>Comment ~~la gauche woke et~~ la droite conservatrice menace~~nt~~ la liberté académique
Corrigé le titre pour qu’il corresponde au contenu de l’article. Et à la réalité.
Par Keith E. Whittington pour Areo Magazine (traduction Peggy Sastre).
Publié le 27/10/2021 à 08:00
Aux Etats-Unis, le parti républicain a décidé de faire de la théorie critique de la race sa nouvelle bête noire, et la liberté académique risque d’en souffrir. Jusqu’à récemment, la théorie critique de la race était pratiquement inconnue au-delà des frontières du monde universitaire. Mais aujourd’hui, en particulier aux Etats-Unis, elle a largement dépassé ses origines dans le domaine juridique pour envahir des disciplines allant des sciences humaines aux sciences dures, tout en gagnant du terrain dans la société en général. La littérature sur le sujet est vaste et variée, mais, d’une manière générale, la théorie critique de la race fait de cette dernière une catégorie socialement construite, statue de l’omniprésence du racisme, pose que les hiérarchies raciales sont des caractéristiques courantes de la vie contemporaine et que l’expérience du racisme est mieux comprise par les membres des groupes opprimés.
A la suite du meurtre de George Floyd à l’été 2020, et de la flambée d’activisme politique qui lui a succédé, la théorie critique de la race a alimenté les arguments de militants et d’intellectuels, et les profanes ont souvent été invités à se documenter à son sujet.
Sans surprise, les critiques n’ont pas toujours apprécié ce qu’ils ont lu. En outre, comme formule, la “théorie critique de la race” est rapidement devenue un élément de langage politique à la mode, susceptible de mobiliser l’opposition comme le soutien aux militants noirs. Ces derniers mois, les références à la théorie critique de la race ont explosé dans les médias conservateurs et dans les messages postés par le parti républicain sur les réseaux sociaux.
De façon peut-être inévitable, les militants de droite et les politiciens républicains ont rapidement tourné leur attention vers les écoles. Dans tous les Etats américains, des législateurs républicains ont présenté des projets de loi visant à limiter l’enseignement de la théorie critique de la race. Certains ont déjà été adoptés. Des projets sont axés sur les écoles primaires et secondaires publiques, où le gouvernement fixe déjà le programme et détermine les normes éducatives. D’autres visent également les universités, jouissant traditionnellement d’une bien plus grande autonomie.
Cibles faciles pour les conservateurs
Les raisons ne manquent pas de regarder avec scepticisme la théorie critique de la race et de se préoccuper des excès que les conservateurs lui attribuent fréquemment. Une bataille idéologique se joue sur l’avenir de la démocratie libérale et du capitalisme, ce qui inclut les formes vulgaires comme savantes de la théorie critique de la race. Dans le même temps, les citoyens ordinaires sont eux aussi contaminés par ce que colportent les entrepreneurs racialistes et autres charlatans de la diversité, de l’équité et de l’inclusion et cherchent des moyens de riposter. Des politiciens et des activistes sagaces tireront profit de leurs griefs.
“On peut poser un regard très dubitatif sur la plupart des travaux inspirés par la théorie critique de la race (c’est mon cas) et néanmoins voir dans ce type d’ingérence législative une très mauvaise idée”
Malheureusement, les universités sont devenues une cible facile pour les conservateurs américains. Ces derniers se sont souvent plaints de la transformation du monde universitaire en monoculture gauchiste, mais ces dernières années, ils en sont venus à croire les universités activement nuisibles à la société. Rien de surprenant à ce que de telles attitudes aient tendance à se traduire en politiques publiques. Les républicains sont de plus en plus téméraires lorsqu’il s’agit d’interférer avec la gouvernance des universités et de s’attaquer à leurs financements.
La récente vague de mesures législatives prises par les Etats a déjà eu des conséquences pour les universités publiques américaines, qui dépendent des financements publics et sont soumises à une réglementation plus étendue de la part des Etats. Un collège communautaire de l’Oklahoma, où une telle loi a déjà été adoptée, a ainsi supprimé un cours sur les inégalités raciales. En Idaho, une université a suspendu ses cours sur la diversité lorsque les législateurs de l’État ont menacé de s’en prendre à son budget. Au Kansas, des demandes législatives ont poussé des administrateurs universitaires à cataloguer tous les cours relevant de la théorie critique de la race proposés dans leurs établissements.
