[Russie] Ne flanchons pas au dernier moment

by RobertSurcouf

6 comments
  1. Je suis tombé sur cet article fascinant sur l’état de la Russie fin juillet 2024, et qui donne un autre son de cloche sur sa situation globale, économique et sociétale après plus de deux ans d’« opération militaire spéciale ».
    Je vais citer quelques passages intéressants, mais l’article en entier vaut sincèrement le coup d’être lu.

    Ps : Pour le flair j’hésitais entre politique, société ou actu… Peut-être qu’un flair géo-politique pourrait être pertinent ?

    **Comment la Russie semble résister, en apparence, aux sanctions occidentales.**
    > En réalité, la Russie est pressée parce qu’elle se heurte à de multiples difficultés qui ont un effet cumulatif. En 2022, les Occidentaux (y compris l’autrice de ces lignes) se sont montrés exagérément optimistes, escomptant que les sanctions allaient rapidement mettre la Russie poutinienne à genoux. Il n’en fut rien. Rétrospectivement, il est possible de comprendre les trois facteurs qui ont permis à l’économie russe de se maintenir à flot. Le premier tient à la longue préparation du régime aux mesures de rétorsion de l’Occident. Le second tient à la nature même de l’État poutinien, mal prise en compte par les Occidentaux qui ont voulu le sanctionner comme s’il fonctionnait à la manière des États ordinaires. Or l’État poutinien est un agrégat de clans mafieux, habitués à agir dans l’illégalité depuis plus de 20 ans. Les oligarques russes s’y entendaient en matière de circuits de contournement, de financements offshore, « d’importations parallèles » et d’exportations sous le manteau bien avant que les sanctions ne surviennent. Troisième facteur, la débrouillardise des citoyens russes héritée de l’époque soviétique : ceux-ci ont appris depuis des décennies à se procurer les biens déficitaires par d’innombrables moyens détournés. Les sanctions ont fait renaître ces traits mal oubliés de l’homo sovieticus, tout comme sa capacité infinie à se mettre à l’abri des empiétements d’un État de plus en plus intrusif. Mais, sur le long terme, ces facteurs ne sont pas suffisants pour empêcher la régression accélérée de l’économie russe. En outre, les Occidentaux ont aussi beaucoup appris et les sanctions sont de mieux en mieux ciblées.

    **Les conséquences de la précarité de l’économie russe :**
    > Selon Konstantin Samoïlov, un entrepreneur russe réfugié en Ouzbékistan, le manque de main d’œuvre devient dramatique. 1 million de postes d’informaticiens ne sont pas pourvus, 1,6 million de postes sont vacants dans le complexe militaro-industriel, bien que celui-ci ait recruté 520 000 employés ces deux dernières années. Il manque 152 000 policiers, 92 000 médecins et personnels médicaux. L’Académie des Sciences estime que l’économie a besoin de 4,8 millions de travailleurs. Or le processus de dépopulation de la Russie s’accélère : en janvier-février 2024, elle a perdu 226 000 habitants, 40 000 de plus qu’en 2023.

    **Politique d’immigration massive pour combler la baisse de la natalité, les morts en Ukraine et la fuite des cerveaux.**
    >Tout cela incite le gouvernement russe à pratiquer une politique d’immigration massive. 700 000 passeports russes sont attribués chaque année (170 000 à des Tadjiks en 2023). 2 millions d’Ouzbeks sont venus travailler en Russie en 2023.
    > 1 200 000 migrants sont arrivés à Moscou au cours des 4 premiers mois de cette année et 800 000 dans la région de Moscou, 4 millions pour toute la Russie

    **Ce qui engendre des tensions dans la société russe :**
    > Les Russes s’indignent que ce soient les plus pauvres, les plus démunis, les moins qualifiés des citoyens d’Asie centrale qui se retrouvent en Russie : ceux dont on ne veut pas chez eux. Les plus qualifiés partent à Doubaï, alors que les médecins originaires d’Asie centrale employés dans les cliniques russes ne parlent pas russe et se servent de Google pour faire leur diagnostic. Un comble, on apprend que les réfugiés palestiniens reçoivent 36 000 roubles par mois, le double d’une retraite moyenne en Russie.
    > Alexandre Bastrykine s’exclame : « Pendant que nos hommes se battent sur le front, les migrants sèment le chaos à l’arrière. » L’immigration de masse est une menace pour la sécurité nationale, affirment-ils. Les radicaux chassés par les autorités des républiques d’Asie centrale trouvent un refuge en Russie. Les crimes graves commis par les migrants ont augmenté de 32 % en 2023. Des banques islamiques ont été ouvertes au Tatarstan. Les enclaves peuplées de migrants originaires d’Asie centrale se multiplient au cœur de la Russie. Des centaines de mosquées clandestines existent à Moscou et dans la région de Moscou.

    **La théorie du grand remplacement, de Renaud Camus, se popularise là-bas également.** (Le soft-power français, ahem…)
    >Un nombre croissant de Russes en veut au président Poutine, car celui-ci semble favoriser le « grand remplacement » (le terme est maintenant employé en Russie) en envoyant les Russes se faire tuer dans ses grandes offensives le long du front ukrainien, tandis qu’il déclare récemment : « Nous ne sommes pas contre l’augmentation de la population musulmane, au contraire, nous nous en réjouissons. Nos républiques musulmanes ont un très bon taux de natalité, et nous nous en réjouissons. » Les posts de Dmitri Diomouchkine déjà cités montrent à quel point une réflexion sur les causes de l’immigration peut entraîner des conséquences dévastatrices pour le régime.

