Imputation mensongère d’antisémitisme (Le Monde diplomatique, octobre 2024)

by aqwa_

5 comments
  1. Critiquer les positions de La France insoumise, ses choix stratégiques, ses maladresses ou ses emportements a sa place dans le débat démocratique. Propager l’imputation infamante et mensongère que ce parti et son fondateur seraient « antisémites » relève en revanche d’une volonté de destruction. Ses effets politiques se font déjà sentir.

    Le 7 juillet dernier, le Nouveau Front populaire, composé de quatre partis, a remporté 193 sièges de député sur 577, devançant la coalition présidentielle (166 sièges) et le Rassemblement national avec son allié de droite (142). Deux mois plus tard, le président de la République désignait un premier ministre, M. Michel Barnier, issu d’une formation néolibérale et conservatrice, Les Républicains (LR), qui venait de recueillir 6,57 % des voix au premier tour et d’élire 47 députés au soir du second. Il gouverne avec l’assentiment de l’extrême droite, contre qui les grandes formations (sauf LR) s’étaient coalisées le 7 juillet, et avec le soutien parlementaire du parti présidentiel, perdant incontesté de l’élection. Cette dissonance entre le vote des Français et sa représentation politique est devenue habituelle : M. Barnier devra en effet, comme ses prédécesseurs, suivre la feuille de route européenne rejetée en 2005 par 54,7 % des électeurs.

    Le coup de force de M. Emmanuel Macron a été rendu possible par la mise en scène politique et médiatique d’un mensonge : M. Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise (LFI) seraient antisémites. L’accusation — le type même de la fausse information que les autorités françaises combattent lorsqu’elle provient de Moscou ou de la Trump Tower — a permis de réaliser trois objectifs à la fois : ostraciser le premier groupe parlementaire de gauche, réhabiliter l’extrême droite (qui aurait cessé, elle, d’être antisémite), justifier ainsi la mise à l’écart de la coalition qui comptait le plus grand nombre d’élus à l’issue d’élections législatives marquées par un fort taux de participation.

    La violence de la charge contre LFI, combinée à l’absence d’éléments irrécusables permettant de la justifier, donne le vertige. *« Que croit la bande de Mélenchon ?,* s’exclame Philippe Val sur Europe 1 (2 septembre 2024), *qu’on va regarder s’installer dans les ministères des antisémites et des copains d’antisémites comme les vaches regardent passer des trains !? »* Pour déjouer ce péril, l’ancien directeur de *Charlie Hebdo* et de France Inter enjoint à *« tout Français qui se respecte »* de les *« chasser des ministères de la République ».* Puis il menace : *« On peut leur promettre qu’ils vont vivre l’enfer parce qu’on ne les lâchera pas jusqu’à temps qu’ils partent ! »*

    Dans *Le Figaro* (5 juillet 2024), une brochette d’intellectuels parmi lesquels Pascal Perrineau, professeur à Sciences Po, dont il a dirigé pendant plus de vingt ans le Centre de recherches politiques (Cevipof), docteur d’État, agrégé, appelle *« à faire barrage au Nouveau Front populaire, coalition dont nous jugeons qu’elle constitue aujourd’hui la première menace pour les Français juifs et, plus largement, pour la France ».* Les signataires ciblent plus particulièrement *« La France insoumise, ce parti qui a fait de la haine antijuive une stratégie électorale ».*

    Le même quotidien conservateur publie le 20 juin 2024 les réflexions d’Alain Finkielkraut, de l’Académie française, qui qualifie M. Mélenchon de *« chef de file de la judéophobie contemporaine ». « Aymeric Caron, David Guiraud, Danièle Obono, Sébastien Delogu, Mathilde Panot, Rachel Keke, Thomas Portes, Louis Boyard, ces candidats investis par le Nouveau Front populaire brandissent les spectres de Pétain, de Maurras, voire d’Adolf Hitler »,* ajoute avec un sens admirable de la mesure celui qui est également producteur d’une émission sur France Culture. Et devinez quelle est la première question qui traverse l’esprit d’Apolline de Malherbe lorsqu’elle reçoit la députée de gauche Clémentine Autain sur BFM-RMC le 14 novembre 2023 : *« Est-ce que Jean-Luc Mélenchon est antisémite ? »* La formulation du journaliste Benjamin Sportouch est à peine différente sur Arte (« 28 minutes », 24 juin 2024) : *« Raphaël Enthoven, une question toute simple : est-ce que LFI est un parti antisémite ? » « LFI est le premier parti antisémite de France »,* répond alors sans hésiter l’éditorialiste de *Franc-Tireur.*

  2. Merci pour ce partage. Donc à un moment ils parlent du gouvernement israélien comme étant un gouvernement d’extrême droite ? Ou bien ?

    “Le 37e gouvernement de l’État d’Israël, ou sixième gouvernement Netanyahou, est un gouvernement israélien (he) formé à l’issue des élections législatives du 1er novembre 2022. Il s’agit d’une coalition composée initialement de six partis de droite et d’extrême droite1 : Likoud, Judaïsme unifié de la Torah, Shas, le Parti sioniste religieux, Force juive et Noam. ”

    https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Gouvernement_Netanyahou_VI

  3. > À ce jour, aucun des procureurs de M. Mélenchon n’a jamais étayé son réquisitoire de déclarations, de faits ou d’actes antisémites dont se serait rendu coupable le fondateur de LFI.

    Mauvaise foi ou mauvais journalisme ?

    Les “liens communautaires” de Salamé, les “scénarios culturels du judaïsme” de Zemmour, la “laisse des adhésions” de Guedj, le mythe du peuple déicide, le lobby juif à la manœuvre derrière tout ce qui est capitaliste, derrière la déroute de Corbyn, etc. Tout a déjà été listé maintes fois, par des journalistes de toutes tendances politiques, et on est quand même bien loin de la critique du gouvernement israélien, non ?

    Certes il n’a pas été condamné pour antisémitisme. Bardella ou Marine Le Pen n’ont jamais été condamnés pour racisme, donc ils sont aussi propres qu’un derrière d’elfe, et quiconque oserait penser le contraire est certainement dans une croisade infamante qui révélerait d’une volonté de destruction ?

  4. Ah le monde diplo qui me conforte dans mon opinion que c’est un torchon d’extrême gauche.

  5. Quand un éminent rabin français appelle a une solution finale pour gaza, que des colons de Cisjordanie réclament un espace vital (lebensraum en allemand) pour Israël, il faut reconnaître que ce n’est pas facile de se positionner sur ces questions.

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