On peut poser un regard très dubitatif sur la plupart des travaux inspirés par la théorie critique de la race (c’est mon cas) et néanmoins voir dans ce type d’ingérence législative une très mauvaise idée. Cette vague de panique que suscite de plus en plus la théorie critique de la race pousse les politiques sur une trajectoire dangereuse risquant de saper la qualité de l’enseignement supérieur américain et sa mission de recherche de la vérité.
Favoriser le débat à l’université
Un débat étroitement lié touche au rôle de la théorie critique de la race dans le système scolaire américain. Les conseils scolaires locaux et les législatures des Etats ont une autorité étendue sur les écoles, collèges et lycées publics aux Etats-Unis, et l’on est en droit de penser que les représentants de l’État devraient se préoccuper de la manière dont la race est représentée et discutée avec les élèves, afin de s’assurer que les établissements publics fournissent une éducation civique dénuée de discriminations.
La plupart des projets de loi débattus portent sur l’enseignement primaire et secondaire, mais certains englobent également le système universitaire. Mais il y a un monde entre un cours d’éducation civique de maternelle et le cursus d’une fac. Les professeurs d’université attendent des étudiants qu’ils soient capables de se confronter à des idées avec lesquelles ils ne sont pas d’accord, y compris lorsqu’elles sont difficiles, impopulaires, offensantes, immorales et même antidémocratiques et illibérales. Les lectures obligatoires que j’assigne dans mes propres cours comportent des écrits de socialistes, d’anarchistes et de suprémacistes blancs. Je n’espère pas voir mes étudiants adopter ces idées, mais j’attends effectivement d’eux qu’ils les comprennent.
Les conservateurs se plaignent souvent d’une tentative d’exclusion de leurs idées par les universités. Le seul fondement valable de ces plaintes est que les universités doivent favoriser un environnement intellectuel diversifié dans lequel un large éventail d’idées sérieuses peut être entendu et débattu. Tenter d’exclure des idées simplement parce que nous ne sommes pas d’accord avec elles est contraire à l’objectif de l’enseignement supérieur. Il est bien contradictoire de regretter que l’intellectuel conservateur Charles Murray ait été empêché de s’adresser à des étudiants, tout en exigeant que des professeurs d’université n’inscrivent pas dans leurs programmes Kimberlé Crenshaw, l’une des plus éminentes représentantes de la théorie critique de la race.
La qualité de la littérature en théorie critique de la race varie du tout au tout. On y trouve de l’authentiquement perspicace et important, mais aussi des mondanités obscurantistes et de la bêtise crasse, mais si ce corpus a gagné en influence dans les cercles académiques, c’est aussi parce que certains de ses travaux ont un réel mérite. Ceux qui veulent simplement rejeter la théorie critique de la race dans son intégralité en la considérant comme un monceau de balivernes prennent leurs désirs pour la réalité.
Il se peut qu’une grande partie des enseignements censurés par les nouvelles lois soit de piètre valeur. Mais, de fait, la plupart des soutiens de ces lois ont une piètre connaissance de la théorie critique de la race, et sont encore moins au fait des nuances et des mérites relatifs de certaines contributions de ce champ de recherche. La discussion politique est moins informée par une réelle confrontation avec des travaux universitaires sérieux que par des rumeurs sur ce qui se passe dans les entreprises dans les stages et les formations à la diversité, mais aussi par ce que des vulgarisateurs et des propagandistes comme Robin DiAngelo et Howard Ross mettent sur le marché. Lorsque des professeurs et des universités annulent des cours entiers traitant du sujet de la race afin d’éviter de soulever l’ire de politiques, la mission éducative de l’université risque d’en pâtir. Il n’y a aucune raison de penser que des politiques puissent évaluer quels travaux méritent d’être discutés sur un campus universitaire.
Je publie cette tribune (qui n’est pas sous paywall) parce que je trouve qu’elle remet bien l’église (lol) au centre du village sur des débats qui occupent bien le sub en ce moment. En un mot, qu’il y a à boire et à manger dans le mititantisme, et que donner ses/des armes à ses adversaires, c’est très con.
