Une enquête alerte sur la santé mentale des étudiants et internes en médecine

5 comments
  1. Estomaqué par le premier paragraphe, que je vous met en gras (mais aussi par la suite, notamment qui trouve rien de mieux que de prendre des sanctions… en touchant au budgets des structures, comme si c’était déjà pas l’enfer de ce côté là).

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    **La santé mentale des étudiants et des internes en médecine s’est dégradée depuis quatre ans : en période de stage, deux tiers d’entre eux ont fait un burn-out, un quart ont subi un épisode dépressif caractérisé, un cinquième ont eu des idées suicidaires, un quart ont subi du harcèlement sexuel, et autant une humiliation.**

    Ces résultats inquiétants sont tirés d’une enquête rendue publique par deux intersyndicales d’internes (l’ISNI et l’Isnar-IMG) et par l’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf) mercredi 27 octobre, lors d’un colloque à l’Assemblée nationale, à l’invitation des députés La République en marche (LRM) Thomas Mesnier (Charente) et Stéphanie Rist (Loiret) – tous deux médecins – et Anne Brugnera (Rhône).

    Il y a quatre ans, ces mêmes organisations avaient publié la toute première étude sur la santé mentale des jeunes médecins, qui n’incluait pas encore le burn-out et l’exposition aux violences sexuelles et sexistes. Concernant les symptômes anxieux (75 %) et dépressifs (39 %) en 2021, les indicateurs sont en hausse d’une dizaine de points par rapport à 2017, selon cette enquête menée entre mai et juin 2021 auprès de 11 800 étudiants, dont une majorité d’externes et d’internes. « Vous cassez un tabou qui frappe dans la chair les étudiants et leur famille et en cela, vos associations font oeuvre de service public », salue Thomas Mesnier, médecin urgentiste de profession.

    **Un logiciel d’évaluation**

    A 76 %, les violences sexuelles, le harcèlement et les agressions ont lieu à l’hôpital et sont le fait de médecins (60 %), internes (13 %), soignants non médecins (12 %) et étudiants en médecine (10 %). Les conditions d’études et de travail sont citées dans 65 % des cas comme à l’origine du mal-être. « Je suis venu pour apprendre à soigner, et parfois j’ai la sensation d’avoir appris autant à encaisser la douleur des remarques et des échecs qu’à soigner mes patients », écrit une externe dans un commentaire en fin de questionnaire. « La surcharge de travail au bout de vingt-quatre, voire trente heures sans dormir, peut pousser les internes à bout jusqu’à commettre l’irréparable », déplore Gaëtan Casanova, président de l’ISNI.

    Le 2 mai 2019, à Lyon, la fille de Laurence Marbach, interne, s’est suicidée en ingérant une surdose de bêtabloquants à la suite d’un épuisement professionnel. Avec son époux, Mme Marbach a créé la Ligue pour la santé des étudiants et internes en médecine (Lipseim) afin de mettre fin à « un système qui accepte le sacrifice de jeunes médecins en formation ». « Ces nouveaux chiffres me donnent la nausée, s’emporte-t-elle. En tant que DRH de profession, je suis sidérée de constater que les règles de droit du travail sont systématiquement détournées dans le monde de la santé. Il y a des lois, elles doivent s’appliquer, un point c’est tout. »

    Pour permettre aux étudiants de choisir un stage « en connaissance de cause », Ramy Azzouz a mis au point un logiciel d’évaluation de stage, dénommé « Gélules », auquel recourent la faculté de médecine de Lille et l’Agence régionale de santé (ARS) des Hauts-de-France. « Il comporte un système d’alerte anonyme pour contacter un représentant étudiant en cas de problème, mais aussi une veille pour suivre la qualité des formations et cartographier les risques psychosociaux », détaille-t-il. Grâce à ces données, des agréments de stage peuvent être retirés et des postes d’internes redéployés dans les lieux véritablement formateurs.

    En Nouvelle-Aquitaine, l’ARS fera bientôt signer aux responsables de stage « un engagement » en vertu duquel chacun devra démontrer « comment il fait pour que le tableau d’astreinte présente le nombre réel d’heures travaillées », précise Benoît Elboode, son directeur. Une application devrait également se déployer, qui enverra des notifications à l’ARS, au responsable de stage et à la faculté, dès que le temps de service sera dépassé. « Une fois que les abus seront rendus publics, beaucoup de choses se régleront d’elles-mêmes », escompte Benoît Elboode.

    **Véran promet des « sanctions »**

    Au premier semestre, quatre suspensions d’agréments de stages hospitaliers et deux suspensions d’agréments de stages libéraux ont été prononcées, selon un bilan communiqué en juillet par les ministres de l’enseignement supérieur et de la santé, qui avaient sommé la communauté hospitalo-universitaire d’agir.

    Selon les organisations étudiantes, les internes travaillent en moyenne 58,4 heures par semaine, soit dix heures de plus que le maximum légal de 48 heures fixé par l’Union européenne et par un décret de 2015 concernant les internes, resté lettre morte. Après un recours déposé par l’ISNI en novembre 2020, le Conseil d’Etat a mis en demeure, en avril, le ministre de la santé et le premier ministre de produire des explications. La procédure reste en cours, mais Olivier Véran a promis de publier « d’ici quinze jours » les résultats d’une enquête sur le temps de travail des internes. « Il y aura des sanctions financières », a assuré le ministre de la santé en conclusion du colloque.

    Selon Léo Sillion, membre de l’ISNI, « si les internes respectaient les quarante-huit heures de travail hebdomadaires, cela voudrait dire qu’à partir du jeudi midi il n’y aurait plus personne à l’hôpital », tant ils occupent les services, de jour comme de nuit. Respecter la loi impliquerait donc de payer des heures supplémentaires aux internes et, par un effet domino, à tous les praticiens hospitaliers dont la surcharge de travail est criante, faute de personnel en nombre suffisant.

    *Soazig Le Nevé*

  2. C’est triste mais c’est pas nouveau, on est pas l’un des pays les plus gobeurs d’antidépresseurs pour rien…

  3. Et encore je crois que ça c’est un peu amélioré ces dernières années.

    Je me rappelle d’un stage d’interne à l’hôpital Saint-Louis en 1989
    Journée de 8h30 à 20h30 6j par semaine soit 72h par semaine.
    Garde de porte de 18h à 9h du matin sans dormir et sans repos compensateur tous les dix jours.
    Le stage d’après hôpital Laënnec correct au début, 50 h par semaine plus gardes quand même. Puis au bout de 3 mois une collègue enceinte, un autre malade.
    10h par jour 7j/7.
    J’ai craqué.

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