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# Nucléaire : les 3 questions qui restent en suspens après les annonces de Macron
Publié le 11 févr. 2022 à 07:15
Mis à jour le 11 févr. 2022 à 09:25
« On a vécu l’hiver du nucléaire et maintenant les premiers printemps reviennent », s’est félicité Jean-Bernard Lévy, le PDG d’EDF à Belfort ce jeudi. Avant de voir l’industrie nucléaire française renaître de ses cendres, Emmanuel Macron devra toutefois franchir de nombreux obstacles. Il y a d’abord, bien sûr, l’élection présidentielle que le chef de l’Etat a pris soin d’enjamber dans son discours. Mais si Emmanuel Macron décroche un second mandat, les questions sur la relance de l’atome bleu-blanc-rouge demeurent nombreuses. Voici les trois principales interrogations qui demeurent.
## 1. L’industrie nucléaire et EDF peuvent-ils répondre à la commande ?
Pour les industriels du nucléaire et en particulier pour EDF – qui peine toujours à démarrer l’EPR de Flamanville -, un tel plan de charge n’a pas de précédent historique depuis plus de trente ans.
La construction de six réacteurs EPR2, puis huit réacteurs d’ici à 2050 comme l’a évoqué Emmanuel Macron , représente l’hypothèse la plus ambitieuse étudiée par le gestionnaire de réseau RTE dans son rapport qui décline les chemins possibles pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Autrement dit, c’est le plan de charge maximale que pourrait en théorie supporter l’industrie.
Pour tenir les plannings, le niveau de qualité exigé par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et les budgets, le défi s’avère énorme. Surtout dans une industrie qui n’a pas mis en service de nouveau réacteur en France depuis 1999 . Comme l’illustrent encore régulièrement les déboires de Flamanville, la perte de compétence dans le nucléaire est majeure.
Censés être davantage standardisés et disposer de plus de pièces préfabriqués en usines, les EPR de deuxième génération (EPR2) doivent toutefois être plus simples à construire. Par ailleurs, les commandes passées par l’Etat en nombre doivent permettre de bénéficier d’économies d’échelle et d’effets d’apprentissage pour une filière qui s’est déjà attelée ces dernières années à remonter le niveau de qualité des sous-traitants et des donneurs d’ordre.
## 2. Les vieux réacteurs sont-ils capables de durer au-delà de cinquante ans ?
Annoncée par Emmanuel Macron à Belfort, « le prolongement de la durée de vie de chaque réacteur qui peut l’être » – et la mise à l’étude par EDF des « conditions de prolongation de ses réacteurs au-delà de cinquante ans de fonctionnement » – prend le contre-pied de la fermeture de la centrale de Fessenheim confirmée par Emmanuel Macron en début de quinquennat.
A ce stade, rien ne garantit cependant qu’EDF sera en mesure de prolonger la durée de vie de ses réacteurs bien au-delà du demi-siècle. « Un certain nombre de candidats à la présidentielle proposent que le parc soit prolongé jusqu’à soixante ans, voire plus. Mais, aujourd’hui, EDF n’a fait aucune étude sur un tel prolongement », , affirmait récemment le président de l’Autorité de sûreté, Bernard Doroszczuk.
Le sujet pourrait impliquer des travaux sans précédent : au-delà de quarante ans de fonctionnement, l’ASN doit redonner son feu vert à l’exploitation d’un réacteur tous les dix ans. Ceci n’étant possible que si le réacteur en question atteint les meilleurs standards de sûreté disponibles, et non pas seulement ceux prévus à sa conception.
Pour corser le problème, EDF mène actuellement une grande revue de ses réacteurs existants, à la suite de la découverte d’un problème de corrosion sur une partie sensible . Conséquence : le niveau de production atomique va tomber cette année à son plus bas niveau depuis 1991.
## 3. Comment financer ces nouveaux réacteurs ?
A ce stade, le coût de six premiers EPR2 à construire est évalué à environ 50 milliards d’euros. Mis en difficulté par une dette qui dépasse les 40 milliards d’euros, EDF se tournera logiquement vers son principal actionnaire, l’Etat, pour prendre à sa charge le financement de ces projets hors normes. Ce dernier prendra toute sa part, a assuré le chef de l’Etat.
L’exercice devrait être en partie facilité par l’intégration de l’atome parmi les énergies « vertes » éligibles à la taxonomie en Europe . Cette réglementation, qui vise à flécher les investissements vers les énergies propres, devrait limiter les surcoûts de financement.
Beaucoup de sujets restent toutefois sur la table. Entre autres : le partage des risques, des surcoûts probables et surtout le modèle de rémunération des réacteurs qui devra faire l’objet d’un accord avec la Commission européenne et assurer un coût de l’électricité abordable pour les Français. C’est la promesse d’Emmanuel Macron.