Car même si il est là question de la théorie critique de la race (critical race theory, appelé plus couramment chez nous le “racisme systémique”), on peut étendre la réflexion de l’auteur vers les droits lgbt+ (et notamment trans’ en ce moment) ou la laïcité (“islamo-gauchisme”). Bref tout ce qu’on met dans le terme “culture woke”.
Paix sur vous et bonne lecture (j’ose pas souhaiter un bon débat, mais je le souhaite aussi).
un truc que j’ai remarqué chez les conservateurs c’est qu’ils ont tendances à dire que la gauche controle les académies. un bon exemple serrait TIK history qui est parti dans ce délire quand il ‘est mis à dire qu’hitler est socialiste car le socialisme=quand l’état fait des choses (en se basant sur une mauvaise interprétation de marx qui…était rejeté par hitler donc se baser la dessus pour dire qu’il est socialiste, c’est déja boiteux je trouve ,sans compter que sa déf est beaucoup trop large vu que je pourrais dire que sarkozy était socialiste avec et son pire argument c’est “si tu dis qu’hitler n’est pas socialiste alors tu nie l’holocauste”, pour moi ça fait s’écrouler tout le reste y compris sa vidéo de…5h sur le sujet)
Je suis le seul à ne pas du tout y croire à cette mode des entreprises Woke et autre ?
Pourquoi importer des problèmes US qui n’existent pas en France si ce n’est pour foutre le bordel ? On se fait même plus suer à trouver un prête nom français, on prend juste un prof américain dont on traduit le texte et on laisse entendre que la fac us et la fac fr sont pareil. Le niveaux de malveillance trollesque…
La droite est obligé d’importer toutes les merdes des USA pour exister ? C’est absolument pathétique de ne pas trouver d’arguments et de créer un vrai débat d’idées. Les USA sont le degré zéro de l’idéologie.
Nous nous en sortons largement mieux dans le fond. Si la droite ne peut pas trouver de sujets et d’arguments, elle se tait. Marre de voir notre politique s’américaniser. Ils perdent un vote rien que pour ça.
>le parti républicain a décidé de faire de la théorie critique de la race sa nouvelle bête noire
Mmmhhh
Au delà du débat sur la théorie critique de la race, ce qui est hallucinant ces derniers temps c’est de voir ces assauts pratiqués contre le monde académique.
Longtemps alpha & omega de l’avenir, temple du savoir et de la pensée critique, personne ne remettait en cause les universités, leur utilité et leur portée libératrice, que ce soit à droite ou à gauche, ici ou ailleurs.
Maintenant en Chine ils commencent à épurer les contenus pour les rendre Xi Jinping compatible. Aux USA ils commencent à censurer du contenu et des cours pour les rendre Trumpo compatible. Brrrr, bah ça va finir par arriver en Europe je crois.
Boudu, plus le temps passe, plus je suis content d’avoir fait mes études dans les années 2000, loin de tout ces tumultes..
Titre correct: “Comment la droite conservatrice menace la liberté académique.”
Moi j’aime bien le wok, mais je préfère les beignets de crevette et les nouilles et le porc confit surtout
Bon article. En général je suis d’accord, si douteuses que puissent être certaines approches de certaines théories, les tentatives du politique d’interdire globalement leur enseignement sont bien pires. L’université doit rester un lieu de confrontation de points de vue et aussi indépendante que possible des idéologies que cherchent à porter tel ou tel courant politique (et l’exceptionnalisme américain que défendent les censeurs trumpistes en est une tout autant que celles qui peuvent motiver certains enseignants de CRT).
Tant qu’à reconnaitre un problème de wokisme universitaire, je trouve que l’approche des conservateurs anglais nettement mieux que celle des américains (et des macronistes qui me semblent plutôt imiter ces derniers avec leurs croisades contre les “universitaires islamo-gauchistes”). Lutter contre le cancel des enseignants/conférenciers que les wokes classent à droite, pour maintenir une diversité des points de vue auxquels les étudiants sont confrontés, plutôt que vouloir interdire les enseignements que ces premiers classent à gauche.
Je trouve également louable que cette défense du dialogue universitaire vienne d’Aero, montrant que tous les critiques de l’approche théorie critique ne sont pas tous dans la même dérive que James Lindsay.
