« Les ex-dirigeants européens au service d’entreprises russes contribuent à jeter un discrédit majeur sur la politique »

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    « Les ex-dirigeants européens au service d’entreprises russes contribuent à jeter un discrédit majeur sur la politique »
    Tribune de Patrick Chevallereau

    Vice-amiral et membre de l’Institut Open Diplomacy

    Ces anciens politiques servent un régime qui menace nos valeurs et nos intérêts de sécurité, écrit le vice-amiral Patrick Chevallereau.
    Publié aujourd’hui à 06h15, mis à jour à 10h40 Temps de Lecture 5 min.
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    Tribune. L’invasion de l’Ukraine par la Russie fait entrer l’Europe dans une zone de dangers qu’elle n’avait pas connue depuis des décennies. Le révisionnisme de Vladimir Poutine, l’amenant à la quasi-négation du droit d’existence à l’Ukraine, l’a entraîné, lundi 21 février, à reconnaître l’indépendance des républiques autoproclamées de Donetsk et de Louhansk, puis, jeudi 24, à lancer une invasion massive.

    Adepte de la résolution des différends par la violence, Vladimir Poutine avait mis en place, les semaines précédentes, tous les ingrédients d’un plan de coercition politique, militaire et économique, jouant de la provocation et de la menace, tout en pratiquant la duplicité lors des rencontres avec ses homologues occidentaux. Désormais, c’est le déclenchement d’une guerre pure et simple avec une ancienne république soviétique qui souhaitait vivre comme une démocratie.
    En France, la bienveillance des extrêmes

    Viscéralement hostile à la démocratie, bafouant le droit international, s’attaquant à nos propres intérêts de sécurité, Poutine bénéficie pourtant de la bienveillance de nos extrêmes qui, à gauche comme à droite, remettent en cause nos alliances, partagent une même obsession anti-américaine ou sont fascinés par les autocrates, voire plaident – en dépit de la guerre déclenchée contre l’Ukraine – en faveur d’une alliance avec lui. D’autres cercles de notre classe politique cultivent, eux, une dérangeante ambiguïté.
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    Le ministère des armées avait pourtant été très clair sur ceux qui menacent nos intérêts en publiant son « Actualisation stratégique » en janvier 2021. Les campagnes de désinformation russes, composantes de stratégies hybrides visant à contester l’ordre international, et le détricotage des traités de contrôle des armements y sont pointés sans détour. Par ses pratiques d’intimidation et ses capacités militaires déstabilisatrices, la Russie y est décrite comme une puissance qui doit faire l’objet de notre plus grande vigilance. L’actualité la plus récente confirme l’ampleur de la menace.

    De nombreux passages à l’acte ont accrédité cette analyse : coup de force contre la Géorgie en 2008 (un pays désormais amputé de 25 % de son territoire !), annexion d’une partie de l’Ukraine en 2014, actions clandestines violentes sur le sol de pays européens à Vrbetice, en République tchèque (2014), ou à Salisbury, en Angleterre [où l’ancien agent double russe Sergueï Skripal et sa fille Ioulia avaient été empoisonnés au Novitchok], en 2018, cyberattaques et manipulations électorales aux Etats-Unis (2016), ou encore violation du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire. Bref, un comportement de gangster à l’international, qui frappe aujourd’hui le peuple ukrainien.
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    En Afrique, les intérêts de sécurité de la France sont malmenés par l’entrisme mafieux de la Russie, qui agit en Centrafrique et au Sahel sous le couvert d’un groupe de mercenaires qui constitue l’un des outils de la politique étrangère selon Poutine.

    Gerhard Schröder émarge chez le géant gazier russe Gazprom, et l’ancien premier ministre français François Fillon a, lui, rejoint le groupe pétrochimique Sibur

