Certains éditeurs américains ont flairé le filon, rapporte le New York Times : publier des ouvrages pour dénoncer l’antiracisme, la culture woke, la “théorie critique de la race” et le mouvement Black Lives Matter. Et rafler la mise auprès d’un lectorat conservateur très remonté.
Depuis sa parution il y a deux ans, How to Be an Antiracist [“Comment être antiraciste”], le livre d’Ibram X. Kendi, s’est vendu à près de deux millions d’exemplaires tous formats confondus, papier, électronique et audio. Des chiffres étonnants, plus souvent associés à des ouvrages qui traitent de Donald Trump plutôt que de problèmes sociaux complexes.
Mais d’autres livres sont publiés sur la question raciale aux États-Unis, qu’ils abordent sous un angle fort différent. Parmi eux, citons I Can’t Breathe : How a Racial Hoax Is Killing America [“Je ne peux pas respirer : comment une imposture raciale est en train de tuer l’Amérique”] ; Race Crazy : BLM, 1619, and the Progressive Racism Movement [Folie raciale : Black Lives Matter, 1619 et le mouvement du racisme de gauche] ; et Blackout : How Black America Can Make Its Second Escape from the Democrat Plantation [“Black-out : comment l’Amérique noire peut-elle s’échapper pour la deuxième fois de la plantation démocrate”].
Le bon filon
Depuis le meurtre de George Floyd par la police, en mai 2020, le secteur de l’édition connaît une incroyable embellie grâce à des livres sur la question raciale et le racisme. Et à mesure que le débat national sur le sujet s’est mué en un affrontement sans merci, les ouvrages qui y sont hostiles représentent désormais un véritable filon pour les éditeurs conservateurs.
Blackout, écrit par l’animatrice de talk-shows et chroniqueuse africaine-américaine de droite Candace Owens, s’est vendu à 480 000 exemplaires tous formats confondus depuis sa publication, à l’automne dernier.
En juillet, American Marxism [“Le marxisme américain”], de l’auteur à succès Mark R. Levin, qui consacre un chapitre à la “théorie critique de la race”, a atteint les 400 000 exemplaires vendus en seulement une semaine.
Espérant capitaliser sur cet intérêt, Salem Books vient de publier Christianity and Wokeness [“Le christianisme et le mouvement woke”], d’Owen Strachan, qui, en couverture, dépeint le mouvement woke comme “un puissant mélange de racisme, de paganisme et de griefs” qui “encourage la ‘partialité’ et sape l’œuvre unificatrice de l’Esprit Saint”.”La droite commence à riposter”
Cet automne, la maison d’édition Regnery va sortir I Can’t Breathe, de David Horowitz, qui passe en revue 26 incidents décrits par les médias comme des agressions à caractère racistes, et soutient que tous sauf deux ont été présentés ainsi à tort.
Pour Thomas Spence, président de Regnery :
“J’ai l’impression que la droite commence à riposter, qu’elle s’efforce de réaffirmer sa vision de l’Amérique et de la race en Amérique. Nous nous sommes réveillés un peu tard, mais nous sommes en train de nous rattraper.”
Cette année, des chaînes ultraconservatrices comme Fox News s’en sont prises avec virulence à la “théorie critique de la race”, un courant de recherche universitaire qui étudie le rôle de la loi et d’autres institutions dans la perpétuation des inégalités raciales au lieu de se concentrer sur les préjugés individuels.
Je trouve étrange qu’à aucun moment l’article ne tisse un lien avec le fait que les militants de droite US dépensent tout simplement plus en marqueurs identitaires et idéologiques. Les sommes levées par les avocats de Trump, le mouvement qui se définit littéralement par son merch, les fortunes d’Alex Jones et des autres gourus d’alt-right, etc.
Bof, c’est assez logique, quand un sujet de débat est sur le devant de la scène, il y a une demande de livres couvrant l’éventail de l’opinion sur celui ci. Et dans une économie de marché elle tend à être satisfaite.
Et c’est sans grand effet quand une cause ne donne pas de bonnes raisons de la critiquer, il y a eu toute une littérature s’opposant à la déségrégation, décrivant MLK comme un dangereux marxiste, etc… pour flatter les biais des racistes, et à une époque où les grands éditeurs publiaient sans problème les ultra-conservateurs, ça n’a pas empèché les droits civiques.
Ils ne sont pas racistes mais anti-anti-racistes, et apparemment c’est acceptable présenté comme ça. Cette astuce rhétorique vous est proposée par des professionnels et des médias complices, n’essayez pas de le reproduire chez vous.
C’est beau à regarder les sociétés raciales, de loin je précise.