(Pour ceux qui ont oublié cet épisode, Pluckrose la directrice d’Aero avait fait partie avec James Lindsay et Boghossian du quarteron d’universitaire derrière le hoax “sokal squared” visant à illustrer les biais des publications de la sphère des social studies. Et a publié avec Lindsay le best seller “Cynical theories” critiquant l’approche post-moderne qu’ils voient comme responsables des dérives de beaucoup de branches universitaires. Mais par rapport à ce groupe qui se réclamait à l’origine du “classical liberalism”, Lindsay, qui s’est en suivant obsédé pour la critique du 1619 Project, a pas mal évolué vers la droite, se rapprochant des dénonciateurs obsessionnels de la CRT comme le journaliste trumpiste Christopher Ruffo, et tenant sur son site New Discourses des discours évoquant le genre de théories complotistes sur le cultural marxism qu’on peut lire dans des titres comme Quilette, (si Lindsay préfère employer des formules comme “critical social justice” pour dire la même chose). Pluckrose semble être restée plus fidèle à l’esprit d’origine du groupe, qui ne pronait pas l’interdiction de ce genre d’enseignements mais plus de rigueur dans les travaux à prétention scientifique et plus d’ouverture des universités à d’autres points de vue.)
edit : changé la première phrase
Et c’est parti, Peggy Sastre, traductrice en chef, ramène le débat sur la CRT en France.
C’est littéralement la même stratégie tous les 3 mois, et tout le monde va encore embarquer. Normalement la prochaine étape c’est un article du Point ou de Marianne, avant que ça se repande sur CNEWS.
Perso il me semble que ce qui menace la liberté académique en France, c’est 30 ans de politiques centristes libérales qui ruinent les universités, le publish or perish promu par la financiarisation de la recherche et l’abandon de l’Etat pour des raisons “budgétaires”.
C’est terrible, il nous reste plus qu’à voté pour celui au milieu, notre cher Emmanuel.
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>Comment ~~la gauche woke et~~ la droite conservatrice menace~~nt~~ la liberté académique
Corrigé le titre pour qu’il corresponde au contenu de l’article. Et à la réalité.
Par Keith E. Whittington pour Areo Magazine (traduction Peggy Sastre).
Publié le 27/10/2021 à 08:00
Aux Etats-Unis, le parti républicain a décidé de faire de la théorie critique de la race sa nouvelle bête noire, et la liberté académique risque d’en souffrir. Jusqu’à récemment, la théorie critique de la race était pratiquement inconnue au-delà des frontières du monde universitaire. Mais aujourd’hui, en particulier aux Etats-Unis, elle a largement dépassé ses origines dans le domaine juridique pour envahir des disciplines allant des sciences humaines aux sciences dures, tout en gagnant du terrain dans la société en général. La littérature sur le sujet est vaste et variée, mais, d’une manière générale, la théorie critique de la race fait de cette dernière une catégorie socialement construite, statue de l’omniprésence du racisme, pose que les hiérarchies raciales sont des caractéristiques courantes de la vie contemporaine et que l’expérience du racisme est mieux comprise par les membres des groupes opprimés.
A la suite du meurtre de George Floyd à l’été 2020, et de la flambée d’activisme politique qui lui a succédé, la théorie critique de la race a alimenté les arguments de militants et d’intellectuels, et les profanes ont souvent été invités à se documenter à son sujet.
Sans surprise, les critiques n’ont pas toujours apprécié ce qu’ils ont lu. En outre, comme formule, la “théorie critique de la race” est rapidement devenue un élément de langage politique à la mode, susceptible de mobiliser l’opposition comme le soutien aux militants noirs. Ces derniers mois, les références à la théorie critique de la race ont explosé dans les médias conservateurs et dans les messages postés par le parti républicain sur les réseaux sociaux.
De façon peut-être inévitable, les militants de droite et les politiciens républicains ont rapidement tourné leur attention vers les écoles. Dans tous les Etats américains, des législateurs républicains ont présenté des projets de loi visant à limiter l’enseignement de la théorie critique de la race. Certains ont déjà été adoptés. Des projets sont axés sur les écoles primaires et secondaires publiques, où le gouvernement fixe déjà le programme et détermine les normes éducatives. D’autres visent également les universités, jouissant traditionnellement d’une bien plus grande autonomie.
