Publié11. novembre 2024, 07:00

Au Luxembourg: «Mieux travailler» ou «moins travailler»? Le débat est lancé sur la flexibilité

LUXEMBOURG – Semaine de quatre jours, télétravail, utilisation efficiente des heures au bureau: les idées fusent afin de flexibiliser l’organisation du temps de travail au Luxembourg. Autant que les désaccords entre acteurs impliqués…

Thomas Holzer

par

Thomas Holzer

Luc Frieden a lancé le débat sur la flexibilisation du temps de travail.

Luc Frieden a lancé le débat sur la flexibilisation du temps de travail.

Foto: Editpress/Julien Garroy

Sujet de campagne électorale il y a un peu plus d’un an au moment des législatives, l’idée d’une réduction du temps de travail a fait long feu au Luxembourg. Celle de la flexibilisation, en revanche, est plus que jamais d’actualité, bientôt cinq ans après le début de la période Covid, qui a largement redistribué les cartes en la matière.

«La société a changé, les moyens ont changé et le Luxembourg est un État moderne», insistait récemment le Premier ministre Luc Frieden au moment d’ouvrir le débat sur la réorganisation du temps de travail. Une annonce qui n’a rien d’une surprise, bien au contraire. Le chapitre lié au travail dans le programme de coalition s’ouvre ainsi sur la nécessaire «adaptation du cadre légal (…) avec comme objectif de créer un nouvel équilibre entre vie privée et vie professionnelle».

Le télétravail, jusqu’à un certain point

Une philosophie qui correspond à la vision libérale des organisations patronales, partisanes du «mieux travailler» en lieu et place du «moins travailler». Pour autant, ces considérations se heurteront à coup sûr à l’opposition des syndicats, lorsqu’il s’agira de fixer avec précision les contours de ces nouvelles règles. La volonté du gouvernement de généraliser le travail le dimanche dans le commerce a déjà valu quelques turbulences au ministre du Travail, Georges Mischo.

De même, les desiderata des acteurs du monde du travail peuvent faire face à des intérêts divergents. Ardemment souhaité par les salariés de certaines branches dans le secteur des services, le télétravail doit se faire de manière équilibrée et résulter d’un accord entre employeur et employé, précise le programme de coalition. Idée la plus plébiscitée par les travailleurs, la semaine de quatre jours se confronte, là aussi, à certains impératifs.

«Trop de salariés font des heures supplémentaires dans la finance»

Jean-Jacques Rieff, ALEBA

Illustration dans le secteur bancaire, premier pourvoyeur d’emplois au Luxembourg: «C’est très intéressant, mais la proposition a été rapidement rejetée dans les discussions pour la nouvelle convention collective. Trop de salariés font des heures supplémentaires et les journées de plus de dix heures sont interdites», explique Jean-Jacques Rieff, vice-président de l’ALEBA. À l’inverse, plusieurs entreprises ont réussi à la mettre en place dans l’artisanat.

Une part non négligeable des chefs d’entreprise n’en demeure pas moins dubitative. Selon une étude parue l’année dernière sur le site jobs.lu, plus de la moitié des managers ne croient pas à ce mode de fonctionnement. En lieu et place, les organisations patronales plaident pour une adaptation des heures de travail à l’activité de l’entreprise sur l’année: travailler dur au moment des grandes échéances et disposer de davantage de repos en période creuse.

Une idée qui plaît au DP et au CSV, mais qui ne manquera pas de susciter des critiques. «Il y a beaucoup d’idées au gouvernement, mais c’est encore très flou», glisse Jean-Jacques Rieff. Les prochains mois devraient permettre d’y voir plus clair.