus âgés, à qui l’entrée en master, après une licence obtenue en France, a été refusée.
Entre 2017 et 2018 – dernières données officielles disponibles –, l’agence gouvernementale Campus France avait noté une progression de 40 % de l’effectif des étudiants français en Belgique, au nombre de 15 000. Cette tendance se poursuit nettement à l’ULB. A la rentrée 2020, en pleine crise sanitaire, les Français représentaient 12,4 % des étudiants (soit plus de 4 300), en hausse de 25 % sur cinq ans. Selon les projections de l’établissement, ils devraient être encore plus nombreux en 2021.
**Un élitisme français contre-productif**
On savait que « le plat pays » était le premier asile des Français dans les filières médicales et paramédicales, notamment vétérinaire, dentaire et kinésithérapie, qui ont fini par instaurer un quota maximal d’accueil de 30 %. Désormais, l’ensemble des cursus est concerné. « Les Français sont notre plus grosse communauté d’étudiants étrangers (40 %), devant les Italiens (7,4 %), détaille Annemie Schaus, rectrice de l’ULB. En philosophie et en sciences sociales, ils sont 17 %, en médecine 16 % et en sciences de la motricité 15 %. On compte aussi 14 % de Français en psychologie, 9 % en architecture… Ils sont même 5 % en droit, ce qui est beaucoup pour un cursus de droit belge ! »
L’ULB tend un miroir à la France, celui d’un élitisme qui entrave sa propre jeunesse malgré de grands discours sur l’universalisme hérité des Lumières. « Dès qu’une mesure sélective est prise chez vous, cela se ressent ici », analyse sans fard Mme Schaus, en référence à la création de Parcoursup et à la sélection en master. Deux réformes qui, dit-elle, « drainent des étudiants exclus des études en France ».
Tout juste débarquée à Bruxelles, inscrite en première année de « bachelier » en science politique – l’équivalent de la première année de licence –, Tilao Tchiombiano, 17 ans, s’étonne toujours de sa situation. Bonne élève d’un lycée de l’Est parisien, 15 de moyenne, elle n’a essuyé que des refus de la part des universités – la Sorbonne, Nanterre, Lille – dans lesquelles elle avait postulé pour faire une licence en science politique. « Sur les listes d’attente, j’étais à 500 voire 1 000 places après le rang du dernier admis en 2020, c’était désespérant, raconte-t-elle. Pourtant, nos professeurs nous avaient dit qu’on serait pris en fac, qu’il ne fallait pas nous inquiéter. »
D’après Tilao, l’offre de nouveaux enseignements introduits par la toute récente réforme du lycée n’a pas conduit le ministère de l’enseignement supérieur à réévaluer le nombre de places offertes à l’université dans ces disciplines, ce qui relève d’un « manque total d’anticipation ». A Nanterre par exemple, la licence de science politique a enregistré deux fois plus de prétendants que l’an dernier, avec 5 000 candidatures pour 130 places, effet probable de la création de la spécialité « histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques » au lycée. La jeune fille espère que les candidats à l’élection présidentielle débattront de la question de « la sélection à l’université » et des principes régissant la réforme du lycée qui ont eu un « impact direct sur [s]a vie ».
**« Merci la Belgique »**
Sur le campus, les étudiants se pressent sous les dizaines de tentes blanches qui ont été dressées, dans une ambiance joviale. Les « cercles » associatifs sont en plein recrutement. « L’ULB, c’est un joyau, assure Elise Sente, 22 ans, une Belge en deuxième année de master de droit. On trouve de tout en fonction de nos envies. On a même des bars au sein de l’université, ce qui choque toujours les Français ! »
Devant la tente d’accueil des étudiants étrangers, où elle vient de récupérer de la documentation, Léa Marjoux, tout juste 18 ans, n’en revient toujours pas de faire sa rentrée « au Solbosch ». Son projet d’études d’orthophoniste s’est effondré au fur et à mesure que les vœux qu’elle avait formulés en France se sont fait retoquer. « Quand on est une élève sans difficultés particulières, on ne s’attend pas à ne rien avoir », dit-elle. Plutôt que de suivre les cours à la faculté de sciences du langage de Nantes, seule formation à l’avoir acceptée mais qui n’était qu’un « vœu de secours », Léa a préféré rejoindre l’ULB, où elle a aussitôt été admise en « logopédie » moyennant 835 euros de « minerval », les mêmes droits d’inscription que pour un étudiant belge.
Comme pour conjurer le sort, Mahé (elle souhaite rester anonyme, comme les autres personnes citées par leur seul prénom) et ses deux colocataires ont déposé dans l’entrée de leur appartement un livre d’or intitulé « L’Arche », où sont invitées à parapher « les brebis galeuses » des études supérieures françaises. Ce soir-là, leurs compatriotes défilent pour trinquer à cette nouvelle vie bruxelloise.
Autour de la table basse, ils sont sept, tous issus de l’Institut catholique de Paris, où ils ont plutôt brillamment (la major de la promotion est présente) obtenu une licence en histoire et science politique. « On est contents d’être à Bruxelles, mais c’est quand même frustrant de ne pas avoir eu le choix », lâche Mahé, 20 ans, qui a obtenu ici une place en master de relations internationales. Sur les 90 étudiants de sa promotion, 11 sont inscrits à l’ULB faute d’avoir été admis dans une université française, alors que prévaut pourtant depuis 2017 un « droit à la poursuite d’études » pour les titulaires d’une licence.
