Léon, ex-militant de gauche, interdit de travail pendant les JO
21 juillet 2024 | Par Emmanuel Riondé
Privé d’accréditation pour travailler sur un site des JO de Paris, un régisseur doit cette interdiction, non motivée, à sa présence dans des fichiers de police ou de renseignement où il figure pour d’anciennes activités militantes n’ayant même pas donné lieu à des condamnations.
Le CDD était signé et ces trois semaines comme régisseur général étaient « un travail prestigieux », comme il dit. Embauché par la société Videlio Events, prestataire dans le spectacle vivant, Léon*, intermittent du spectacle de 33 ans, devait assurer cette fonction du 20 juillet au 10 août au Grand Palais de Paris, où vont se dérouler des épreuves olympiques d’escrime et de taekwondo. Mais il a dû faire le deuil de cette « opportunité professionnelle et financière ».
Le 5 juillet, son employeur a reçu de Paris 2024 un refus d’accréditation le concernant. « Un avis défavorable a été émis à votre encontre sans que les éléments de motivation ne soient connus de Paris 2024 », indique l’organisateur des JO dans le document confidentiel que Mediapart a pu consulter. Paris 2024 se dit « par conséquent […] dans l’obligation de rejeter sa demande d’accréditation ».
Selon l’article L211-11-1 du Code de la sécurité intérieure, lors des JO de Paris, l’accès aux sites où se déroule la compétition est soumis, pour les non-spectateurs, à « une autorisation de l’organisateur délivrée sur avis conforme de l’autorité administrative ». Laquelle, si le « comportement ou les agissements de la personne sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes, à la sécurité publique ou à la sûreté de l’État », peut émettre un avis défavorable.
Ces enquêtes, le Sneas les mène en recourant à un dispositif d’« automatisation de la consultation centralisée de renseignements et de données », ACCReD, créé en 2017. L’ACCReD permet aux agent·es du Sneas d’accéder à plus d’une douzaine de fichiers (« traitement automatisé de données à caractère personnel », en jargon administratif) différents, parmi lesquels figurent le traitement d’antécédents judiciaires (TAJ), le fichier de prévention des atteintes à la sécurité publique (Pasp), ou le fichier des personnes recherchées (où se trouvent les fichés S).
Et c’est très probablement parce qu’il figure au TAJ que Léon a écopé d’un avis défavorable du Sneas, rédhibitoire pour se faire accréditer aux JO.
En 2016, alors qu’il œuvre à Toulouse comme photographe pour un petit média local indépendant, il est arrêté par la police lors d’une manifestation contre la loi travail. Accusé d’avoir mis le feu à des poubelles, il fait quarante-huit heures de garde à vue, avant d’être relaxé en première instance puis en appel.
En 2018, lors d’une manifestation des « gilets jaunes », il est interpellé, puis relâché le jour même. « Vu que l’avis défavorable n’est pas motivé, par défaut, je ne vois que ces deux faits qui peuvent l’expliquer, note Léon. Je suis dégoûté et en colère. Je pensais en avoir terminé avec ces histoires de justice et que c’était du passé. J’ai 33 ans et une vie rangée maintenant, avec des projets. Mais non, l’État préfère continuer à me punir pour des faits pour lesquels j’ai été relaxé. »
Militants fichés
Mobilisée sur cette affaire, La Quadrature du Net a lancé lundi 15 juillet un appel à témoignages et obtenu en moins de vingt-quatre heures une petite dizaine de retours. « La plupart sont des personnes qui devaient travailler sur le site des JO, se sont vu refuser leur accréditation et soupçonnent que ce refus est lié à d’anciennes activités militantes », explique Noémie Levain, juriste au sein de cette structure qui « défend les libertés fondamentales dans l’environnement numérique ».
« Au regard à la fois des retours que nous avons et aussi tout simplement des déclarations publiques de Gérald Darmanin, on peut penser qu’il y a une consigne d’écarter des JO toutes les personnes évoluant dans les milieux d’extrême gauche, militants et activistes », note-t-elle.