Cibles faciles pour les conservateurs
Les raisons ne manquent pas de regarder avec scepticisme la théorie critique de la race et de se préoccuper des excès que les conservateurs lui attribuent fréquemment. Une bataille idéologique se joue sur l’avenir de la démocratie libérale et du capitalisme, ce qui inclut les formes vulgaires comme savantes de la théorie critique de la race. Dans le même temps, les citoyens ordinaires sont eux aussi contaminés par ce que colportent les entrepreneurs racialistes et autres charlatans de la diversité, de l’équité et de l’inclusion et cherchent des moyens de riposter. Des politiciens et des activistes sagaces tireront profit de leurs griefs.
“On peut poser un regard très dubitatif sur la plupart des travaux inspirés par la théorie critique de la race (c’est mon cas) et néanmoins voir dans ce type d’ingérence législative une très mauvaise idée”
Malheureusement, les universités sont devenues une cible facile pour les conservateurs américains. Ces derniers se sont souvent plaints de la transformation du monde universitaire en monoculture gauchiste, mais ces dernières années, ils en sont venus à croire les universités activement nuisibles à la société. Rien de surprenant à ce que de telles attitudes aient tendance à se traduire en politiques publiques. Les républicains sont de plus en plus téméraires lorsqu’il s’agit d’interférer avec la gouvernance des universités et de s’attaquer à leurs financements.
La récente vague de mesures législatives prises par les Etats a déjà eu des conséquences pour les universités publiques américaines, qui dépendent des financements publics et sont soumises à une réglementation plus étendue de la part des Etats. Un collège communautaire de l’Oklahoma, où une telle loi a déjà été adoptée, a ainsi supprimé un cours sur les inégalités raciales. En Idaho, une université a suspendu ses cours sur la diversité lorsque les législateurs de l’État ont menacé de s’en prendre à son budget. Au Kansas, des demandes législatives ont poussé des administrateurs universitaires à cataloguer tous les cours relevant de la théorie critique de la race proposés dans leurs établissements.
On peut poser un regard très dubitatif sur la plupart des travaux inspirés par la théorie critique de la race (c’est mon cas) et néanmoins voir dans ce type d’ingérence législative une très mauvaise idée. Cette vague de panique que suscite de plus en plus la théorie critique de la race pousse les politiques sur une trajectoire dangereuse risquant de saper la qualité de l’enseignement supérieur américain et sa mission de recherche de la vérité.
Favoriser le débat à l’université
Un débat étroitement lié touche au rôle de la théorie critique de la race dans le système scolaire américain. Les conseils scolaires locaux et les législatures des Etats ont une autorité étendue sur les écoles, collèges et lycées publics aux Etats-Unis, et l’on est en droit de penser que les représentants de l’État devraient se préoccuper de la manière dont la race est représentée et discutée avec les élèves, afin de s’assurer que les établissements publics fournissent une éducation civique dénuée de discriminations.
La plupart des projets de loi débattus portent sur l’enseignement primaire et secondaire, mais certains englobent également le système universitaire. Mais il y a un monde entre un cours d’éducation civique de maternelle et le cursus d’une fac. Les professeurs d’université attendent des étudiants qu’ils soient capables de se confronter à des idées avec lesquelles ils ne sont pas d’accord, y compris lorsqu’elles sont difficiles, impopulaires, offensantes, immorales et même antidémocratiques et illibérales. Les lectures obligatoires que j’assigne dans mes propres cours comportent des écrits de socialistes, d’anarchistes et de suprémacistes blancs. Je n’espère pas voir mes étudiants adopter ces idées, mais j’attends effectivement d’eux qu’ils les comprennent.
Les conservateurs se plaignent souvent d’une tentative d’exclusion de leurs idées par les universités. Le seul fondement valable de ces plaintes est que les universités doivent favoriser un environnement intellectuel diversifié dans lequel un large éventail d’idées sérieuses peut être entendu et débattu. Tenter d’exclure des idées simplement parce que nous ne sommes pas d’accord avec elles est contraire à l’objectif de l’enseignement supérieur. Il est bien contradictoire de regretter que l’intellectuel conservateur Charles Murray ait été empêché de s’adresser à des étudiants, tout en exigeant que des professeurs d’université n’inscrivent pas dans leurs programmes Kimberlé Crenshaw, l’une des plus éminentes représentantes de la théorie critique de la race.
