Il est très célèbre au Royaume-Uni et est très respecté (il a représenté l’UE dans les discussions sur le Brexit).
**Congrès LR : Michel Barnier, ce quasi favori que personne n’attendait**
Moqué pour ses dehors austères, l’ex-eurocrate semble aujourd’hui en position de disputer la victoire au duo Bertrand-Pécresse dans la compétition pour désigner le candidat de la droite pour la présidentielle.
*«…Et c’est comme cela que j’ai décidé d’équiper les 24 000 pêcheurs français de balises de secours individuelles.»* La mer est loin : des plus hauts gradins de la salle, ce lundi d’octobre à Neuilly-sur-Seine, difficile de sonder la gratitude du public. Cela fait vingt minutes que l’assemblée de têtes blanches écoute sagement Michel Barnier, ancien ministre de l’Agriculture et de la pêche, candidat à l’investiture du parti Les Républicains. Il en faudra encore dix avant qu’elle ne lui accorde de premiers applaudissements, pour saluer son refus de toute *«repentance»* mémorielle.
L’anecdote des balises n’est pas neuve. Au juste, depuis son retour sur la scène nationale début 2021, l’ex-négociateur du Brexit est d’une remarquable constance. Même métaphores montagnardes auxquelles on peut tout faire dire. Même jeu de scène minimaliste, mêmes références à son premier succès électoral en 1973, même formule pour désigner le Brexit, *«cet événement improbable qui s’est pourtant produit».*
L’ancien commissaire européen a surpris, début septembre, [en critiquant la justice de l’Union](https://www.liberation.fr/international/europe/union-europeenne-le-bal-des-faux-culs-souverainistes-20211012_SRAOUVDUSZGCTEZ5PE5SOEAPFY). Mais ces accents nourrissaient déjà une intervention au Touquet, en avril dernier, avant même son entrée en campagne. Son programme reste délibérément vague car les promesses trop précises, répète-t-il, sont sûres d’être trahies. On dit qu’il est austère, parfois qu’il ennuie. *«Et alors, qu’est-ce qu’on en a à foutre ?* rétorque Claudine, une militante parisienne de 75 ans. *Macron, il est drôle lui ?»*
**Fidélité au parti**
Ce n’est pas Barnier qui a changé, c’est ce qu’on dit de lui. Chez LR, on toisait gentiment le respectable eurocrate, promis à un prompt ralliement. *«Il peut jouer un rôle important auprès de Xavier Bertrand, qui n’est pas spécialiste de l’international»,* badinait au printemps un ami du premier. Un autre, aujourd’hui, s’en mord les ongles : *«Si le congrès a lieu demain, c’est Barnier qui gagne.»* À ce stade, selon France Télévisions, c’est lui qui recueille le plus de soutiens parmi les 101 présidents des fédérations départementales de LR, même si beaucoup réservent encore leur avis.
Auprès des adhérents de LR, qui désigneront début décembre leur candidat, le Savoyard cumule plusieurs atouts. Sa fidélité au parti, comparée aux retours opportunistes de ses rivaux Pécresse et Bertrand – même si, toujours selon France TV, il a négligé de cotiser en 2019 ; le soutien officieux de l’ancien président de LR Laurent Wauquiez, encore populaire auprès de la base ; ou encore la stature internationale forgée dans la gestion du Brexit.
C’est une loi du genre : en meeting, on croise surtout des convaincus d’avance. *«Ça m’a impressionnée* [*qu’il vienne à bout du Brexit en défendant nos intérêts*](https://www.liberation.fr/international/europe/michel-barnier-sortie-de-recours-20210526_S3P3XXQ2O5GKNC2R2YUZ77BYYM), raconte Monique, 90 ans. *Il a une belle gueule, il représente bien la France au point de vue physique. Comme la droite cafouille, avec mon mari, on s’est dit qu’un outsider pourrait faire comme François Fillon»* – qui avait, en 2016, battu en primaire les favoris Juppé et Sarkozy. Catherine, 79 ans, évoque elle aussi la *«compétence»* d’un Barnier *«qui a été à l’Europe toutes ces années et cherché à faire fonctionner les choses»* : les autres lui semblent *«un charivari sans intérêt»*.