Je me demande bien comment dans quel état nouveau seront les Etats-Unis dans les prochaines décennies, lorsque leur tensions raciales se cristalliseront pour la énième fois.
Il faut quand même faire attention aux chiffres de ventes: Beaucoup de livres de voix de droite aux USA sont achetés par des associations politiques pour qu’ils deviennent des faux «best-sellers». Ils en donnent de ces livres mais la plupart finissent à la poubelle, non lus.
En outre l’auteure de parle **jamais** “d’anti-antiracisme” dans son texte original et “backlash” n’évoque pas un “retour de bâton” (qui se dirait plutôt backfire) qui indiquerait que ce serait mérité mais plutôt une “réponse” (qui est un terme plus neutre).
Et puis que dire de ce paragraphe
>Books on race and antiracism have sold well over the past year. Now titles like “I Can’t Breathe: How a Racial Hoax Is Killing America” and “Race Crazy” are coming.
Traduit honteusement de la sorte
>Certains éditeurs américains ont flairé le filon, rapporte le New York Times : publier des ouvrages pour dénoncer l’antiracisme, la culture woke, la “théorie critique de la race” et le mouvement Black Lives Matter. Et rafler la mise auprès d’un lectorat conservateur très remonté.
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Certains éditeurs américains ont flairé le filon, rapporte le New York Times : publier des ouvrages pour dénoncer l’antiracisme, la culture woke, la “théorie critique de la race” et le mouvement Black Lives Matter. Et rafler la mise auprès d’un lectorat conservateur très remonté.
Depuis sa parution il y a deux ans, How to Be an Antiracist [“Comment être antiraciste”], le livre d’Ibram X. Kendi, s’est vendu à près de deux millions d’exemplaires tous formats confondus, papier, électronique et audio. Des chiffres étonnants, plus souvent associés à des ouvrages qui traitent de Donald Trump plutôt que de problèmes sociaux complexes.
Mais d’autres livres sont publiés sur la question raciale aux États-Unis, qu’ils abordent sous un angle fort différent. Parmi eux, citons I Can’t Breathe : How a Racial Hoax Is Killing America [“Je ne peux pas respirer : comment une imposture raciale est en train de tuer l’Amérique”] ; Race Crazy : BLM, 1619, and the Progressive Racism Movement [Folie raciale : Black Lives Matter, 1619 et le mouvement du racisme de gauche] ; et Blackout : How Black America Can Make Its Second Escape from the Democrat Plantation [“Black-out : comment l’Amérique noire peut-elle s’échapper pour la deuxième fois de la plantation démocrate”].
Le bon filon
Depuis le meurtre de George Floyd par la police, en mai 2020, le secteur de l’édition connaît une incroyable embellie grâce à des livres sur la question raciale et le racisme. Et à mesure que le débat national sur le sujet s’est mué en un affrontement sans merci, les ouvrages qui y sont hostiles représentent désormais un véritable filon pour les éditeurs conservateurs.
Blackout, écrit par l’animatrice de talk-shows et chroniqueuse africaine-américaine de droite Candace Owens, s’est vendu à 480 000 exemplaires tous formats confondus depuis sa publication, à l’automne dernier.
En juillet, American Marxism [“Le marxisme américain”], de l’auteur à succès Mark R. Levin, qui consacre un chapitre à la “théorie critique de la race”, a atteint les 400 000 exemplaires vendus en seulement une semaine.
Espérant capitaliser sur cet intérêt, Salem Books vient de publier Christianity and Wokeness [“Le christianisme et le mouvement woke”], d’Owen Strachan, qui, en couverture, dépeint le mouvement woke comme “un puissant mélange de racisme, de paganisme et de griefs” qui “encourage la ‘partialité’ et sape l’œuvre unificatrice de l’Esprit Saint”.”La droite commence à riposter”
Cet automne, la maison d’édition Regnery va sortir I Can’t Breathe, de David Horowitz, qui passe en revue 26 incidents décrits par les médias comme des agressions à caractère racistes, et soutient que tous sauf deux ont été présentés ainsi à tort.
Pour Thomas Spence, président de Regnery :
“J’ai l’impression que la droite commence à riposter, qu’elle s’efforce de réaffirmer sa vision de l’Amérique et de la race en Amérique. Nous nous sommes réveillés un peu tard, mais nous sommes en train de nous rattraper.”
Cette année, des chaînes ultraconservatrices comme Fox News s’en sont prises avec virulence à la “théorie critique de la race”, un courant de recherche universitaire qui étudie le rôle de la loi et d’autres institutions dans la perpétuation des inégalités raciales au lieu de se concentrer sur les préjugés individuels.
