
« Déjà, il y avait cette odeur de pisse terrible, dès l’entrée » : extraits des « Fossoyeurs », une enquête sur le business du grand âge

« Déjà, il y avait cette odeur de pisse terrible, dès l’entrée » : extraits des « Fossoyeurs », une enquête sur le business du grand âge
18 comments
Qui à foutu des disques de pisse partout ?
C’est triste quand même.
En gros, le fait d’aller voir tout les résidents d’un bout à l’autre de l’ehpad, bâ c’est déjà la fin de ton service et tu aura changé chacun une fois en meme temps que le lever ou le coucher
Ils essaient e vendre du phosphore ? x)
*Le journaliste Victor Castanet publie chez Fayard, le 26 janvier, une riche investigation sur Orpéa, leader mondial des Ehpad et des cliniques, dévoilant, témoignages et documents à l’appui, les coulisses de ce groupe privé français.*
**Bonnes feuilles.** Depuis son ouverture en 2010, la résidence [*Les Bords de Seine, à Neuilly]* sert de vitrine au groupe Orpéa. Presque chaque mois, des investisseurs ou de futurs partenaires commerciaux, souvent étrangers, ont droit à une visite des lieux, habilement guidée. L’idée étant de leur montrer le savoir-faire de l’entreprise, qui s’apprête alors à devenir le leader mondial de la prise en charge de la dépendance : aménagement des espaces, tenue des lieux, gestion de l’accueil, organisation des soins, etc.
Au-delà de l’image, Les Bords de Seine, comme tous les établissements du groupe, doivent rapporter de l’argent. Beaucoup d’argent. Les tarifs des chambres comptent parmi les plus élevés de l’Hexagone. Aux Bords de Seine, la chambre d’entrée de gamme d’une vingtaine de mètres carrés coûte près de 6 500 euros par mois, et les tarifs grimpent jusqu’à 12 000 euros pour la grande suite avec salle de bains et dressing. 380 euros par jour et par personne, soit six fois le tarif moyen d’un Ehpad *[établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes]*. (…)
Saïda Boulahyane *[une auxiliaire de vie dont l’auteur a recueilli le témoignage]* me raconte qu’elle a travaillé pour plusieurs grands groupes, dont Korian, le deuxième mondial du secteur et le premier français. Dès qu’elle le peut, elle choisit les unités protégées, pourtant réputées les plus difficiles. C’est là que vivent les personnes âgées dites « déambulantes ». La plupart sont atteintes de troubles cognitifs sévères altérant leur humeur, leur mémoire et leur comportement, les amenant parfois à être violentes. Beaucoup d’entre elles sont touchées par la maladie d’Alzheimer. Pourquoi Saïda Boulahyane a-t-elle choisi ce service ? Parce qu’elle a l’impression d’y être utile, tout simplement. Et, chez Orpéa, cela s’est révélé plus vrai que jamais.
*« Dès que je suis arrivée dans cette unité, dès que l’ascenseur s’est ouvert, j’ai compris que quelque chose n’allait pas. Déjà, il y avait cette odeur de pisse terrible, dès l’entrée. Et je savais que c’est parce que* [les résidents] *n’étaient pas changés assez régulièrement »*, lâche-t-elle. Puis elle poursuit : *« Ça s’est révélé être le cas. Je suis restée près d’un an là-bas, et je ne vous dis pas à quel point il fallait se battre pour obtenir des protections pour nos résidents. Nous étions rationnés : c’était trois couches par jour maximum. Et pas une de plus. Peu importe que le résident soit malade, qu’il ait une gastro, qu’il y ait une épidémie. Personne ne voulait rien savoir. »*
(…)
Saïda Boulahyane me détaille les conséquences de ce rationnement. Une toilette était prévue le matin et une autre à 14 heures. Puis, il fallait attendre le soir. Si l’un de ses protégés faisait sur lui dans l’après-midi, elle était contrainte de le laisser dans ses excréments pendant plusieurs heures. Peu importe l’odeur, les conséquences sur sa santé et son bien-être. Nous étions déjà bien loin des attentions des salons feutrés du rez-de-chaussée. (…)
Décidément, l’argent ne fait pas toujours le bonheur en Ehpad. Et certaines familles des Bords de Seine s’en sont rendu compte. Quelques semaines après le début de mon enquête, j’ai pu avoir accès à un document interne signalant les réclamations de plusieurs familles pour les années 2016 et 2017. Elles reflètent assez fidèlement les problématiques de l’établissement que m’ont listées Laurent, Saïda, Yollande, Eléonore *[des membres du personnel]* et bien d’autres. L’avocat d’une résidente du cinquième étage évoque l’utilisation de nombreux vacataires, dénonce des repas rationnés et parle d’un personnel stressé. La fille d’une résidente du deuxième étage réclame davantage de changes. La famille d’une voisine de palier signale la « perte » de vêtements. Plusieurs autres chambres aux premier et quatrième étages se plaignent, elles aussi, de disparitions d’objets. Certaines réclament des remboursements. Une autre regrette qu’il n’y ait pas d’infirmière de nuit. Une autre, encore, souligne le temps de réponse anormalement long aux appels des malades. Au moins six autres familles se plaignent de soins d’hygiène non satisfaisants. Emergent également des difficultés dans l’administration des médicaments, la gestion du linge ou encore la qualité de la nourriture.