Barnier *«est le seul à LR qui place la France au-dessus de son ego,* juge une autre, membre du parti. *Pécresse et Bertrand n’ont repris leur carte que pour toucher l’argent de LR. Ils vont se faire étendre. Je lis les commentaires de mes amis sur Facebook : si vous saviez ce qu’on voit…»* La militante n’accorde aucun crédit aux sondages, qui font de son champion [le moins bien placé des trois favoris](https://www.liberation.fr/politique/elections/bertrand-barnier-pecresse-les-trois-briguant-contre-macron-20211019_6BMLTVB7JBAU5HA7K2PEQI6XSU/), mais qu’elle soupçonne d’être manipulés par l’Elysée.
**«Barnier est le candidat de Macron»**
On ne trouve ce soir-là que Benoît, 30 ans, pour se dire déçu. *«S’il n’avait pas dénoncé la justice européenne, j’aurais pu voter pour lui»*, confie ce Franco-Suisse *«très européen»* qui se réclame du centre droit, le courant d’origine de Barnier. *«Mais je suis encore ahuri de ce qu’il a dit. Je suis venu en espérant me rassurer, mais après avoir basculé chez Macron en 2017, je vais sans doute y rester.»*
Répliquer à l’inattendu Barnier est un exercice délicat pour les autres favoris, qui ne peuvent s’aliéner ce possible soutien. C’est d’autant moins commode que l’homme se prête mal aux coups bas. *«À aucun moment je ne veux dire le moindre mot qui, dans ma famille politique, rende plus difficile le rassemblement que nous devrons faire»* après le vote des adhérents, a-t-il lancé à Neuilly.
*«Barnier est le candidat de Macron,* persifle-t-on pourtant dans l’entourage de Bertrand. *Vous voyez bien qu’au gouvernement, ils n’attaquent que Xavier, jamais lui ou Pécresse.»* Un autre se persuade que *«la bulle va crever»* : *«Son gros handicap, c’est qu’il n’est pas dans le match de la présidentielle. Il est en dessous de dix dans les sondages : avec lui, c’est la défaite assurée et l’explosion de la droite.»* Barnier favori ? *«C’est totalement en décalage avec ce que j’entends chez mes militants»*, assure un soutien francilien de Valérie Pécresse. *«Ils apprécient sa stature mais, quand il s’agit de désigner celui qui va aller cogner Macron, ils se disent : bon, il y a un petit décalage de personnalité et d’entrain.»*
Autour du candidat, du reste, certains s’interrogent : les titres de presse – *«Un favori nommé Barnier»*, [a osé le *JDD*](https://www.lejdd.fr/Politique/congres-des-republicains-pourquoi-michel-barnier-fait-peur-a-ses-rivaux-4070674) – jouent-ils vraiment en sa faveur ? *«Il ne faut pas trop faire monter la mayonnaise*, dit l’une de ses soutiens. *Il ne faudrait pas être un nouveau Bruno Le Maire»* : 2,38% des voix en 2016 pour l’éphémère «troisième homme» de la primaire. Les surprises les plus réussies ne sont, *a priori*, pas celles qui s’annoncent deux mois à l’avance.
C’est dommage que le covid soit passé par là. Il aurait fait un malheur dans les ephad.
Pour LR il vaut mieux un gars qui fasse un peu vieille ecole de la droite meme si personne ne le connait.
Ceux qui veulent voter pour des connards opportunistes de droite vont chez LREM, il faut tenter de conquerir d’autres marchés pour avoir une chance.
Ouais enfin, un type “visionnaire” qui, en 2021, se dit qu’il y a de l’avenir chez LR, j’aimerais vraiment pas le voir aux manettes du pays…
Perso, je ferais jamais confiance à un candidat à des primaires soutenus par Wauquiez, mais ça ne regarde que moi…
6 comments
Il est très célèbre au Royaume-Uni et est très respecté (il a représenté l’UE dans les discussions sur le Brexit).