Je trouve étrange qu’à aucun moment l’article ne tisse un lien avec le fait que les militants de droite US dépensent tout simplement plus en marqueurs identitaires et idéologiques. Les sommes levées par les avocats de Trump, le mouvement qui se définit littéralement par son merch, les fortunes d’Alex Jones et des autres gourus d’alt-right, etc.
Bof, c’est assez logique, quand un sujet de débat est sur le devant de la scène, il y a une demande de livres couvrant l’éventail de l’opinion sur celui ci. Et dans une économie de marché elle tend à être satisfaite.
Et c’est sans grand effet quand une cause ne donne pas de bonnes raisons de la critiquer, il y a eu toute une littérature s’opposant à la déségrégation, décrivant MLK comme un dangereux marxiste, etc… pour flatter les biais des racistes, et à une époque où les grands éditeurs publiaient sans problème les ultra-conservateurs, ça n’a pas empèché les droits civiques.
Ils ne sont pas racistes mais anti-anti-racistes, et apparemment c’est acceptable présenté comme ça. Cette astuce rhétorique vous est proposée par des professionnels et des médias complices, n’essayez pas de le reproduire chez vous.
[Anti-antiracisme ?](https://cdn.memes.com/up/12821831597210545/i/1628731438749.png)
Etre anti-woke est le nouveau woke.
C’est beau à regarder les sociétés raciales, de loin je précise.
Je me demande bien comment dans quel état nouveau seront les Etats-Unis dans les prochaines décennies, lorsque leur tensions raciales se cristalliseront pour la énième fois.
Il faut quand même faire attention aux chiffres de ventes: Beaucoup de livres de voix de droite aux USA sont achetés par des associations politiques pour qu’ils deviennent des faux «best-sellers». Ils en donnent de ces livres mais la plupart finissent à la poubelle, non lus.
[https://www.nytimes.com/2019/11/21/books/donald-trump-jr-triggered-sales.html](https://www.nytimes.com/2019/11/21/books/donald-trump-jr-triggered-sales.html)
[https://newrepublic.com/article/123156/why-did-ted-cruz-spend-122000-his-own-books](https://newrepublic.com/article/123156/why-did-ted-cruz-spend-122000-his-own-books)
[https://www.bloomberg.com/news/print/2011-10-18/cain-used-campaign-funds-to-buy-autobiography.html](https://www.bloomberg.com/news/print/2011-10-18/cain-used-campaign-funds-to-buy-autobiography.html)
[http://www.politico.com/blogs/ben-smith/2010/10/how-romney-made-a-best-seller-029968](http://www.politico.com/blogs/ben-smith/2010/10/how-romney-made-a-best-seller-029968)
[http://www.christianitytoday.com/news/2014/march/mark-driscoll-retracts-bestseller-status-resets-life.html](http://www.christianitytoday.com/news/2014/march/mark-driscoll-retracts-bestseller-status-resets-life.html)
[https://thehill.com/opinion/white-house/474662-the-myth-of-the-conservative-bestseller](https://thehill.com/opinion/white-house/474662-the-myth-of-the-conservative-bestseller)
On voit pas ce fléau de truquerie de l’autre côté.
C’est pas dire qu’il faut complètement nier l’importance de l’idéologie ultra-conservatrice (par exemple: [https://www.theatlantic.com/politics/archive/2012/03/why-mainstream-media-ignores-conservative-bestsellers/254692/](https://www.theatlantic.com/politics/archive/2012/03/why-mainstream-media-ignores-conservative-bestsellers/254692/)), mais j’ai des doutes sur la demande de ces livres anti-anti-racistes (qui sont donc…?)
Bon sang quel est le tordu qui a traduit cet article chez Courrier International ? Cette traduction est très malhonnête !
Le titre original [In a Backlash to Racial Reckoning, Conservative Publishers See Gold](https://www.nytimes.com/2021/08/15/books/race-antiracism-publishing.html) est très différent.
En outre l’auteure de parle **jamais** “d’anti-antiracisme” dans son texte original et “backlash” n’évoque pas un “retour de bâton” (qui se dirait plutôt backfire) qui indiquerait que ce serait mérité mais plutôt une “réponse” (qui est un terme plus neutre).
Et puis que dire de ce paragraphe
>Books on race and antiracism have sold well over the past year. Now titles like “I Can’t Breathe: How a Racial Hoax Is Killing America” and “Race Crazy” are coming.
Traduit honteusement de la sorte
>Certains éditeurs américains ont flairé le filon, rapporte le New York Times : publier des ouvrages pour dénoncer l’antiracisme, la culture woke, la “théorie critique de la race” et le mouvement Black Lives Matter. Et rafler la mise auprès d’un lectorat conservateur très remonté.