Joyeux rentiers de l’euro !

by chou-coco

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  1. *Comparées à ses performances actuelles, celles qu’affichait l’économie française au début de ce siècle paraissent presque étincelantes. L’état, notamment, dans lequel se trouvaient nos comptes publics et extérieurs fait même rêver. En 2002, notre balance commerciale avait dégagé un excédent de 3,5 milliards d’euros, le dernier avant une série ininterrompue de déficits se creusant d’année en année pour atteindre un record historique de 163 milliards d’euros en 2022.*

    *De même, la situation de nos finances publiques était encore sous contrôle à l’époque, avec des déficits tout à fait raisonnables de 1,3 % en 2000 et 1,4 % en 2001, nettement en deçà du seuil des 3 % fixé par le traité européen. Quant à la dette, elle s’élevait à la fin de l’année 2000 à 58,9 % du PIB, soit un niveau inférieur, on a aujourd’hui peine à le croire, à celle de l’Allemagne (59,3 % du PIB).* [*Fin 2023, la dette publique de la France atteignait 110,6 % du PIB*](https://www.lepoint.fr/editos-du-point/pourquoi-tant-de-dette-07-07-2023-2527702_32.php)*, contre 63,6 % seulement en Allemagne.*

    *Un totem d’immunité*

    *Il est difficile, même pour un « eurolâtre », de ne pas établir un lien entre le décrochage économique de la* [*France*](https://www.lepoint.fr/tags/france) *observé depuis le début des années 2000 et le choc majeur qu’a constitué la création de la monnaie unique européenne. Non que celle-ci ait été en soi porteuse de déclin et de déclassement mais en raison de l’usage déraisonnable et désastreux qu’en ont fait nos gouvernements successifs.*

    *Après de longues années de rigueur monétaire à travers la coûteuse politique du franc fort, après tous les efforts fournis pour dompter l’inflation et* [*respecter les critères de Maastricht*](https://www.lepoint.fr/economie/budget-de-la-france-pourquoi-bruxelles-declenche-un-examen-approfondi-02-12-2023-2545379_28.php)*, l’arrivée de l’euro n’a pas seulement été vécue en France comme une récompense mais comme un aboutissement. Se sentant désormais protégés par le bouclier monétaire allemand, n’ayant plus à craindre d’attaques des marchés financiers et de dévaluations, nos gouvernants ont aussitôt fait preuve d’un relâchement coupable, notamment en matière budgétaire, avec un déficit dérapant à 4,3 % du PIB dès 2003.*

    *Ils ont surtout profité de ce totem d’immunité pour mener des politiques économiques irresponsables. À commencer par la folie des 35 heures, aux effets dévastateurs immédiats sur le coût du travail et la compétitivité de nos entreprises, mais également aux conséquences psychologiques profondes et catastrophiques.*

    *Au moment même où, autre choc majeur, l’entrée de la Chine dans l’OMC en décembre 2001 laissait augurer une concurrence internationale exacerbée, la France a décidé collectivement de faire une sieste économique, de se préoccuper davantage de loisirs que de productivité, de temps libre et de barbecues que d’exportations et de parts de marché. Au moment même où se jouait la bataille décisive de la mondialisation industrielle et commerciale, les Français étaient en RTT.*

    *S’endetter toujours plus*

    *C’est pourtant une loi simple, intemporelle et universelle de l’économie : faute de travailler et de produire suffisamment, un pays ne crée pas assez de richesses pour faire progresser le niveau de vie. Le seul moyen, aussi artificiel que néfaste, d’y échapper consiste à s’endetter, ce que tous nos gouvernements depuis vingt ans ont fait sans aucune modération. Sans crainte non plus de voir s’envoler nos taux d’intérêt, ces derniers étant placés sous la double protection de l’Allemagne et de la* [*Banque centrale européenne*](https://www.lepoint.fr/tags/banque-centrale-europeenne)*.*

    [*Pour reprendre la formule percutante d’Alain Minc, les Français et leurs dirigeants se sont comportés et se comportent encore aujourd’hui comme des « rentiers de l’euro »*](https://www.lepoint.fr/editos-du-point/pierre-antoine-delhommais/l-euro-vingt-ans-deja-20-12-2021-2457542_493.php)*. Aucun des candidats aux prochaines élections européennes n’a toutefois le courage d’admettre cette triste vérité, de reconnaître que la monnaie unique a d’abord malheureusement permis à la France de vivre en toute impunité au-dessus de ses moyens.*

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