De Montreuil à Lyon, les guets-apens homophobes se multiplient

by SubliminalPoet

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  1. # De Montreuil à Lyon, les guets-apens homophobes se multiplient

    Le décompte de ce type d’agression, régulière, est difficile. Les victimes ne se déclarent pas toujours et peinent souvent à faire valoir le caractère homophobe des violences dont elles ont été victimes.

    Par Robin Richardot

    Trois silhouettes se cachent dans l’ombre. Leur cible, Luc Di Gallo, ne se méfie de rien. Il faut dire que le parc des Guilands, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), avait un côté rassurant avec ses familles profitant des températures quasi estivales, en ce début de soirée du 2 juin 2023. Ce n’est pas dans les habitudes de cet homme de 40 ans de prévoir un tel rendez-vous dans un espace public, mais pourquoi pas après tout. Alors, cette fois-ci, il a accepté de rencontrer ce jeune homme croisé un peu plus tôt dans l’après-midi sur Grindr, une application de rencontre pour les personnes de la communauté LGBT+.Sur place, l’adjoint à la mairie de Montreuil est surpris de voir que son interlocuteur porte un masque chirurgical. A cause du pollen, prétexte-t-il. Etrange de donner rendez-vous dans un parc dans ce cas, mais Luc Di Gallo ne relève pas. Les deux hommes cheminent et empruntent rapidement une route sans éclairage. *« C’est bon, sortez ! »* : le signal est lancé. L’attaque est violente et rapide. Etranglé puis plaqué au sol, le quadragénaire est roué de coups pendant quelques minutes. *« Sale pédé »*, lui crient ses agresseurs avant de s’enfuir avec son téléphone, sa carte bleue et ses papiers.Luc Di Gallo a mis plusieurs jours avant de retrouver l’appétit, d’oser sortir de chez lui. Il y a eu les cauchemars, les sursauts quand quelqu’un l’approchait, l’impossibilité de se détendre lors d’un premier rendez-vous chez le coiffeur. Il est retourné au parc, en journée, pour voir les lieux. Ses agresseurs n’ont pas été retrouvés. *« C’est dur de se dire qu’il y a des gens qui ont pris le temps de s’organiser, à plusieurs, pour vous viser vous, en tant qu’homme homosexuel. Comment c’est possible qu’il y ait encore cette haine ? »*, s’interroge-t-il.

    # Environ un par semaine

    L’agression de Luc Di Gallo n’a rien d’un fait divers exceptionnel. Rien qu’à Montreuil, ces derniers mois, il y a eu deux autres attaques similaires (sans que la police ne sache s’il s’agit des mêmes agresseurs).Mais le problème des guets-apens homophobes touche toutes les régions de France. Difficile de donner le nombre de ces agressions passées sous silence, car il n’existe aucun chiffre officiel. Dans une enquête publiée en avril 2023, *Mediapart* avait décompté 300 guets-apens homophobes entre 2017 et 2021, soit environ un par semaine. Un chiffre sans doute largement sous-estimé au vu du nombre de victimes, de tous âges, qui n’osent pas porter plainte ou celles pour lesquelles le caractère homophobe n’est pas relevé.

    Il est tout aussi compliqué de dater le début du phénomène, qui dure depuis plusieurs années, et de décrypter son évolution. Les réseaux sociaux et les sites de rencontre ont néanmoins accentué la visibilité de ces agressions et leur simplicité. Le schéma est souvent le même : des agresseurs créent un faux profil pour attirer une victime (en très grande majorité un homme gay) sur un site en ligne puis la dépouillent et la frappent lors du rendez-vous.

    Beaucoup passent par le site [Coco.gg](http://Coco.gg) dont SOS Homophobie a demandé la fermeture en octobre 2023, mais sans réaction du gouvernement. Le site permet un anonymat complet et ne garde pas de trace des discussions : une aubaine pour les hommes homosexuels désirant vivre leur sexualité de façon discrète ou totalement cachée. *« A la fois, ça protège les gens et, paradoxalement, ça les met en danger* *»*, résume Baptiste Garreau, référent de la commission soutien juridique à SOS Homophobie.

    # Menace avec couteau ou hachoir

    Derrière le caractère homophobe de l’agression, le passage à l’acte part souvent d’un motif crapuleux. Les agresseurs sont dans la grande majorité des jeunes hommes, parfois mineurs, cherchant à se faire de l’argent facile. Ilies B., lui, a 27 ans. Il a récemment été mis en examen pour extorsion commise avec une arme et vol avec arme. Il a fait au moins quatre victimes, entre le 27 novembre et le 17 décembre 2022 à Paris, repérées sur [Plansm.com](http://Plansm.com) ou Coco.gg.

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