La start-up Zoï, le butin de santé d’Ismaël Emelien, ex-conseiller de Macron

3 comments
  1. > **La start-up Zoï, le butin de santé d’Ismaël Emelien, ex-conseiller de Macron**
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    > Guillaume Gendron
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    > Le communicant a levé fin janvier 20 millions d’euros pour lancer son entreprise de «médecine préventive». Le casting des investisseurs, entre premier cercle macroniste et milliardaires proches du pouvoir, interroge. Tout comme le sérieux scientifique du projet.
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    > Le 25 janvier, Ismaël Emelien, [l’éminence grise](https://www.liberation.fr/france/2016/09/26/ismael-emelien-de-petite-main-a-bras-droit_1511371/) d’Emmanuel Macron jusqu’à [son exil forcé par l’affaire Benalla](https://www.liberation.fr/france/2019/02/12/ismael-emelien-une-demission-liee-a-l-affaire-benalla_1709010/) , savoure son retour en lumière. Peut-être pense-t-il un instant à ce vieux rêve de start-up dans l’éducation en ligne qu’il avait songé lancer, en 2014, avec son ami Emmanuel lorsque ce dernier était dans le creux de la vague, en disgrâce passagère à l’Elysée et pas encore ministre de l’Economie, encore moins président ?
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    > Grand sourire, légère barbe, pull à capuche, le revoilà huit ans plus tard en disrupteur à la californienne, posant pour la photo à l’occasion d’un «tour d’amorçage record» à 20 millions d’euros, signant la mise à flot de sa start-up d’e-santé. Baptisée Zoï («vie», en grec), l’entreprise, à la croisée de la clinique privée et de l’application mobile, est censée «révolutionner la médecine préventive», dixit [le tweet enthousiaste](https://twitter.com/cedric_o/status/1485888731135545346) de Cédric O, secrétaire d’Etat au numérique et intime du conseiller en reconversion. L’euphorie est de courte durée. Le lendemain de l’annonce sort en librairie [le best-seller les Fossoyeurs](https://www.liberation.fr/societe/sante/les-fossoyeurs-ce-que-lon-sait-de-l-enquete-sur-les-maltraitances-dans-les-ehpad-du-groupe-orpea-20220125_DYO6KCTXWND33ASD3IQCU5LLJY/) , coup d’envoi du scandale Orpea. Son fondateur, [Jean-Claude Marian](https://www.liberation.fr/economie/jean-claude-marian-fondateur-dorpea-le-business-de-lage-jusquau-milliard-20220201_ABYKUJPUYRDSTE7SUWAXWK4V5M/), n’est autre que le deuxième plus gros investisseur dans la société d’Emelien. On imagine le malaise : comment vendre un produit futuriste pour combattre le vieillissement avec pour garant le pape déchu de «l’or gris», affiché au grand jour en Thénardier richissime des maisons de retraite ?
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    > Pour ne pas couler dans la tempête, le trentenaire et ses associés ont choisi une stratégie basique, mais fort efficace?: se faire tout petit. Pas un mot. Et surtout pas à Libé, réservant leurs commentaires, selon leur attachée de presse, à «la presse tech?et éco», présumée bienveillante. C’est ainsi que la naissance de Zoï est passée quasi inaperçue, malgré ses très puissants et médiatiques parrains, de Stéphane Bancel, le PDG visionnaire de Moderna [que la pandémie a fait milliardaire](https://www.liberation.fr/societe/sante/neuf-nouveaux-milliardaires-propulses-dans-le-classement-forbes-grace-aux-vaccins-20210520_QGLAIAKYVRB2BDEWPOUEPDX2ZM/) , au magnat boulimique Xavier Niel.
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    > **Tignasse hippie et perfecto**
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    > Au-delà de la présence encombrante de Marian parmi les prestigieux business angels au berceau du bébé d’Emelien, le coup d’éclat entrepreneurial de celui qui chuchotait à l’oreille du Président soulève d’autres questions qui fâchent. A commencer par le casting des investisseurs, où l’on retrouve plusieurs membres de la garde rapprochée de Macron aux côtés de la nomenklatura patronale française, jusqu’à la philosophie même du projet. Certains pontes de la gériatrie y voient les prémices d’une médecine transhumaniste à deux vitesses. D’autres évoquent un coup de bluff magistral, dans la lignée de ces licornes fumeuses, dégonflées façon ballons de baudruche à l’épreuve du réel.
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    > De ce qu’on a compris de sa présentation elliptique sur son site dédié (en anglais uniquement) et des entretiens des fondateurs à la presse spécialisée, Zoï entend fournir à ses abonnés un «mode d’emploi pour son corps»… à 2 000 euros l’abonnement annuel tout de même. L’appli enverra à chaque «membre» des conseils personnalisés sur le principe du [nudge](https://www.liberation.fr/idees-et-debats/le-nudge-nouvelle-tendance-de-la-macronie-20210720_HI4E5AEDXVAKNKCDTKF2W5V6FE/) – «l’incitation douce», concept marketing en vogue en macronie. Pour se démarquer des montres connectées, la start-up évoque une «sauce secrète» (expression type du milieu) où seront passées à la moulinette algorithmique les données biologiques (sang, urine, microbiote, etc.) de chaque utilisateur prélevées dans un réseau de «centres de bien-être» (ouverture du premier lieu d’ici la fin de l’année à Paris) et les datas récoltées au jour le jour. Le tout croisé avec les résultats des dernières études cliniques…
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    > Le concept aurait germé dans la tête d’Emelien fin 2020, au contact d’un certain Paul Dupuy, cofondateur de Zoï. Ce serial entrepreneur français de 33 ans, au physique juvénile rappelant le faux prophète [Adam Neumann](https://www.liberation.fr/planete/2019/11/06/adam-neumann-un-crack-tout-krache_1762017/) de [WeWork](https://www.liberation.fr/planete/2019/11/06/wework-start-up-and-down_1762018/) dans sa période christique (tignasse hippie, perfecto), a monté une kyrielle de sociétés depuis ses 18 ans – de l’appli de partage de prières (GetPray) à celle pour trouver un camarade de déj’ dans [les boîtes du CAC40](https://www.liberation.fr/economie/superprofits-ca-repart-comme-en-cac-40-20220209_XLZ6LB7FGNFLTG47PDVBIDXS64/?redirected=1) (NeverEatAlone), la plupart disparaissant des radars après quelques années d’existence. L’homme est aussi plasticien et propriétaire d’un bar à sushis de luxe à Paris. Un parcours de dilettante ultraconnecté, entre San Francisco, New York, Tokyo et Paris. C’est là, dans la capitale qui l’a vu naître, qu’il se met à suivre «le protocole du docteur Dalle», un généraliste figure de proue de la «médecine anti-âge» en France, spécialisé dans les injections sous-cutanées, les cocktails d’hormones et l’hypnose. «Une épiphanie», raconte Dupuy dans [les Echos](https://www.lesechos.fr/start-up/deals/zoi-la-nouvelle-pepite-de-sante-qui-agite-les-investisseurs-1381605) , qui a bombardé Claude Dalle «conseiller scientifique en chef» de la start-up.

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