Mercredi 17 juillet, lors d’un point presse à Paris, le ministre de l’intérieur (du gouvernement démissionnaire) a fait savoir que parmi les 3 922 personnes écartées des JO après enquête du Sneas, 131 sont fichées S, 18 pour radicalisation islamiste, 167 à l’ultragauche et 80 à l’ultradroite. Des chiffres précis qui masquent des critères très flous et un usage opaque des données.
Je connais un cas d’un gars qui bossait en reprographie. Interdit de travailler en sous-traitance pour l’état parce qu’il s’était rendu à la zad de notre dame des landes et donc fiché S.
Rien d’illégal lui était reproché. Seulement le fait d’être allé.
Le système de fiches S est complètement détourné.
Tout simplement révoltant. C’est un fichage politique qui a des conséquences directes sur les revenus d’une personne lambda.
Comment on peut encore parler de démocratie dans ce pays ?
r/quefaitlapolice
Être de gauche c’est en train de devenir illégal.
Mes amis, préparez vous à entrer dans la clandestinité. Nos idées feront de nous des martyrs.
C’est pareil pour toutes les manifestations accueillant beaucoup de public, même si elles n’ont absolument aucun enjeu politique.
La préfecture peut demander le listing des professionnels présents et refuser à certains l’accès, sans justificatif. L’organisation de la manifestation ne peut rien faire d’autre que s’excuser platement auprès du pro en question ‘
Si le protagoniste de cette histoire est celui auquel je pense, parler d’un “ex militant de gauche qui s’est rangé” alors que le personnage couvrait la derniére manifestation anti-bassinne avec une opinion ( et des actes, accesoiremment ) clairement affichée, c’est quand même un peu malhonnête… Et autant dire que si “Léon” s’est présenté ainsi auprés des administrations, le simple passage sur le twitter de l’interessé à du refroidir le SNEAS.
Accesoiremment, est à prendre en compte le fait que ce protagoniste, toujours si c’est bien lui, écrit des articles ( et poste des photos sur différents médias ) avec deux alias différents ( mais deux alias toujours actifs ). Pourquoi? Je ne sais pas, mais le SNEAS va vite s’imaginer les pires des scénarios ( Typiquement en imagineant que “Léon” cherche à brouiller les pistes ).
Est-ce que ça justifie de se faire sucrer ainsi le job? Probablement pas ( quoique…) . Mais on peut comprendre que il y’a beaucoup de red flag pour les différentes administrations. Avec l’ampleur de cet événément, va être privilégié le risque 0, quittte à ce qu’il y’ait de la casse. Encore une fois, ce n’est pas un modéle que je défends ( Notamment parcequ’il est trés révélateur de certains maux de notre société ), mais il se comprend.
Comme je ne sais pas si j’ai le droit de divulguer l’identité de l’interessé, et surtout comme je n’ai que de fort soupçons mais aucune certitudes, je m’abstients.
En quoi est-ce que travailler dans un stade pose problème pour une personne *fichée* ? À un moment, il faut arrêter de déconner. On est ni sur une personne qui a vocation à traiter des documents critiques pour la défense nationale, où à avoir accès à des trucs impactants la sécurité du public.
La perte de liberté individuelle qu’on accepte pour applaudir 3 médailles on est vraiment un peuple de débiles qui a abdiqué moralement.
Mouais il dit s’est s’être rangé mais il le prouve comment? Mieux vaut prendre aucun risque supplémentaire vu tous les risques qui existent déjà pour un tel évènement que toute la planète va suivre.
voilà pourquoi je déteste les JO. Achaque fois c’est pareil ça pose des bases a de nombreux abus.
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Léon, ex-militant de gauche, interdit de travail pendant les JO
21 juillet 2024 | Par Emmanuel Riondé
Privé d’accréditation pour travailler sur un site des JO de Paris, un régisseur doit cette interdiction, non motivée, à sa présence dans des fichiers de police ou de renseignement où il figure pour d’anciennes activités militantes n’ayant même pas donné lieu à des condamnations.
