
«La frontière était là-bas, maintenant elle est ici» : les convictions des New-Yorkais à l’épreuve de l’immigration de masse
by OrdinaryMidnight5

«La frontière était là-bas, maintenant elle est ici» : les convictions des New-Yorkais à l’épreuve de l’immigration de masse
by OrdinaryMidnight5
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Ce matin, Alejandro est de bonne humeur. «Ils débarrassent enfin les tentes, c’est pas trop tôt.» Cet habitant d’East Harlem, un quartier du nord de Manhattan, est venu se dégourdir les jambes sur les rives de Randall’s Island avant le marathon de New York. Les tentes, ce sont celles des migrants qui s’étaient installés devant l’abri officiel ouvert par la ville de New York pour accueillir plus de 3000 individus – un centre d’accueil qui a été à un moment donné le plus grand de la ville. «Merci, monsieur l’agent, merci», indique le coureur à chaque fois qu’il passe devant l’un des officiers de police déployés sur cette larme de terre coincée entre Manhattan et le Queens.
«Le problème, c’est qu’ils n’étaient pas si bien accueillis que ça», poursuit Alejandro. «Donc ils ont commencé par s’installer dehors. C’est rapidement devenu sale et dangereux, au point que beaucoup de gens ne voulaient plus venir sur l’île, alors qu’avant il y avait tout le temps des enfants qui venaient jouer ici.» D’après lui et d’autres joggeurs de retour, les rives étaient recouvertes de campements de fortune insalubres. À quelques jours des élections, il n’en reste quasiment plus. «On ne s’est pas installé en dehors de l’abri par plaisir», raconte un jeune homme en train de replier une couverture. «Beaucoup ont été mis dehors parce qu’ils ne pouvaient pas dépasser une certaine période à l’intérieur. D’autres parce qu’ils ont été assignés dans des abris beaucoup trop loin de la ville, donc pas assez pratiques pour se rendre au travail.»
Randall’s Island est juste en face de Manhattan, à laquelle elle est reliée par le Ward’s Island Bridge, un pont piéton qui permet en une dizaine de minutes de marche de se retrouver en plein cœur du quartier historique d’East Harlem. Sur ces rives d’une Ellis Island qui ne dit pas son nom, les migrants s’endorment face aux lumières de la skyline de New York, dans laquelle beaucoup ont déjà trouvé du travail au noir. Mais le centre officiel, qui a ouvert ses portes fin 2022, a rapidement été débordé par la demande grandissante d’hébergement d’urgence provoquée par la crise migratoire : ville sanctuaire emblématique de la côte est, New York a dû accueillir plus de 210.000 individus en deux ans.
Des politiques républicains, comme le gouverneur du Texas, avaient publiquement affirmé vouloir faire découvrir la réalité des états du sud aux états du nord – allant jusqu’à envoyer des bus de migrants dans des villes comme New York ou Chicago. Des flux importants qui ont mis à l’épreuve les ressources financières de la municipalité. La fermeture définitive de l’abri de Randall’s Island d’ici le mois de février a d’ores et déjà été annoncée. Les expulsions des campeurs illégaux, elles, ont débuté après qu’une série d’incidents a attiré l’attention de la presse : des rixes aux couteaux et une fusillade au cours de laquelle une femme avait été tuée.
Randall’s Island, dont la fermeture est prévue d’ici février prochain, n’est pas un cas isolé. Dans une ville pourtant construite par des immigrés, l’immigration est devenue un sujet omniprésent pour des habitants pourtant rompus au multiculturalisme. Jusqu’à s’imposer comme un sujet de campagne dans un État de moins en moins bleu et de plus en plus violet. Un récent sondage du New York Times / Siena montre qu’au niveau national, 57 % des plus de 3 000 personnes interrogées soutiennent l’idée d’une déportation de masse. L’été dernier, un autre sondage indiquait que 83 % des électeurs de l’État de New York, dont une grande partie de démocrates, estimaient l’afflux de migrants comme « très grave » ou « assez grave ». Et 64 % déclaraient qu’ils pensaient que la situation s’était aggravée au cours de l’année écoulée – avec une proportion plus élevée d’électeurs des banlieues considérant la situation comme plus grave.
Je me suis amusé à essayer de deviner le nom du journal rien qu’en lisant le titre : gagné !
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