*[D’après l’auteur, ces dysfonctionnements sont avant tout le reflet de la stratégie globale de l’état-major du groupe, soucieux de rentabiliser au mieux ses établissements en contraignant les équipes à limiter les frais. Il révèle ensuite des informations sur la mort, en 2018, de l’écrivaine Françoise Dorin, compagne du comédien Jean Piat.]*
Chaque soir, Jean Piat, aussi faible et âgé qu’il était, venait rendre visite à son grand amour, à « la Dorin ». Un taxi le déposait devant la résidence des Bords de Seine. Un déambulateur l’attendait derrière l’accueil pour prendre le relais de cette canne qui ne le portait plus. Il se rendait à pas lents à la chambre de sa bien-aimée et y restait des heures durant, jusqu’après la fermeture de l’accueil et l’arrivée de l’équipe de nuit. Il lui prenait la main et écoutait sa respiration, à défaut d’autre chose ; ses mots, après s’être désarticulés, étaient devenus des borborygmes. Le Grand Piat veillait sur elle, ne se plaignant jamais de rien, ayant un mot pour tous, un sourire pour chacun. (…)
En plongeant dans la biographie de Françoise Dorin et en visionnant des vidéos d’archives, je découvre une femme moderne, lumineuse et drôle, dotée d’une indépendance d’esprit rare. Fille du célèbre chansonnier René Dorin, elle devint l’une des femmes de lettres les plus marquantes des années 1960 et 1970. (…)
Durant les premières semaines de mon enquête, plusieurs familles de pensionnaires avec qui je suis en contact me conseillent vivement de rencontrer sa fille et ses petits-fils, en évoquant une fin de vie effroyable. Tous m’invitent à lire l’avis laissé un an plus tôt (en avril 2018) sur Google par Thomas Mitsinkidès, l’un de ses petits-fils, concernant son expérience des Bords de Seine. Le voici (…) :
*« Si vous voulez vous débarrasser des gens que vous aimez, à moindres frais, il y a une place de libre désormais au 2e étage, à gauche, en sortant de l’ascenseur… Madame Françoise Dorin, écrivain de renom, est rentrée dans cet établissement il y a moins de trois mois. C’est le temps qu’il leur a fallu pour lui faire perdre 20 kilos, et l’usage de la parole. C’est le temps qu’il leur a fallu pour laisser une escarre dégénérer et finir par faire la taille de mon poing. C’est le temps qu’il a fallu pour la mener à un état irréversible. Ho oui ! C’est joli ! C’est cosy même. On vous vantera volontiers la balnéo et le confort des chambres. On vous fera des courbettes et des grands sourires. On vous fera croire que tout est sous contrôle… La vérité c’est que cet établissement à plus de 7 000 euros le mois n’est pas un organisme de santé, mais une entreprise à but lucratif (…). »* (…)
Mme Mitsinkidès *[la mère de l’auteur du texte]* est la fille unique de Françoise Dorin et du mythique comédien Jean Poiret, le premier compagnon de l’écrivaine. C’est une « fille de » qui s’est toujours tenue éloignée des planches et du monde du spectacle. Les projecteurs ne l’intéressent pas. Faire du bruit n’est pas dans son tempérament. Alors que sa mère venait de disparaître, après trois mois de souffrances aux Bords de Seine, elle a pensé un temps à médiatiser l’affaire et à porter plainte, avant de faire machine arrière. (…) *« Orpéa est un groupe international. Ils ont une armada d’avocats, des méthodes que je devine très agressives. Je ne faisais pas le poids face à eux »*, m’avouera-t-elle, tout à fait désolée, la voix noyée par l’émotion. Puis, se reprenant aussitôt : *« Mais lorsque votre livre sortira, peut-être que j’en aurai la force. »*
(…) Françoise Dorin a été admise aux Bords de Seine le 24 octobre 2017. Si elle souffrait de troubles cognitifs importants, elle se portait bien physiquement, affichant même un léger embonpoint. Le 12 janvier 2018, soit deux mois et demi plus tard, elle décédera des suites d’un choc septique causé par la dégénérescence d’une escarre. Entre ces deux dates, les dysfonctionnements qu’on me rapporte furent nombreux.
Ma grand mère ne reçoit aucune visite depuis un moment. Elle a chopé le covid. Vous savez comment ? Le personnel des EPHAD est autorisé à venir travailler en étant positif au covid. A condition qu’ils ne s’occupent que des résidants ayant déjà le covid. Lol ctte blague. Dans le même temps, si t’es visiteurs, tu dois prendre rdv, ( pour voir quelqu’un dans sa propre chambre, wtf ?) et tu t’auto prend ta température. mais le personnel peut venir bosser en étant malade, dans un ephad, logique.