    C’est malheureusement dans ce contexte de guerre ouverte que d’anciens ministres européens ont pris le risque de compromettre leur réputation et leur indépendance en participant à la gouvernance d’entreprises russes qui opèrent sous l’influence directe du Kremlin. Après l’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, qui émarge chez le géant gazier russe Gazprom, et l’ancienne ministre des affaires étrangères de l’Autriche [Karin Kneissl], qui travaille pour un autre géant du pétrole russe, Rosneft, l’ancien premier ministre français François Fillon a rejoint, en décembre 2021, le groupe pétrochimique Sibur.
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    Est-il acceptable que ces dirigeants politiques, qui ont représenté la souveraineté des nations européennes, se mettent délibérément au service de l’oligarchie du Kremlin ? Evoluant dans un écosystème de pouvoir corrompu, brillamment décrit par la journaliste Catherine Belton dans son livre Putin’s People [Farrar, Straus and Giroux, 2020, non traduit], ces anciens dirigeants européens pensent-ils vraiment que leur présence dans ces conseils d’administration ne constitue pas une aubaine pour la propagande moscovite ? Comment accepter ces accointances ? Ne risquent-elles pas de relativiser, voire de contribuer aux opérations de ce régime menaçant nos valeurs démocratiques comme nos intérêts de sécurité ?

    Parce que ces collaborations juteuses portent inévitablement la suspicion d’un risque d’« intelligence avec l’ennemi », elles contribuent à tout le moins à jeter un discrédit majeur sur la politique, ce qui représente un danger démocratique en soi.
    Leviers d’influence

    Alors, exigeons une clarification politique nationale. Malheureusement, celle-ci semble tarder chez ceux qui préfèrent botter en touche ou jouer les offusqués. Pourtant, il serait sain que tout candidat à l’élection présidentielle se désolidarise de ces pratiques vénales qui nuisent gravement à l’indépendance de notre vie démocratique et peuvent semer le doute sur la fiabilité diplomatique de la France auprès de nos alliés. Qu’ils cessent donc d’invoquer un prétendu droit à « faire des affaires » : c’est plutôt d’affaires d’Etat dont il s’agit !

    En Russie, ces entreprises font partie du système politique. Les activités d’anciens ministres européens dans ces groupes sont de nature à donner des leviers d’influence à une puissance qui agit aujourd’hui contre la sécurité de notre pays et de ses citoyens.
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    Poursuivons rapidement par une mise au point juridique européenne. Pourquoi ne pas imaginer une haute autorité de la vie publique européenne qui veillerait à ce que certaines « reconversions lucratives » ne nous fragilisent pas dans la guerre hybride qui nous est menée par des adversaires totalement désinhibés ? C’est d’autant plus important, à l’heure où ces conflits multifaces passent aussi par des batailles économiques – sur le prix de l’énergie par exemple – que ces entreprises d’Etat sont chargées de mener. Comment pourrons-nous interpréter la présence de ces anciens dirigeants européens dans des groupes russes participant à la coercition énergétique que nous imposera la Russie en rétorsion aux sanctions européennes ?

    Ce n’est donc pas qu’une question éthique. C’est aussi – et surtout – une question géopolitique. Aujourd’hui russe dans la crise qui nous occupe, ce problème va s’étendre. Le XXIe siècle voit déjà s’affronter des puissances, tant sur le plan économique que militaire, avec toutes les armes dont elles disposent. Il est donc essentiel, pour l’intérêt des Français et des Européens, que cette élection présidentielle soit l’occasion de clarifier les choses et d’assainir les règles du jeu. Les tentatives de justification de l’injustifiable sont indignes de la France.

    Patrick Chevallereau est vice-amiral (2e section), membre de l’Institut Open Diplomacy.

    Patrick Chevallereau(Vice-amiral et membre de l’Institut Open Diplomacy)

  2. Ils contribuent surtout à vendre leur pays. Le fait que ça soit aussi public et que ça décrédibilise la politique c’est plutôt une bonne chose, il vaut mieux que ça se sache.

  3. lol, ca compte que quand c’est les méchants russes, mais les conflits d’intérets récurrents de nos politiques, macron qu’a bossé avec pfizer ou mcKinsey, ca osef.

    Ca fait un bail que les bourgeois décident de la politique, mais attention hein, pas quand ils ont des intérets dans des pays ennemis !

  4. Déchéance de nationalité pour Fillon au nom de la traîtrise ! C’est juste un collaborateur de Poutine et son régime.

  5. Et à côté de ça on a toujours l’autre fils de pute de Sarko qui montre sa gueule de merde à l’Elysée.

  6. Fillon ferait mieux de faire sa sortie maintenant car si on part en guerre la haute trahison c’est pas le même traitement.

    Après ça me dérangerait pas personnellement de perdre un parasite comme lui.

  7. Russophile ou pas, son constat sur la situation Ukrainienne est réel. Il me faudra + que ça pour condamner le personnage, pour l’instant c’est du vent qui vient de la gauche.

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