Le manque de places est criant au regard de la hausse démographique à laquelle l’enseignement supérieur fait face ces dernières années (59 600 entrées supplémentaires en 2020 par rapport à l’année précédente, 34 000 en 2021). « Pourquoi personne au gouvernement ne réalise qu’il va falloir ouvrir des places ? Les masters sont bouchés et les conditions d’admission totalement opaques », dénonce Eléonore, également en master de relations internationales. « Depuis la classe de 2de, on nous dit que nous allons galérer dans la vie, peut-être connaître le chômage. On essaye d’aller en master pour éviter tout ça et on ne nous donne pas la possibilité de le faire, s’agace Elise, en master de gestion culturelle. C’est dans des moments comme aujourd’hui que j’apprécie l’Europe, franchement, merci la Belgique. »
**Le grand frisson de l’international, en français**
Premiers témoins de cette vague, certains enseignants-chercheurs de l’ULB en sont aussi des acteurs. Dans le département de science politique, onze professeurs sur vingt-deux sont français et tous revendiquent leur « chance » d’être en poste à l’ULB. « Les conditions d’accueil sont exceptionnelles, cela contraste avec la France, affirme Frédéric Louault, qui enseigne à Bruxelles depuis 2012. Il y a une dimension humaine qui s’est perdue dans nos universités. » Ainsi, lors des entretiens de recrutement, on ne passe pas « dix minutes à se faire humilier », mais « deux heures, voire trois, à discuter avec des professeurs qui vous reçoivent comme un futur collègue », explique-t-il. « Je ne comprends pas par quelle porte on peut entrer dans une université française, les barrières sont bien plus nombreuses qu’ailleurs », corrobore sa collègue belge Emilie van Haute.
De la première année de « bachelier » jusqu’aux métiers de l’enseignement et de la recherche, les bancs de l’ULB pourraient bien happer définitivement les Français qui les fréquentent. Plus internationale que Paris sans être aussi grande, Bruxelles offre de belles perspectives de stages dans les instances européennes, avec à la clé des carrières possiblement plus intéressantes qu’en France – ce dont prennent vite conscience les nouveaux arrivés sur le campus. « Beaucoup de Français viennent ici pour avoir le grand frisson de l’international, mais dans leur langue », constate le politiste François Foret, en poste depuis 2006.
Merci d’avoir partagé cet article !
Merci Macron et ses prédecesseurs qui n’ont pas fait mieux en terme d’éducation.
On ne privatise pas tout un système d’études supérieures sans casser des oeufs…
>Le manque de places est criant au regard de la hausse démographique à laquelle l’enseignement supérieur fait face ces dernières années (59 600 entrées supplémentaires en 2020 par rapport à l’année précédente, 34 000 en 2021). « Pourquoi personne au gouvernement ne réalise qu’il va falloir ouvrir des places ?
C’est curieux, ici on a reçu une lettre de la présidence de l’université cette semaine, indiquant qu’on allait devoir encore geler des postes (presque 15 ans que ca dure) et ne pas remplacer des départs à la retraite, faute de budget.
On a même une formation qui n’a pas pu ouvrir, faute d’enseignants.
Ils font comment en Belgique ?
> Revenir en France ? L’idée fait sourire l’enseignant-chercheur. « Lorsque vous rentrez en France, vous pouvez avoir 65 ans et venir de Harvard, on vous demandera si vous avez l’habilitation [à diriger des recherches] et si vous êtes bien passé par le CNU [Conseil national des universités], ironise-t-il
Ohlala c’est terrible, oser demander une quelconque validation nationale pour éviter les carrières qui ne se font que par copinage local et médiocrité intellectuelle consanguine
C’est un super bon plan employé depuis des années par l’élite française pour offrir des diplomes à leurs enfants. Une fois que son enfant a atteind le niveau master à l’ULB ou n’importe où en fait, on peut lui payer un diplome niveau master dans n’importe quelle grande école française ou américaine. C’est quand meme la class de pouvoir dire diplomé du MIT, MBA à Harvard (comptez 400K€ mais seulement qq mois d~~’étude~~s!!).
D’un coté, il est normal qu’on s’assure d’un niveau minimum à l’entré d’une formation.
De l’autre, on aurait quand même pu mieux organiser la chose.
L’ULB pourrait-elle invoquer une clause de sauvegarde?
N’empêche à chaque fois que je lis ce genre d’articles il y a un truc qui m’étonnes. On sélectionne (officieusement) à l’entrée des facs, soit, mais pourquoi ceux qui se retrouvent sur le carreau sont des bons élèves. J’ignore si les articles sont de complaisance mais on dépeint ici des élèves avec un niveau largement supérieur au minima d’entrée en facs. À moins qu’il n’ait demandé que des prépas parisienne ou des IEP (ce qu’ils ne semblent pas avoir fait) c’est anormale, même en prenant en compte le manque de place, qu’un élève dans les ~50% meilleur n’est pas de place. Si quelqu’un à un élement de réponse je suis toute ouïe.