Le CDD était signé et ces trois semaines comme régisseur général étaient « un travail prestigieux », comme il dit. Embauché par la société Videlio Events, prestataire dans le spectacle vivant, Léon*, intermittent du spectacle de 33 ans, devait assurer cette fonction du 20 juillet au 10 août au Grand Palais de Paris, où vont se dérouler des épreuves olympiques d’escrime et de taekwondo. Mais il a dû faire le deuil de cette « opportunité professionnelle et financière ».
Le 5 juillet, son employeur a reçu de Paris 2024 un refus d’accréditation le concernant. « Un avis défavorable a été émis à votre encontre sans que les éléments de motivation ne soient connus de Paris 2024 », indique l’organisateur des JO dans le document confidentiel que Mediapart a pu consulter. Paris 2024 se dit « par conséquent […] dans l’obligation de rejeter sa demande d’accréditation ».
Selon l’article L211-11-1 du Code de la sécurité intérieure, lors des JO de Paris, l’accès aux sites où se déroule la compétition est soumis, pour les non-spectateurs, à « une autorisation de l’organisateur délivrée sur avis conforme de l’autorité administrative ». Laquelle, si le « comportement ou les agissements de la personne sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes, à la sécurité publique ou à la sûreté de l’État », peut émettre un avis défavorable.
Des banderoles sont installées au Trocadéro, à Paris, pour les Jeux olympiques 2024. © Photo Emmanuel Dunand / AFP
En l’espèce, il s’agit du Service national des enquêtes administratives de sécurité (Sneas), un service de police créé en 2017 pour traquer des « comportements […] incompatibles avec l’autorisation d’accès à des sites sensibles […] » pouvant être « liés à une radicalisation politique ou religieuse, à des troubles à l’ordre public, ou des antécédents judiciaires ». L’activité du Sneas a été racontée de l’intérieur, en janvier dernier, par Le Parisien.
Ces enquêtes, le Sneas les mène en recourant à un dispositif d’« automatisation de la consultation centralisée de renseignements et de données », ACCReD, créé en 2017. L’ACCReD permet aux agent·es du Sneas d’accéder à plus d’une douzaine de fichiers (« traitement automatisé de données à caractère personnel », en jargon administratif) différents, parmi lesquels figurent le traitement d’antécédents judiciaires (TAJ), le fichier de prévention des atteintes à la sécurité publique (Pasp), ou le fichier des personnes recherchées (où se trouvent les fichés S).
Et c’est très probablement parce qu’il figure au TAJ que Léon a écopé d’un avis défavorable du Sneas, rédhibitoire pour se faire accréditer aux JO.
En 2016, alors qu’il œuvre à Toulouse comme photographe pour un petit média local indépendant, il est arrêté par la police lors d’une manifestation contre la loi travail. Accusé d’avoir mis le feu à des poubelles, il fait quarante-huit heures de garde à vue, avant d’être relaxé en première instance puis en appel.
En 2018, lors d’une manifestation des « gilets jaunes », il est interpellé, puis relâché le jour même. « Vu que l’avis défavorable n’est pas motivé, par défaut, je ne vois que ces deux faits qui peuvent l’expliquer, note Léon. Je suis dégoûté et en colère. Je pensais en avoir terminé avec ces histoires de justice et que c’était du passé. J’ai 33 ans et une vie rangée maintenant, avec des projets. Mais non, l’État préfère continuer à me punir pour des faits pour lesquels j’ai été relaxé. »
Militants fichés
Mobilisée sur cette affaire, La Quadrature du Net a lancé lundi 15 juillet un appel à témoignages et obtenu en moins de vingt-quatre heures une petite dizaine de retours. « La plupart sont des personnes qui devaient travailler sur le site des JO, se sont vu refuser leur accréditation et soupçonnent que ce refus est lié à d’anciennes activités militantes », explique Noémie Levain, juriste au sein de cette structure qui « défend les libertés fondamentales dans l’environnement numérique ».