    **La Russie peine à recruter de nouveaux soldats, et cela pourrait déboucher sur une nouvelle mobilisation pour avoir assez d’hommes au front.**
    >Les régions, les unes après les autres, augmentent le montant pour la conclusion d’un contrat, ce qui indique que les candidats ne se pressent pas aux portes des bureaux de recrutement. Dans certaines régions, on a même lancé le programme « Parrainez un ami et obtenez une récompense ». Les volontaires se font rares et le gouvernement va devoir revenir à une mobilisation, avec toutes les implications que cela aura sur le marché du travail et dans l’économie.

  2. Poutine doit aussi serrer les fesses très fort et brûler des cierges espérant l’arrivée de Trump. Ça a dû faire des remous au kremlin quand Biden s’est retiré de la course.

  3. Je crains que cet article ne soit un peu trop triomphaliste, mais je préfère y croire parce que ça fait chaud au coeur. Russia delenda est.

  4. Ca se voit que l’article a été écrit en Juillet, la dynamique a quand même pas mal changé depuis

  5. Concernant les sanctions, l’EU avait bien communiqué sur le fait que même si certaines mesures auraient un effet immédiat sur la Russie comme l’abandon des protocoles Visa et Mastercard, le reste auraient un effet sur le long terme.
    Certains spécialistes avaient même prophétisé que ces mesures auraient un effet dévastateur à long terme sur tout l’économie du pays.

    Et effectivement on le voit à l’heure actuelle, même si le trésor russe a encore suffisamment de réserves financières pour soutenir plusieurs années de guerre, le peuple russe dans son ensemble commence à accuser le coût financier des deux années de guerre et des différentes conséquences sur le marché international.
    Même si les accords d’échange avec des pays comme la Chine et l’Inde permettent un approvisionnement en matériel militaire ou en denrées du quotidien, tout est devenu cher ou rare.

    L’effort de guerre a aussi mis à genoux les infrastructures et fait ressortir le fait que le pays ne pourra pas continuer encore longtemps à ce régime là. Pour exemple, juste avant l’attaque sur l’oblast de Kursk, les sociétés de train russes alertaient sur le manque crucial de pièces de rechange. Dans un effort de guerre où la logistique est cruciale, ce manque montre bien les difficultés sur le long terme : https://www.newsweek.com/russian-railway-collapse-sanctions-ukraine-war-1935049#:~:text=Russian%20Railways%20in%202023%20reported,%2C%22%20Kommersant%20reported%20in%20March.

    Enfin et surtout il ne faut pas négliger l’énorme problème démographique de la Russie. Depuis la 2e guerre mondiale le pays ne s’est jamais vraiment remis démographiquement parlant, il y a toujours eu une différence significative entre hommes et femmes. La crise du régime soviétique dans les années 90 a sabré la natalité, ce qui veut dire que le pays manquait déjà cruellement d’hommes et de femmes dans les 25-30ans avant la guerre.
    Ce sont en plus ces personnes qui ont fui le pays en majorité dès que les opérations militaires ont été lancées.

    La guerre de Poutine aura donc un coût pour la société russe qui sera énorme. L’économie mettra des décennies à se remettre avec une démographie très impactée elle aussi. Le nombre de morts au front est vertigineux même avec les estimations les plus basses https://en.m.wikipedia.org/wiki/Casualties_of_the_Russo-Ukrainian_War

    On pourra aussi beaucoup discuter sur la pertinence tactique de l’attaque de l’Ukraine sur le sol Russe dans l’oblast de Kursk. L’effet psychologique par contre est ravageur! À l’international il fait remonter l’Ukraine dans les unes, montre qu’elle sait se battre et conquérir. En Russie surtout l’effet est gigantesque. La société est ébranlée dans sa vision de la Russie inviolable, met clairement Poutine en face de nombreux mensonges et surtout avec les conscrits capturés touche le cœur se chaque famille.

  6. > À quoi bon s’inquiéter du gouvernement de Kyïv si la possibilité d’installer un gouvernement pro-russe en France et en Allemagne et de dynamiter l’UE de l’intérieur semble désormais à portée de main ? […] le Kremlin est désormais certain de pouvoir vassaliser l’Europe grâce à la décomposition politique des démocraties libérales, à laquelle il travaille depuis des décennies en poussant en avant les extrêmes de gauche et de droite.

    C’est vrai que l’on a du mal à voir une issue favorable en France. Le RN est acquis à Poutine par idéologie et liens financiers, LFI l’est par anti-américanisme, et Macron ne trouve rien de plus intelligent que de dissoudre et ainsi donner +44 députés au RN. Même si l’Ukraine finissait par expulser l’envahisseur de son territoire (ce qui est presque utopique), l’UE serait toujours dans la merde vis à vis de l’infiltration russe.

    Et moi je cherche toujours où j’ai foutu ma boîte de Prozac.

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