Les urnes ont parlé: le candidat républicain Donald Trump a été élu 47ème président des Etats-Unis. Le Luxemburger Wort a interrogé des hommes politiques luxembourgeois pour connaître leur position sur l’issue des élections et la perspective d’un nouveau mandat de Trump.

DP : reconnaître la victoire de Trump et faire son introspection

«C’est fini», a commenté Charles Goerens mercredi matin à propos du coude-à-coude entre la candidate démocrate à la présidence Kamala Harris et son adversaire républicain, l’ex-président américain Donald Trump.

Le député européen libéral s’est montré désabusé : «Nous devons sortir des anciennes réactions». Selon lui, il ne sert à rien de crier une nouvelle fois à la catastrophe face à la victoire électorale de Donald Trump.

«Ce n’est pas un moment de déception pour l’Europe, mais d’introspection», estime Charles Goerens. Selon lui, l’Europe peut faire beaucoup plus, mais doit parler d’une seule voix. «Il faut un leadership clair si l’Europe veut être prise au sérieux», a déclaré Charles Goerens, qui se trouve actuellement à Bruxelles pour les auditions des commissaires désignés.

Son collègue de parti Gilles Baum était l’un des cinq députés luxembourgeois à se rendre aux États-Unis en tant qu’observateur électoral. «Les élections ont été équitables et libres», rapporte-t-il depuis Los Angeles. Ni lui ni les autres observateurs de l’OSCE n’ont pu constater de manquements.

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Le résultat des élections ne surprend pas le politicien du DP. «Ce qui se profilait depuis des semaines et des mois s’est révélé», affirme Gilles Baum. Les derniers jours qu’il a passés aux États-Unis auraient encore renforcé son point de vue. «J’ai pu parler à beaucoup de gens, par exemple à des chauffeurs de taxi ou au personnel de l’hôtel. Ils m’ont tous dit que les hommes politiques de Washington ne faisaient rien pour préserver leur pouvoir d’achat», explique-t-il, en décrivant le mécontentement de nombreuses personnes à l’égard du gouvernement Biden.

Selon lui, la politique européenne doit désormais composer avec Donald Trump. «L’Europe doit travailler avec le président qui a été élu démocratiquement.»

CSV : «Les femmes ont la vie dure dans la politique américaine»

«It’s a man’s world» (c’est un monde d’hommes), lance Nancy Kemp-Arendt. La députée CSV est aux États-Unis depuis une semaine, son fils y vit, et n’a cessé de discuter avec des voisins. «Les femmes ont toujours autant de mal à convaincre en politique», constate-t-elle.

Rappelons que Hillary Clinton avait, elle aussi, perdu les élections. Les hommes américains voteraient majoritairement pour des candidats masculins et les femmes feraient également davantage confiance aux hommes en politique. «Je ne sais pas pourquoi les hommes sont si sûrs d’eux», se demande-t-elle.

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La Luxembourgeoise a beaucoup discuté avec ses amis et s’est parfois même disputée avec eux. «Ils croient en lui, ils pensent qu’il va reconstruire l’économie. Ils ne croient pas Kamala Harris capable de le faire», observe-t-elle. La société américaine est marquée par une pensée individualiste. La politique est tenue pour responsable de la cherté des prix et de l’inflation mondiale, et non pas la guerre en Ukraine et ses conséquences sur l’économie mondiale.

Pour nous en Europe, c’est une catastrophe.

Nancy Kemp-Arendt reste toutefois optimiste : «C’est peut-être le réveil dont l’Europe a besoin. Nous devons nous ressaisir et faire notre part», déclare la politicienne en faisant référence à l’augmentation des dépenses de défense, également au Luxembourg, afin de rendre l’OTAN plus efficace. Elle constate néanmoins une volonté croissante en Europe, «et aussi au Luxembourg», de consacrer plus d’argent à sa propre défense.

LSAP : «J’ai le cœur qui saigne»

«Le populisme a gagné. Mon cœur saigne», résume Taina Bofferding (LSAP). Voilà, sa première réaction à l’élection de Donald Trump. Contrairement à la première élection de ce dernier en 2016, on ne peut pas parler cette fois d’un «dérapage». Les électeurs ont au contraire délibérément choisi Trump. Le résultat montre toutefois qu’en 2024, certaines parties du monde ne sont pas encore prêtes pour une femme à la tête du pays.

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La politicienne du LSAP s’attend entre autres à des coupes sociales ainsi qu’à une nouvelle augmentation du racisme et du sexisme aux Etats-Unis. Mais la présidence du républicain aurait également des répercussions sur l’Europe. Taina Bofferding cite en exemple les livraisons d’armes à l’Ukraine et l’engagement contre le changement climatique, qui seraient désormais menacés.

Déi Gréng : l’Europe ne doit pas se laisser diviser

Pour Sam Tanson, des Verts, il serait réducteur d’essayer d’attribuer la défaite à la personne de Kamala Harris. «Ce n’est pas une élection isolée, il faut voir cela dans le contexte de nombreuses autres élections qui ont eu lieu dans le monde. On voit que depuis la pandémie, les gens vont moins bien, les inégalités augmentent. Beaucoup de gens se sentent abandonnés et attendent désormais des réponses et des solutions», déclare l’ancienne ministre de la Justice.

«On peut douter qu’elles viennent justement d’un homme politique comme Donald Trump, mais on voit bien qu’il y a une fracture sociale.»

J’espère que ce n’est pas un signe avant-coureur des temps sombres qui nous attendent alors aussi.