**Congrès LR : Michel Barnier, ce quasi favori que personne n’attendait**
Moqué pour ses dehors austères, l’ex-eurocrate semble aujourd’hui en position de disputer la victoire au duo Bertrand-Pécresse dans la compétition pour désigner le candidat de la droite pour la présidentielle.
*«…Et c’est comme cela que j’ai décidé d’équiper les 24 000 pêcheurs français de balises de secours individuelles.»* La mer est loin : des plus hauts gradins de la salle, ce lundi d’octobre à Neuilly-sur-Seine, difficile de sonder la gratitude du public. Cela fait vingt minutes que l’assemblée de têtes blanches écoute sagement Michel Barnier, ancien ministre de l’Agriculture et de la pêche, candidat à l’investiture du parti Les Républicains. Il en faudra encore dix avant qu’elle ne lui accorde de premiers applaudissements, pour saluer son refus de toute *«repentance»* mémorielle.
L’anecdote des balises n’est pas neuve. Au juste, depuis son retour sur la scène nationale début 2021, l’ex-négociateur du Brexit est d’une remarquable constance. Même métaphores montagnardes auxquelles on peut tout faire dire. Même jeu de scène minimaliste, mêmes références à son premier succès électoral en 1973, même formule pour désigner le Brexit, *«cet événement improbable qui s’est pourtant produit».*
L’ancien commissaire européen a surpris, début septembre, [en critiquant la justice de l’Union](https://www.liberation.fr/international/europe/union-europeenne-le-bal-des-faux-culs-souverainistes-20211012_SRAOUVDUSZGCTEZ5PE5SOEAPFY). Mais ces accents nourrissaient déjà une intervention au Touquet, en avril dernier, avant même son entrée en campagne. Son programme reste délibérément vague car les promesses trop précises, répète-t-il, sont sûres d’être trahies. On dit qu’il est austère, parfois qu’il ennuie. *«Et alors, qu’est-ce qu’on en a à foutre ?* rétorque Claudine, une militante parisienne de 75 ans. *Macron, il est drôle lui ?»*
**Fidélité au parti**
Ce n’est pas Barnier qui a changé, c’est ce qu’on dit de lui. Chez LR, on toisait gentiment le respectable eurocrate, promis à un prompt ralliement. *«Il peut jouer un rôle important auprès de Xavier Bertrand, qui n’est pas spécialiste de l’international»,* badinait au printemps un ami du premier. Un autre, aujourd’hui, s’en mord les ongles : *«Si le congrès a lieu demain, c’est Barnier qui gagne.»* À ce stade, selon France Télévisions, c’est lui qui recueille le plus de soutiens parmi les 101 présidents des fédérations départementales de LR, même si beaucoup réservent encore leur avis.
Auprès des adhérents de LR, qui désigneront début décembre leur candidat, le Savoyard cumule plusieurs atouts. Sa fidélité au parti, comparée aux retours opportunistes de ses rivaux Pécresse et Bertrand – même si, toujours selon France TV, il a négligé de cotiser en 2019 ; le soutien officieux de l’ancien président de LR Laurent Wauquiez, encore populaire auprès de la base ; ou encore la stature internationale forgée dans la gestion du Brexit.
C’est une loi du genre : en meeting, on croise surtout des convaincus d’avance. *«Ça m’a impressionnée* [*qu’il vienne à bout du Brexit en défendant nos intérêts*](https://www.liberation.fr/international/europe/michel-barnier-sortie-de-recours-20210526_S3P3XXQ2O5GKNC2R2YUZ77BYYM), raconte Monique, 90 ans. *Il a une belle gueule, il représente bien la France au point de vue physique. Comme la droite cafouille, avec mon mari, on s’est dit qu’un outsider pourrait faire comme François Fillon»* – qui avait, en 2016, battu en primaire les favoris Juppé et Sarkozy. Catherine, 79 ans, évoque elle aussi la *«compétence»* d’un Barnier *«qui a été à l’Europe toutes ces années et cherché à faire fonctionner les choses»* : les autres lui semblent *«un charivari sans intérêt»*.
