Les nerfs des responsables et des citoyens de Moldavie ont été mis à rude épreuve, tout au long de la nuit. En cause, le dépouillement des résultats du référendum, organisé dimanche, sur l’adhésion du pays à l’Europe. Et les résultats extrêmement serrés de cette consultation.

Le « non » a longtemps dominé la course, mais les bulletins de la diaspora ont totalement inversé la donne, et le score final s’est finalement joué à quelques dizaines de milliers de voix près. Après le décompte de plus de 99 % des voix, ce lundi matin, le « oui » était en avance d’un peu plus de 11.000 votes, alors que les bulletins de quinze bureaux de vote restaient à dépouiller.

Quelques heures plus tôt, à 1 heure du matin (heure locale), Maia Sandu était apparue devant les journalistes, après avoir repoussé deux fois son allocution. Largement en tête du premier tour de l’élection présidentielle organisée le même jour, la présidente moldave avait pourtant le visage des mauvais jours. Le « non » était alors largement devant, à plus de 54 %, une immense surprise qui contredit totalement les sondages des derniers mois.

« Une attaque sans précédent »

« La Moldavie est confrontée aujourd’hui et depuis quelques mois à une attaque sans précédent contre la démocratie. Des groupes criminels ont attaqué notre pays avec des dizaines de millions d’euros, des mensonges et de la propagande. […] Nous attendons les résultats définitifs », a asséné Maia Sandu devant la presse, évoquant une « fraude » visant l’achat de 300.000 votes.

Depuis l’annonce de la tenue du référendum, fin 2023, la Russie mène dans l’ancienne république soviétique une guerre hybride inédite, s’accordent à dire de nombreux experts et observateurs. Moscou y a déversé quelque 100 millions d’euros « pour faire balancer le résultat des votes », mettait en garde l’équipe de Maia Sandu à l’approche des scrutins. En juin, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et le Canada avaient, eux, averti de l’existence d’un « complot » russe.

Ces tentatives de déstabilisations ont notamment pris la forme d’un système d’achat de votes de grande ampleur révélé par la police moldave : des dizaines de milliers d’électeurs ont été recrutées via le réseau social Telegram pour voter « non » ou s’abstenir, le jour venu. Quelque 15 millions de dollars auraient été versés rien qu’en septembre.

Deuxième tour difficile

L’architecte de ce réseau est un Israélo-Moldave de 35 ans, Ilan Shor, qui a fui la Moldavie après avoir pris part au détournement d’un milliard d’euros – condamné à 15 ans de prison par contumace, il est désormais exilé à Moscou. Ce dernier « organise librement des activités illégales à travers tout le pays », expliquait très récemment Nicolae Panfil, qui dirige la mission d’observation des élections de l’ONG Promo-Lex.

Malgré son renversement in extremis, ce résultat jette une pierre considérable dans le jardin de Maia Sandu, qui tient depuis l’invasion de l’Ukraine une ligne résolue de rapprochement vers l’UE. La présidente avait décidé de la tenue de ce référendum, que rien n’obligeait, pour conforter la voie européenne de la Moldavie après l’ouverture des négociations d’adhésion en juin dernier.

La dirigeante doit également se préparer pour un second tour difficile aux élections présidentielles. Avec près de 42 % des voix, elle dispose certes d’une avance certaine sur le premier de ses poursuivants, le socialiste Alexander Stoianoglou (26 %). Mais ce dernier fait bien mieux que prévu et pourrait agréger les voix des nombreux candidats d’opposition au deuxième tour, prévu le 3 novembre.

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