La qualité de la littérature en théorie critique de la race varie du tout au tout. On y trouve de l’authentiquement perspicace et important, mais aussi des mondanités obscurantistes et de la bêtise crasse, mais si ce corpus a gagné en influence dans les cercles académiques, c’est aussi parce que certains de ses travaux ont un réel mérite. Ceux qui veulent simplement rejeter la théorie critique de la race dans son intégralité en la considérant comme un monceau de balivernes prennent leurs désirs pour la réalité.
Il se peut qu’une grande partie des enseignements censurés par les nouvelles lois soit de piètre valeur. Mais, de fait, la plupart des soutiens de ces lois ont une piètre connaissance de la théorie critique de la race, et sont encore moins au fait des nuances et des mérites relatifs de certaines contributions de ce champ de recherche. La discussion politique est moins informée par une réelle confrontation avec des travaux universitaires sérieux que par des rumeurs sur ce qui se passe dans les entreprises dans les stages et les formations à la diversité, mais aussi par ce que des vulgarisateurs et des propagandistes comme Robin DiAngelo et Howard Ross mettent sur le marché. Lorsque des professeurs et des universités annulent des cours entiers traitant du sujet de la race afin d’éviter de soulever l’ire de politiques, la mission éducative de l’université risque d’en pâtir. Il n’y a aucune raison de penser que des politiques puissent évaluer quels travaux méritent d’être discutés sur un campus universitaire.
Je publie cette tribune (qui n’est pas sous paywall) parce que je trouve qu’elle remet bien l’église (lol) au centre du village sur des débats qui occupent bien le sub en ce moment. En un mot, qu’il y a à boire et à manger dans le mititantisme, et que donner ses/des armes à ses adversaires, c’est très con.
Car même si il est là question de la théorie critique de la race (critical race theory, appelé plus couramment chez nous le “racisme systémique”), on peut étendre la réflexion de l’auteur vers les droits lgbt+ (et notamment trans’ en ce moment) ou la laïcité (“islamo-gauchisme”). Bref tout ce qu’on met dans le terme “culture woke”.
Paix sur vous et bonne lecture (j’ose pas souhaiter un bon débat, mais je le souhaite aussi).
Au Texas les républicains demandent aux écoles de compter des livres qu’ils ont sur le sujets des races (dans la liste il y a v pour vendetta, Harvey milk, handmaid’s tales) https://thehill.com/homenews/state-watch/578677-texas-house-to-launch-investigation-into-school-library-books mais est les wokes qui tentent de cancel la culture
un truc que j’ai remarqué chez les conservateurs c’est qu’ils ont tendances à dire que la gauche controle les académies. un bon exemple serrait TIK history qui est parti dans ce délire quand il ‘est mis à dire qu’hitler est socialiste car le socialisme=quand l’état fait des choses (en se basant sur une mauvaise interprétation de marx qui…était rejeté par hitler donc se baser la dessus pour dire qu’il est socialiste, c’est déja boiteux je trouve ,sans compter que sa déf est beaucoup trop large vu que je pourrais dire que sarkozy était socialiste avec et son pire argument c’est “si tu dis qu’hitler n’est pas socialiste alors tu nie l’holocauste”, pour moi ça fait s’écrouler tout le reste y compris sa vidéo de…5h sur le sujet)
Je suis le seul à ne pas du tout y croire à cette mode des entreprises Woke et autre ?
Pourquoi importer des problèmes US qui n’existent pas en France si ce n’est pour foutre le bordel ? On se fait même plus suer à trouver un prête nom français, on prend juste un prof américain dont on traduit le texte et on laisse entendre que la fac us et la fac fr sont pareil. Le niveaux de malveillance trollesque…
La droite est obligé d’importer toutes les merdes des USA pour exister ? C’est absolument pathétique de ne pas trouver d’arguments et de créer un vrai débat d’idées. Les USA sont le degré zéro de l’idéologie.
Nous nous en sortons largement mieux dans le fond. Si la droite ne peut pas trouver de sujets et d’arguments, elle se tait. Marre de voir notre politique s’américaniser. Ils perdent un vote rien que pour ça.
>le parti républicain a décidé de faire de la théorie critique de la race sa nouvelle bête noire
Mmmhhh
Au delà du débat sur la théorie critique de la race, ce qui est hallucinant ces derniers temps c’est de voir ces assauts pratiqués contre le monde académique.
