Il a bercé l’enfance des quinquagénaires. On l’enfourchait pour aller voir ses potes à l’autre bout du village ou pour s’offrir quelques figures de style pour frimer. Le BMX, sorte de vélo tout terrain à l’apparence dépouillée, n’a jamais vraiment quitté les magasins de cycles, mais de nouvelles modes l’ont relégué au second plan. Il a pourtant fait son entrée aux Jeux Olympiques de Pékin en 2008 sur la pointe des pieds et sous sa forme «course». Ce n’est qu’en 2021 que les stylistes se sont expliqués à Tokyo avant de prolonger la fête à Paris cet été.
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Encore faut-il faire le tri dans le freestyle qui se décline en figures, en trail, en vert, en park, en dirt, en street et en flat. Nous nous arrêterons sur cette dernière nomenclature que nous traduirons littéralement par «plat». Cet dans cet art que Jorge Gomez excelle. Cet Espagnol de 43 ans est marié à une Luxembourgeoise. «On s’est rencontré il y a 15 ans et c’est la raison pour laquelle je suis installé ici», confesse celui que l’on croise régulièrement au Limpertsberg, là où il réside, mais également sur le parvis de la Philharmonie. «La place de l’Europe offre le revêtement idéal pour pratiquer le flat et là, la police ne vient pas nous déloger.»
Last dance?
Jorge, surnommé Viki pour son look de l’époque qui faisait référence à «Vic le Viking», emploie le «nous » du bout des lèvres car ils ne sont pas nombreux à le suivre dans ses aventures ici au pays. «Je croise beaucoup plus des gars du ‘’street’’.» Soit ces téméraires qui utilisent le mobilier urbain pour dessiner des figures.
Le flat, lui, est né aux Etats-Unis, mais fait surtout fureur au Japon où l’on trouve désormais les meilleurs spécialistes de la discipline. «La tendance a bougé comme le soleil, passant entre-temps par l’Europe avec de bons compétiteurs français notamment. Les Jeux Olympiques de Tokyo ont joué leur rôle d’accélérateur en 2021 et les établissements scolaires se sont emparés du phénomène.»
Viki Gomez s’entraîne encore entre deux et trois heures par jour cinq fois par semaine. © PHOTO: Rezi Kenia
A 43 ans, le triple champion du monde est en pleine transition. Ses plus beaux jours sont derrière lui, même s’il s’entraîne encore entre deux et trois heures par jour cinq fois par semaine, mais tant qu’il prend plaisir à se contorsionner sur sa bécane, il en profite. «Je me sens bien et je suis encore cinquième au classement mondial mais j’accepte tout à fait de voir une nouvelle génération damer le pion aux plus âgés. Je suis même prêt à lui donner des conseils. En parallèle, je me prépare à ma reconversion dans l’organisation d’événements. Peut-être que cet Euro sera l’une de mes dernières compétitions.»
Cette nouvelle vie a d’ailleurs déjà commencé. Elle trouvera un point d’ancrage aux Rotondes le samedi 16 novembre avec l’organisation des Championnats d’Europe de BMX Flat. «Ma femme et moi faisons partie de la structure L.U.X. (Luxembourg Urban Xperience) et nous voulions lancer un ballon d’essai avant de voir plus grand l’année prochaine avec un festival qui regrouperait plusieurs sports urbains.»
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Cet hameçonnage sera bref et intense. Deux heures de spectacle, de 18h à 20h, quatre filles, huit garçons et un jury pour départager tout ce beau monde. «Ces finales se dérouleront selon les règles de l’UCI. L’originalité, la difficulté et la prise de risques seront les critères les plus importants aux yeux des juges. Le contrôle du vélo et l’exécution des figures font aussi partie des fondamentaux.»
L’Ibère veut surtout prendre du plaisir et en offrir aux spectateurs. «C’est très varié d’un rider à l’autre. Chacun a sa figure favorite et chacun propose aussi la musique sur laquelle il souhaite se produire.» Chaque rider disposera de trois minutes pour convaincre le jury. Ce sera donc une sorte de quitte ou double puisqu’une chute, voire un simple contact avec le sol, est souvent rédhibitoire.
«Le sport urbain a besoin de structures intérieures»
Ces artistes de l’équilibre accordent aussi de l’importance à leur look en compétition. Ils portent des vêtements de sport dernier cri dans lesquels ils se sentent à l’aise pour martyriser leur vélo fait d’acier ou de titane. «Ce métal est de plus en plus utilisé. Surtout au Japon. Il est très léger et donc pratique», poursuit Viki Gomez.
Viki Gomez s’entraîne encore entre deux et trois heures par jour cinq fois par semaine. © PHOTO: Rezi Kenia
Le champion du monde espère que cette démonstration suscitera des vocations mais il rappelle que ce n’est pas si facile de trouver les endroits adéquats pour développer la discipline. «Il faut absolument des spots intérieurs pour s’entraîner et j’ai la ferme intention d’en dénicher au Luxembourg pour que les jeunes de 6, 7 ans mettent le pied à l’étrier. Pas seulement pour le BMX mais pour le skateboard aussi. S’entraîner de façon conséquente à l’extérieur est compliqué en raison de la météo. Ici, c’est un peu trop pluvieux et froid. A Madrid, d’où je viens, il fait souvent trop chaud. Le littoral méditerranéen est l’endroit idéal et ce n’est pas un hasard si l’industrie du BMX bat son plein là-bas.»
Le Madrilène va ainsi prendre son bâton de pèlerin pour essayer de convaincre les pouvoirs publics car il ne souhaite pas se lier avec des structures privées. Dans la jungle des lieux offrant des plages disponibles pour la pratique d’un sport indoor, Viki Gomez aura bien besoin de ses talents d’équilibriste et de son sens de la compétition pour convaincre.