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Mis à jour le 11 févr. 2022 à 09:25
« On a vécu l’hiver du nucléaire et maintenant les premiers printemps reviennent », s’est félicité Jean-Bernard Lévy, le PDG d’EDF à Belfort ce jeudi. Avant de voir l’industrie nucléaire française renaître de ses cendres, Emmanuel Macron devra toutefois franchir de nombreux obstacles. Il y a d’abord, bien sûr, l’élection présidentielle que le chef de l’Etat a pris soin d’enjamber dans son discours. Mais si Emmanuel Macron décroche un second mandat, les questions sur la relance de l’atome bleu-blanc-rouge demeurent nombreuses. Voici les trois principales interrogations qui demeurent.
## 1. L’industrie nucléaire et EDF peuvent-ils répondre à la commande ?
Pour les industriels du nucléaire et en particulier pour EDF – qui peine toujours à démarrer l’EPR de Flamanville -, un tel plan de charge n’a pas de précédent historique depuis plus de trente ans.
La construction de six réacteurs EPR2, puis huit réacteurs d’ici à 2050 comme l’a évoqué Emmanuel Macron , représente l’hypothèse la plus ambitieuse étudiée par le gestionnaire de réseau RTE dans son rapport qui décline les chemins possibles pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Autrement dit, c’est le plan de charge maximale que pourrait en théorie supporter l’industrie.
Pour tenir les plannings, le niveau de qualité exigé par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et les budgets, le défi s’avère énorme. Surtout dans une industrie qui n’a pas mis en service de nouveau réacteur en France depuis 1999 . Comme l’illustrent encore régulièrement les déboires de Flamanville, la perte de compétence dans le nucléaire est majeure.
Censés être davantage standardisés et disposer de plus de pièces préfabriqués en usines, les EPR de deuxième génération (EPR2) doivent toutefois être plus simples à construire. Par ailleurs, les commandes passées par l’Etat en nombre doivent permettre de bénéficier d’économies d’échelle et d’effets d’apprentissage pour une filière qui s’est déjà attelée ces dernières années à remonter le niveau de qualité des sous-traitants et des donneurs d’ordre.
## 2. Les vieux réacteurs sont-ils capables de durer au-delà de cinquante ans ?
Annoncée par Emmanuel Macron à Belfort, « le prolongement de la durée de vie de chaque réacteur qui peut l’être » – et la mise à l’étude par EDF des « conditions de prolongation de ses réacteurs au-delà de cinquante ans de fonctionnement » – prend le contre-pied de la fermeture de la centrale de Fessenheim confirmée par Emmanuel Macron en début de quinquennat.
A ce stade, rien ne garantit cependant qu’EDF sera en mesure de prolonger la durée de vie de ses réacteurs bien au-delà du demi-siècle. « Un certain nombre de candidats à la présidentielle proposent que le parc soit prolongé jusqu’à soixante ans, voire plus. Mais, aujourd’hui, EDF n’a fait aucune étude sur un tel prolongement », , affirmait récemment le président de l’Autorité de sûreté, Bernard Doroszczuk.
Le sujet pourrait impliquer des travaux sans précédent : au-delà de quarante ans de fonctionnement, l’ASN doit redonner son feu vert à l’exploitation d’un réacteur tous les dix ans. Ceci n’étant possible que si le réacteur en question atteint les meilleurs standards de sûreté disponibles, et non pas seulement ceux prévus à sa conception.
Pour corser le problème, EDF mène actuellement une grande revue de ses réacteurs existants, à la suite de la découverte d’un problème de corrosion sur une partie sensible . Conséquence : le niveau de production atomique va tomber cette année à son plus bas niveau depuis 1991.
## 3. Comment financer ces nouveaux réacteurs ?
A ce stade, le coût de six premiers EPR2 à construire est évalué à environ 50 milliards d’euros. Mis en difficulté par une dette qui dépasse les 40 milliards d’euros, EDF se tournera logiquement vers son principal actionnaire, l’Etat, pour prendre à sa charge le financement de ces projets hors normes. Ce dernier prendra toute sa part, a assuré le chef de l’Etat.
L’exercice devrait être en partie facilité par l’intégration de l’atome parmi les énergies « vertes » éligibles à la taxonomie en Europe . Cette réglementation, qui vise à flécher les investissements vers les énergies propres, devrait limiter les surcoûts de financement.
Beaucoup de sujets restent toutefois sur la table. Entre autres : le partage des risques, des surcoûts probables et surtout le modèle de rémunération des réacteurs qui devra faire l’objet d’un accord avec la Commission européenne et assurer un coût de l’électricité abordable pour les Français. C’est la promesse d’Emmanuel Macron.