L’immoralité des élus et le laxisme judiciaire, combats politiques de Marine Le Pen… jusqu’à sa mise en cause

by arktal

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  1. En 2012, la cheffe de file de l’extrême droite appelait à utiliser davantage l’« arme de l’inéligibilité » contre les élus condamnés. Douze ans après, elle est elle-même menacée d’une peine qui pourrait l’empêcher de se présenter à la présidentielle de 2027.

    L’extrait a été largement partagé, mercredi 13 novembre au soir, après la réaction indignée de Marine Le Pen aux réquisitions du parquet dans le procès des assistants parlementaires européens du Front national (FN, devenu Rassemblement national, RN, en 2018). On y voit la dirigeante d’extrême droite, rajeunie de vingt ans, face à Jean-François Copé, alors porte-parole du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. Le contexte : à quelques semaines des élections régionales de 2004, Alain Juppé, potentiel candidat à la présidentielle, vient d’être condamné à dix ans d’inéligibilité – la peine sera ramenée à un an en appel – dans l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris.

    Marine Le Pen trouve alors que l’on fait trop peu de cas de ces affaires de détournements de fonds et déplore que M. Juppé n’abandonne pas la vie politique. « Les Français n’en ont pas marre d’entendre parler des affaires, ils en ont marre qu’il y ait des affaires !, s’agace-t-elle sur le plateau de l’émission « Mots croisés ». Ils en ont marre de voir des élus qui détournent de l’argent, c’est scandaleux. (…) Respecter la démocratie, c’est ne pas voler l’argent des Français. » Suivant le vieux slogan lepéniste « Tête haute, mains propres », Marine Le Pen est alors une ardente défenseuse de la moralisation de la vie politique française, combat qu’elle poursuivra… jusqu’à être elle-même menacée par la justice.

    Ainsi, au début des années 2010, lorsque Nicolas Sarkozy et ses soutiens sont cernés par les affaires et que des élus locaux socialistes sont condamnés pour détournement de fonds – délit aujourd’hui reproché à la triple candidate à la présidentielle –, le secrétaire général du FN, Steeve Briois, et sa présidente, Marine Le Pen, sont prompts à réclamer « opération mains propres » et démission immédiate – concernant la députée socialiste des Bouches-du-Rhône Sylvie Andrieux.

    **Le vent tourne**

    « L’arme de l’inéligibilité devra être utilisée avec beaucoup plus de rigueur », écrit Marine Le Pen, en 2012, dans son deuxième et dernier livre, Pour que vive la France (éd. Jacques Grancher), dans un chapitre visant à « restaurer la morale publique ». Deux ans plus tard, après la mise en cause de Thomas Thévenoud, éphémère secrétaire d’Etat de François Hollande accusé de ne pas payer ses impôts, Steeve Briois souligne, dans un édito publié sur le site du FN : « La morale publique est depuis toujours l’un de nos principaux combats. L’intransigeance dans ce domaine est la condition sine qua non au renouvellement du lien de confiance qui doit unir un peuple et ceux qu’il a mandatés pour diriger son destin. »

    Mais le vent tourne. En septembre 2015, le FN est mis en examen dans le cadre d’une enquête sur le financement des campagnes présidentielle et législatives de 2012, qui aboutira à sa condamnation. En 2017, la campagne présidentielle de Marine Le Pen est polluée par le déclenchement de l’enquête sur les assistants parlementaires de son parti. Il n’est plus alors question de morale publique dans son programme présidentiel.

    Lorsque vient l’heure d’adapter l’arsenal législatif aux turpitudes des élus, le RN se fait plus discret. En 2017, l’Assemblée nationale s’est par trois fois prononcée sur le projet de loi d’Emmanuel Macron « pour la confiance dans la vie publique ». Trois fois, les représentants d’extrême droite se sont abstenus sur un texte qui prévoyait, notamment, l’instauration d’une peine complémentaire obligatoire d’inéligibilité en cas de condamnation pour atteinte à la probité. « Ce ne sont pas ces projets de loi qui rétabliront la confiance entre les Français et leurs représentants, car la confiance ne se décrète pas, elle se gagne », justifiait alors le député Sébastien Chenu (Nord).

    Depuis le début des années 2010, le RN n’a jamais varié en matière de probité : ses représentants ont balayé chaque texte visant à endiguer l’affairisme dans le monde politique. Hors « crimes et délits les plus graves (…), la mise à l’écart de la vie politique doit rester d’abord une décision de l’électeur, résultant de son vote », expliquait en 2023 le député Bruno Bilde (Pas-de-Calais), en opposition à une proposition de loi étendant le champ de l’inéligibilité obligatoire aux cas de condamnation pour des violences aggravées.

    **« Tolérance zéro »**

    A mesure que se multipliaient les échéances judiciaires, et devant la perspective d’un procès de Marine Le Pen, le RN n’a plus dévié dans sa défense du politique face au juge. Même quand la justice a plané dans le ciel de ses opposants. Exception faite, parfois, quand il y allait de son intérêt électoral. En avril 2023, Franck Allisio, député (RN) des Bouches-du-Rhône, se réjouissait de l’inéligibilité avec exécution provisoire qui frappait le maire (Horizons) de Toulon, Hubert Falco, ouvrant la voie à la prise de la ville par la députée d’extrême droite Laure Lavalette. « Je salue une décision de justice qui sonne comme la fin d’un monde, la fin d’un vieux système », souriait dans une vidéo l’élu, tout de même soucieux de ne pas « [s]’acharner sur un homme déjà à terre ».

    Une délicatesse à rebours de la « tolérance zéro » promise par le parti contre toute autre forme de délinquance. La lutte contre le laxisme judiciaire est un invariant des programmes politiques de l’extrême droite. Ses élus s’agacent régulièrement de peines insuffisantes ou des largesses des magistrats quant aux aménagements de peine. Le programme de Marine Le Pen lors de la présidentielle de 2022 décrit une justice ayant perdu sa force de dissuasion, à force de prévoir des alternatives à la prison. L’aménagement des peines de prison, même fermes, et les réductions de peine automatiques sont décrites comme des erreurs.

    « L’aversion pour la prison qui dicte la politique pénale depuis longtemps avait conduit à aménager systématiquement les courtes peines de prison, peut-on lire. Le bon sens commande donc de changer radicalement la logique à l’œuvre aujourd’hui en France, qui consiste à interdire de prononcer des peines de prison inférieures à un mois et à ne pas effectuer celles inférieures à six mois. » Si le tribunal suivait les réquisitions du procureur à son encontre, Marine Le Pen bénéficierait de cette politique d’alternative à la prison.

  2. Aha, la politique d’extrême-droite est en fait hypocrite ! On l’a bien eue ; la pauvre n’a plus qu’à filer la queue entre les jambes, tous ses desseins déjoués !

  3. Intransigeance et autorité pour les “indésirables” , impunité et laxisme pour les “désirables”.

    Comme tous les mouvements fascistes après tout, on ne change pas une recette qui gagne.

  4. Reste plus qu’a en faire une martyr en la mettant vraiment en taule ce serait une erreur mais j’en doute ,trop utile pour l’extrême centre

  5. J’adorerais que les juges prennent son projet politique au mot, et lui collent un mandat de dépôt.

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