Longtemps alpha & omega de l’avenir, temple du savoir et de la pensée critique, personne ne remettait en cause les universités, leur utilité et leur portée libératrice, que ce soit à droite ou à gauche, ici ou ailleurs.
Maintenant en Chine ils commencent à épurer les contenus pour les rendre Xi Jinping compatible. Aux USA ils commencent à censurer du contenu et des cours pour les rendre Trumpo compatible. Brrrr, bah ça va finir par arriver en Europe je crois.
Boudu, plus le temps passe, plus je suis content d’avoir fait mes études dans les années 2000, loin de tout ces tumultes..
Titre correct: “Comment la droite conservatrice menace la liberté académique.”
Moi j’aime bien le wok, mais je préfère les beignets de crevette et les nouilles et le porc confit surtout
Bon article. En général je suis d’accord, si douteuses que puissent être certaines approches de certaines théories, les tentatives du politique d’interdire globalement leur enseignement sont bien pires. L’université doit rester un lieu de confrontation de points de vue et aussi indépendante que possible des idéologies que cherchent à porter tel ou tel courant politique (et l’exceptionnalisme américain que défendent les censeurs trumpistes en est une tout autant que celles qui peuvent motiver certains enseignants de CRT).
Tant qu’à reconnaitre un problème de wokisme universitaire, je trouve que l’approche des conservateurs anglais nettement mieux que celle des américains (et des macronistes qui me semblent plutôt imiter ces derniers avec leurs croisades contre les “universitaires islamo-gauchistes”). Lutter contre le cancel des enseignants/conférenciers que les wokes classent à droite, pour maintenir une diversité des points de vue auxquels les étudiants sont confrontés, plutôt que vouloir interdire les enseignements que ces premiers classent à gauche.
Je trouve également louable que cette défense du dialogue universitaire vienne d’Aero, montrant que tous les critiques de l’approche théorie critique ne sont pas tous dans la même dérive que James Lindsay.
(Pour ceux qui ont oublié cet épisode, Pluckrose la directrice d’Aero avait fait partie avec James Lindsay et Boghossian du quarteron d’universitaire derrière le hoax “sokal squared” visant à illustrer les biais des publications de la sphère des social studies. Et a publié avec Lindsay le best seller “Cynical theories” critiquant l’approche post-moderne qu’ils voient comme responsables des dérives de beaucoup de branches universitaires. Mais par rapport à ce groupe qui se réclamait à l’origine du “classical liberalism”, Lindsay, qui s’est en suivant obsédé pour la critique du 1619 Project, a pas mal évolué vers la droite, se rapprochant des dénonciateurs obsessionnels de la CRT comme le journaliste trumpiste Christopher Ruffo, et tenant sur son site New Discourses des discours évoquant le genre de théories complotistes sur le cultural marxism qu’on peut lire dans des titres comme Quilette, (si Lindsay préfère employer des formules comme “critical social justice” pour dire la même chose). Pluckrose semble être restée plus fidèle à l’esprit d’origine du groupe, qui ne pronait pas l’interdiction de ce genre d’enseignements mais plus de rigueur dans les travaux à prétention scientifique et plus d’ouverture des universités à d’autres points de vue.)
edit : changé la première phrase
Et c’est parti, Peggy Sastre, traductrice en chef, ramène le débat sur la CRT en France.
C’est littéralement la même stratégie tous les 3 mois, et tout le monde va encore embarquer. Normalement la prochaine étape c’est un article du Point ou de Marianne, avant que ça se repande sur CNEWS.
Perso il me semble que ce qui menace la liberté académique en France, c’est 30 ans de politiques centristes libérales qui ruinent les universités, le publish or perish promu par la financiarisation de la recherche et l’abandon de l’Etat pour des raisons “budgétaires”.
C’est terrible, il nous reste plus qu’à voté pour celui au milieu, notre cher Emmanuel.
A noter que “la gauche woke” dans le titre c’est un ajout de Sastre/l’Express. L’article traduit est titré “[The trouble with banning critical theory](https://areomagazine.com/2021/06/16/the-trouble-with-banning-critical-race-theory/)”, et emploie plutôt “campus left” ou “some left wing academics” que ce terme.
Ça m’évoque les brillantes traductions de titres de cinéma genre “the hangover” -> “very bad trip”.