Je suis la 5e génération française d’une famille issue des anciennes colonies, et 3e génération à vivre en métropole.
Mais voilà comme je suis toujours bien bronzé, on me traite souvent comme si je venais de débarquer à CDG avec un faux passeport.
T’es pas blanc, forcément tu peux pas être français.
“Pourquoi t’as un nom français alors que t’es pas blanc ?”, “C’est quoi ton vrai nom ?”, “les gens comme vous…”, “t’étais à la préfecture ?” quand je prends un jour off. “Vous parlez français ?” au premier contact et toutes les micros agressions imaginables du genre.
Y a quelques jours on discutait avec des collègues, je leur dis que je suis parisien depuis toujours. Un mec rigole et passe sa main devant son visage en disant “ah oui très parisien !! Ca se voit pas au premier regard par contre”.
Mais quand tu te plains : “oooh c’est bon…” / “vous exagérez…”.
Guère étonnant, ils sont nés ici mais portent encore le stigmate “d’être d’ailleurs”. Triste.
C’est l’effet CNEWS / BFMTV.
Le sentiment de discrimination est moins fort avec les nouveaux arrivés précisément parce que ce n’était pas leur pays. La fameuse docilité des messieurs et des dames immigrés des précédentes décennies qui “eux, ne faisaient pas d’histoire”, qui s’accommodaient du racisme précisément parce qu’ils n’étaient pas chez eux et que de toute façon leur venue ici était théoriquement temporaire (même si bon, l’histoire a montré l’inverse) et constituait un gain de niveau de vie.
Ce sentiment augmente à la deuxième génération car les enfants nés et socialisés en France sont des Français et se sentent légitimes à revendiquer des trucs. Mais comprennent qu’ils ne sont pas tout à fait comme les autres Français. En particulier les Français d’origine Africaine, noire ou arabe. Et au cas où ils l’auraient oublié, il y a toujours quelque chose pour le leur rappeler (médias, micro-agressions, barrages face à des opportunités persos ou pros…). En fait ceux-là subissent potentiellement un cocktail de discriminations : classisme, racisme, sexisme, biais statistique (“beaucoup de X ont représentés dans des délits = les X sont tous comme ça”). ou encore islamophobie. C’est d’autant plus vrai, comme j’avais dit sur un autre poste, que nous avons fait des études pour beaucoup et donc que nous sommes les “pionniers” de nos communautés à avoir fait des études longues, des masters… et qu’on se rend parfois compte que notre insertion n’est pas aussi évidente que pour d’autres.
Bref, la première génération a relativement bien vécu (je dis relativement hein) la discrimination car pas chez elle. La seconde est théoriquement chez elle et donc son référentiel change : elle se compare à des Français, et là elle constate une différence de traitement moins facile à supporter. C’est comme si demain j’allais vivre au Japon, dans l’absolu je comprendrais de passer en second plan puisque je ne suis pas Japonais ; si j’avais un enfant franco-japonais, lui s’identifierait aux autres Japonais et souffrirait donc d’avantage des différences de traitement.
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Je suis la 5e génération française d’une famille issue des anciennes colonies, et 3e génération à vivre en métropole.
Mais voilà comme je suis toujours bien bronzé, on me traite souvent comme si je venais de débarquer à CDG avec un faux passeport.
T’es pas blanc, forcément tu peux pas être français.
“Pourquoi t’as un nom français alors que t’es pas blanc ?”, “C’est quoi ton vrai nom ?”, “les gens comme vous…”, “t’étais à la préfecture ?” quand je prends un jour off. “Vous parlez français ?” au premier contact et toutes les micros agressions imaginables du genre.
Y a quelques jours on discutait avec des collègues, je leur dis que je suis parisien depuis toujours. Un mec rigole et passe sa main devant son visage en disant “ah oui très parisien !! Ca se voit pas au premier regard par contre”.
Mais quand tu te plains : “oooh c’est bon…” / “vous exagérez…”.
Guère étonnant, ils sont nés ici mais portent encore le stigmate “d’être d’ailleurs”. Triste.
C’est l’effet CNEWS / BFMTV.
Le sentiment de discrimination est moins fort avec les nouveaux arrivés précisément parce que ce n’était pas leur pays. La fameuse docilité des messieurs et des dames immigrés des précédentes décennies qui “eux, ne faisaient pas d’histoire”, qui s’accommodaient du racisme précisément parce qu’ils n’étaient pas chez eux et que de toute façon leur venue ici était théoriquement temporaire (même si bon, l’histoire a montré l’inverse) et constituait un gain de niveau de vie.
Ce sentiment augmente à la deuxième génération car les enfants nés et socialisés en France sont des Français et se sentent légitimes à revendiquer des trucs. Mais comprennent qu’ils ne sont pas tout à fait comme les autres Français. En particulier les Français d’origine Africaine, noire ou arabe. Et au cas où ils l’auraient oublié, il y a toujours quelque chose pour le leur rappeler (médias, micro-agressions, barrages face à des opportunités persos ou pros…). En fait ceux-là subissent potentiellement un cocktail de discriminations : classisme, racisme, sexisme, biais statistique (“beaucoup de X ont représentés dans des délits = les X sont tous comme ça”). ou encore islamophobie. C’est d’autant plus vrai, comme j’avais dit sur un autre poste, que nous avons fait des études pour beaucoup et donc que nous sommes les “pionniers” de nos communautés à avoir fait des études longues, des masters… et qu’on se rend parfois compte que notre insertion n’est pas aussi évidente que pour d’autres.
Bref, la première génération a relativement bien vécu (je dis relativement hein) la discrimination car pas chez elle. La seconde est théoriquement chez elle et donc son référentiel change : elle se compare à des Français, et là elle constate une différence de traitement moins facile à supporter. C’est comme si demain j’allais vivre au Japon, dans l’absolu je comprendrais de passer en second plan puisque je ne suis pas Japonais ; si j’avais un enfant franco-japonais, lui s’identifierait aux autres Japonais et souffrirait donc d’avantage des différences de traitement.
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