Je ne l’ai pas vu pendant 2 ans car j’habite loin et à chaque fois que je pouvais m’y rendre, on m’a interdit l’accès car il y avait quelques cas dans l’ephad. Elle ne sort jamais de sa chambre, donc niveau risque, yen a pas. Bref, j’ai bien la haine envers ces gens qui pondent des protocoles de merde depuis leur tour d’ivoire.
On assèche le système et après on prends des décisions “pragmatique” car le système est tout sec. On se fout bien de nos gueules, mais bon apparemment ya 25% de la population qui ne le voit pas ou qui n’est pas touché donc s’en batte les couilles.
Pas de matelas anti escarre dispo ? dans un EHPAD ? Vraiment ? C’est même plus faire des économies à ce stage là, au mieux c’est de l’incompétence…
Du coup quelqu’un saurait dans quel genre d’établissement placer une personne âgée de manière décente ?
La façon dont l’on traite les personnes âgées dans nos sociétés est un scandale absolu.
Bon sang c’est effrayant.
En étant réaliste ce sera probablement au tour de mes parents d’y être dans 15-20 ans et ça me fout la boule au ventre.
Et dire qu’on a failli se retrouver avec le responsable de ce scandale à la présidence de la République.
Mon expérience :
Mes grands parents sont dans une résidence Orpea depuis maintenant presque un an. On a eu plein de problèmes : Lit à escarres monté à l’envers quand ils sont arrives (ma grand mère se plaignait d’un lit inconfortable, ils disaient que c’était de sa faute, jusqu’à ce qu’on fasse venir un médecin qui a tout de suite vu le problème), les aides soignantes qui “oublient” les piqures d’insuline ou les font beaucoup trop tard, un manque flagrant de personnel (mes grands parents qui sonnent à l’aide à 21h une personne passe à 23h30), le directeur de la résidence que ma mère surprend en train d’engueuler mes grands parents car ils se plaignent trop (et qui redevient tout mielleux avec ma mère en se rendant compte qu’elle est toujours là). Et j’en passe. On a changé de résidence vers une autre Orpea (je sais…) et c’est pas beaucoup mieux, toujours un énorme manque de personnel et plein d’autres problèmes.
Le passage sur Xavier Bertrand m’a achevé. J’en peux plus de payer des impôts dans ce pays corrompu jusqu’à la moelle, des impôts pour enrichir des grandes fortunes par tous les moyens possibles et imaginables, des impôts pour faire élire des escrocs, des impôts pour écraser de la plus effroyable façon les Français les plus fragiles… J’en peux plus.
Comme une vache a lait, quel est le but économique daccélérer sa mort en faisant des économies de soins sil faut ensuite trouver un remplacant ? Sauf si la demande est supérieur a loffre, ils ont plus intéret a apporter un minimum de soins pr prolonger la vie du client dans la maison de retraite & facturer plus de jours.
Jai lu pire: a lhopital au Maroc, sous perfusion le type est mort depuis 2J, & on vous demande de pas vous approchez juste pr vous facturer 2j en plus jusqu’a ce que linfirmiere balance…
Je ne veux pas vieillir 🙁
Ma mère a pas mal bossé en maison de retraite avant de se faire embaucher à l’hôpital, et de ce que j’en retiens, beaucoup de maltraitance à l’égard des patients. Elle m’a dit qu’elle préférerait mourir plutôt que de s’y retrouver un jour.
Mais bon, petite question comme ça : qu’est-ce que vous pensez du concept même de maison de retraite ?
Etant infirmier dans un SSR clinea/orpea en plein Paris je suis choqué par ce que je lis.
Je travaille du coté rééducation mais on est pas du tout sur les mêmes problèmatiques : on a toujours des matelas anti escarre et si on laisse un patient à risque d escarre sur un matelas standard on se fait allumer !
Pour les protections c est une des raisons qui fait que je travaille dans cette structure plutot qu à l aphp c est justement qu on ne me demande jamais de justifier, ni on m impose des cotas. .
Alors bien sur ca reste cher ( entre 80 et 900e par jour en fonction de la chambre, pour des sejours entre 6 et 8 semaines en moyenne) mais il y a une énorme équipe de kinésithérapeute, bc de matériel de rééducation et une balneo. Les patients sont en énorme majorité ravis des soins et de leur sejour.
Ca me fends le coeur de voir comment ca se passe ailleurs, je sais pas si j ai jamais entendu le récit d une ephad où ca se passe “bien”. J ai l impression que l avenir se situe plus du cote des appartements thérapeutiques pour le coups
Ce qui m’échappe c’est que pour 6k5 par mois tu dois pouvoir payer Qlq à domicile tous les jours + portage des repas… assez large… c’est quoi le problème?
Ça ne leur aura pas porté chance : https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/01/25/orpea-chute-en-bourse-apres-la-publication-d-un-livre-enquete_6110863_3234.html