Barnier *«est le seul à LR qui place la France au-dessus de son ego,* juge une autre, membre du parti. *Pécresse et Bertrand n’ont repris leur carte que pour toucher l’argent de LR. Ils vont se faire étendre. Je lis les commentaires de mes amis sur Facebook : si vous saviez ce qu’on voit…»* La militante n’accorde aucun crédit aux sondages, qui font de son champion [le moins bien placé des trois favoris](https://www.liberation.fr/politique/elections/bertrand-barnier-pecresse-les-trois-briguant-contre-macron-20211019_6BMLTVB7JBAU5HA7K2PEQI6XSU/), mais qu’elle soupçonne d’être manipulés par l’Elysée.
**«Barnier est le candidat de Macron»**
On ne trouve ce soir-là que Benoît, 30 ans, pour se dire déçu. *«S’il n’avait pas dénoncé la justice européenne, j’aurais pu voter pour lui»*, confie ce Franco-Suisse *«très européen»* qui se réclame du centre droit, le courant d’origine de Barnier. *«Mais je suis encore ahuri de ce qu’il a dit. Je suis venu en espérant me rassurer, mais après avoir basculé chez Macron en 2017, je vais sans doute y rester.»*
Répliquer à l’inattendu Barnier est un exercice délicat pour les autres favoris, qui ne peuvent s’aliéner ce possible soutien. C’est d’autant moins commode que l’homme se prête mal aux coups bas. *«À aucun moment je ne veux dire le moindre mot qui, dans ma famille politique, rende plus difficile le rassemblement que nous devrons faire»* après le vote des adhérents, a-t-il lancé à Neuilly.
*«Barnier est le candidat de Macron,* persifle-t-on pourtant dans l’entourage de Bertrand. *Vous voyez bien qu’au gouvernement, ils n’attaquent que Xavier, jamais lui ou Pécresse.»* Un autre se persuade que *«la bulle va crever»* : *«Son gros handicap, c’est qu’il n’est pas dans le match de la présidentielle. Il est en dessous de dix dans les sondages : avec lui, c’est la défaite assurée et l’explosion de la droite.»* Barnier favori ? *«C’est totalement en décalage avec ce que j’entends chez mes militants»*, assure un soutien francilien de Valérie Pécresse. *«Ils apprécient sa stature mais, quand il s’agit de désigner celui qui va aller cogner Macron, ils se disent : bon, il y a un petit décalage de personnalité et d’entrain.»*
Autour du candidat, du reste, certains s’interrogent : les titres de presse – *«Un favori nommé Barnier»*, [a osé le *JDD*](https://www.lejdd.fr/Politique/congres-des-republicains-pourquoi-michel-barnier-fait-peur-a-ses-rivaux-4070674) – jouent-ils vraiment en sa faveur ? *«Il ne faut pas trop faire monter la mayonnaise*, dit l’une de ses soutiens. *Il ne faudrait pas être un nouveau Bruno Le Maire»* : 2,38% des voix en 2016 pour l’éphémère «troisième homme» de la primaire. Les surprises les plus réussies ne sont, *a priori*, pas celles qui s’annoncent deux mois à l’avance.
C’est dommage que le covid soit passé par là. Il aurait fait un malheur dans les ephad.
Pour LR il vaut mieux un gars qui fasse un peu vieille ecole de la droite meme si personne ne le connait.
Ceux qui veulent voter pour des connards opportunistes de droite vont chez LREM, il faut tenter de conquerir d’autres marchés pour avoir une chance.
Ouais enfin, un type “visionnaire” qui, en 2021, se dit qu’il y a de l’avenir chez LR, j’aimerais vraiment pas le voir aux manettes du pays…
Perso, je ferais jamais confiance à un candidat à des primaires soutenus par Wauquiez, mais ça ne regarde que moi…