Sam Tanson

Déi Gréng

En Ukraine, on s’inquiète de plus en plus d’être abandonné, dit-elle. «La proximité entre Trump et Poutine n’est pas nouvelle.» Pour les Européens, l’orientation vers l’«America first» signifie également que l’on renforce sa propre politique de défense. Par ailleurs, la politique économique américaine sous Donald Trump devrait également avoir un impact négatif sur l’économie de l’UE, prévient la députée écologiste.

«L’Europe ne doit pas se laisser diviser par Trump et doit, dans la mesure du possible, parler d’une seule voix», selon Sam Tanson. En ce qui concerne les droits des femmes et la protection des minorités, l’UE doit toujours «porter haut les droits de l’homme». «Je n’espère pas que cela soit un signe avant-coureur des temps sombres qui nous attendent alors aussi.»

Déi Lénk : «Le choix entre deux maux»

Pour David Wagner de la gauche, le résultat de l’élection n’est pas une surprise, il s’y attendait. «Cela ne veut pas dire que je m’en réjouis. Le problème avec les élections américaines, c’est qu’il faut toujours choisir entre le plus grand mal et le moins grand mal», explique-t-il.

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Il y a bien sûr eu des différences entre les deux candidats, sur des «points fondamentaux» et justement sur la politique étrangère, les points de vue de Trump et de Harris se ressemblent beaucoup selon l’homme politique de gauche. «Si j’étais palestinien, je me moquerais de savoir si c’est Harris ou Trump qui gagne. Sauf que Trump est moins hypocrite.»

Les gens ont une peur économique de plus en plus forte. Il ne faut donc pas s’étonner si les fascistes, qui sont bien financés, peuvent capter la colère des gens.

David Wagner

Déi Lénk

Selon lui, une forme de gouvernement «autoritaire-fasciste» va désormais se former aux États-Unis, ce qui donnera de l’élan à des mouvements similaires en Europe. L’élection est le «énième rappel de l’histoire que si la lutte des classes n’est pas une priorité politique, le fascisme s’imposera ou s’imposera», a écrit David Wagner sur X, anciennement Twitter.

«Je commence à être un peu fatigué quand je lis maintenant les commentaires des politologues du centre-gauche au centre-droit, qui passent des semaines à chercher pourquoi cela a pu arriver, alors que la réponse est évidente», dit-il.

Les «systèmes de Sécurité sociale continuent à diminuer, la précarité à augmenter. Les gens ont une peur économique de plus en plus forte. Il ne faut donc pas s’étonner si les fascistes, qui sont bien financés, peuvent capter la colère des gens.»

La classe ouvrière aux Etats-Unis a été abandonnée, les démocrates sont peut-être du côté des travailleurs dans leurs slogans, mais pas dans leurs actions. Ils en ont maintenant reçu la facture, c’est pourquoi beaucoup ont voté Trump. La porte-parole du parti, Carole Thoma, s’inquiète sur X du fait que les minorités, les femmes et les droits de l’homme seront les principales victimes du résultat des élections.

ADR : «Il est positif qu’il y ait déjà un résultat»

Autre son de cloche du côté de l’ADR. «Il est positif qu’il y ait déjà un résultat et qu’il ne faille pas encore se battre pendant des semaines», se félicite Fred Keup, député ADR. Il ne s’est jamais prononcé pour l’un des deux candidats. En tant que luxembourgeois, il n’a pas voulu participer au choix entre Trump et Harris. Mais le résultat des élections montre que Donald Trump est apprécié par les électeurs américains.

Il attend de la deuxième présidence du républicain un esprit de négociation plus fort de la part des Américains que sous Biden. Le fait que Trump redevienne président a des côtés positifs et négatifs. «J’espère toutefois que ce qu’il a annoncé, à savoir qu’il y aurait moins de guerres, sera mis en œuvre», conclut Fred Keup.

Les Pirates : «L’Europe doit renforcer son autonomie stratégique»

Le résultat des élections est un peu surprenant, car l’histoire aurait pu laisser penser qu’un taux de participation élevé serait bon pour les démocrates, explique Sven Clement.

«Une présidence Trump nécessitera de gros efforts de la part de l’UE et du Luxembourg pour ne pas risquer une double guerre commerciale. Nous devons donc mettre en œuvre la transition vers une autonomie stratégique, nous réindustrialiser et partir du principe qu’il y aura désormais quatre années de pur “deal making”», poursuit le député Pirate. «En ce qui concerne l’Ukraine, l’Europe doit également devenir plus visible et parler d’une seule voix au lieu que ce soit une cacophonie !»

Selon lui, c’est le moment de se souvenir de ses propres forces. «Personnellement, j’aurais aimé que Kamala Harris gagne pour montrer à ma petite fille que tout est possible !», conclut Sven Clément.

Anne Calteux : l’UE doit devenir plus rapidement plus indépendante

«Je pense que les résultats des élections montrent clairement que l’Union européenne doit devenir encore plus rapidement indépendante et encore plus forte», déclare Anne Calteux. La cheffe de la représentation de la Commission européenne au Luxembourg ajoute que l’UE continuerait en tout cas à travailler avec les États-Unis en tant que partenaire.

«Mais nous devrons repenser la manière dont nous avons interagi jusqu’à présent et nous nous concentrerons en tout cas sur l’impact que ce [résultat] aura sur l’Ukraine. Nous devrons réfléchir à la manière dont nous pouvons améliorer plus rapidement nos capacités militaires, notamment en ce qui concerne notre compétitivité.»

Anne Calteux estime que la probabilité que Donald Trump redevienne président était l’un des scénarios que la Commission avait déjà envisagés. «Nous nous étions déjà confrontés à Trump lors de son dernier mandat. Nous avons réussi à l’époque, et nous réussirons cette fois encore.»

Cet article a été initialement publié sur le site du Luxemburger Wort.

Adaptation: Thomas Berthol