« Au regard à la fois des retours que nous avons et aussi tout simplement des déclarations publiques de Gérald Darmanin, on peut penser qu’il y a une consigne d’écarter des JO toutes les personnes évoluant dans les milieux d’extrême gauche, militants et activistes », note-t-elle.
Mercredi 17 juillet, lors d’un point presse à Paris, le ministre de l’intérieur (du gouvernement démissionnaire) a fait savoir que parmi les 3 922 personnes écartées des JO après enquête du Sneas, 131 sont fichées S, 18 pour radicalisation islamiste, 167 à l’ultragauche et 80 à l’ultradroite. Des chiffres précis qui masquent des critères très flous et un usage opaque des données.
Je connais un cas d’un gars qui bossait en reprographie. Interdit de travailler en sous-traitance pour l’état parce qu’il s’était rendu à la zad de notre dame des landes et donc fiché S.
Rien d’illégal lui était reproché. Seulement le fait d’être allé.
Le système de fiches S est complètement détourné.
Tout simplement révoltant. C’est un fichage politique qui a des conséquences directes sur les revenus d’une personne lambda.
Comment on peut encore parler de démocratie dans ce pays ?
r/quefaitlapolice
Être de gauche c’est en train de devenir illégal.
Mes amis, préparez vous à entrer dans la clandestinité. Nos idées feront de nous des martyrs.
C’est pareil pour toutes les manifestations accueillant beaucoup de public, même si elles n’ont absolument aucun enjeu politique.
La préfecture peut demander le listing des professionnels présents et refuser à certains l’accès, sans justificatif. L’organisation de la manifestation ne peut rien faire d’autre que s’excuser platement auprès du pro en question ‘
Si le protagoniste de cette histoire est celui auquel je pense, parler d’un “ex militant de gauche qui s’est rangé” alors que le personnage couvrait la derniére manifestation anti-bassinne avec une opinion ( et des actes, accesoiremment ) clairement affichée, c’est quand même un peu malhonnête… Et autant dire que si “Léon” s’est présenté ainsi auprés des administrations, le simple passage sur le twitter de l’interessé à du refroidir le SNEAS.
Accesoiremment, est à prendre en compte le fait que ce protagoniste, toujours si c’est bien lui, écrit des articles ( et poste des photos sur différents médias ) avec deux alias différents ( mais deux alias toujours actifs ). Pourquoi? Je ne sais pas, mais le SNEAS va vite s’imaginer les pires des scénarios ( Typiquement en imagineant que “Léon” cherche à brouiller les pistes ).
Est-ce que ça justifie de se faire sucrer ainsi le job? Probablement pas ( quoique…) . Mais on peut comprendre que il y’a beaucoup de red flag pour les différentes administrations. Avec l’ampleur de cet événément, va être privilégié le risque 0, quittte à ce qu’il y’ait de la casse. Encore une fois, ce n’est pas un modéle que je défends ( Notamment parcequ’il est trés révélateur de certains maux de notre société ), mais il se comprend.
Comme je ne sais pas si j’ai le droit de divulguer l’identité de l’interessé, et surtout comme je n’ai que de fort soupçons mais aucune certitudes, je m’abstients.
En quoi est-ce que travailler dans un stade pose problème pour une personne *fichée* ? À un moment, il faut arrêter de déconner. On est ni sur une personne qui a vocation à traiter des documents critiques pour la défense nationale, où à avoir accès à des trucs impactants la sécurité du public.
La perte de liberté individuelle qu’on accepte pour applaudir 3 médailles on est vraiment un peuple de débiles qui a abdiqué moralement.
Mouais il dit s’est s’être rangé mais il le prouve comment? Mieux vaut prendre aucun risque supplémentaire vu tous les risques qui existent déjà pour un tel évènement que toute la planète va suivre.
voilà pourquoi je déteste les JO. Achaque fois c’est pareil ça pose des bases a de nombreux abus.