Michel Barnier cède encore du terrain à l’extrême droite, le RN en demande toujours plus

by arktal

7 comments
  1. Le premier ministre n’en finit plus de céder aux desiderata de l’extrême droite dans l’espoir d’échapper à une censure du gouvernement la semaine prochaine. Michel Barnier s’est déjà couché sur la fiscalité de l’électricité et l’aide médicale d’État, mais Marine Le Pen en exige davantage.

    Depuis la nomination de Michel Barnier à Matignon, le Rassemblement national (RN) revendique la « mise sous surveillance » du gouvernement. Les derniers jours ont surtout prouvé que l’exécutif était sous influence du parti de Marine Le Pen. Alors que la triple candidate à la présidentielle et son groupe de député·es agitent la menace d’une motion de censure dès la semaine prochaine, le premier ministre franchit une à une toutes les « lignes rouges » édictées par l’extrême droite.

    Dans un entretien accordé au Figaro, le chef du gouvernement a ainsi annoncé renoncer à « augmenter les taxes sur l’électricité », contrairement à ce qui était prévu dans le projet de loi de finances (PLF) pour 2025. Une décision qui devrait permettre, à l’entendre, « une baisse des prix de l’électricité de 14 %, qui ira donc bien au-delà de la baisse de 9 % prévue initialement ». Bruyamment réclamé par Marine Le Pen depuis des semaines, ce renoncement vient allonger la longue liste des concessions accordées au RN depuis la rentrée de septembre. Et ce, malgré les efforts de communication déployés par Michel Barnier pour prétendre le contraire.

    Dans le même entretien, le premier ministre a esquissé plusieurs autres annonces sous forme de cadeaux à l’extrême droite, dont une diminution « sensible » des soins pris en charge par l’aide médicale d’État (AME), là où Marine Le Pen réclamait une baisse « drastique », ainsi qu’une future réforme « pour éviter les abus et les détournements ». Michel Barnier a également indiqué que des mesures seraient prises « à court terme » pour lutter contre l’immigration illégale et « maîtriser » de façon « très stricte » l’immigration légale.

    Parmi les macronistes, l’annonce de la baisse des crédits de l’AME et de sa refonte potentielle a jeté un froid. Plusieurs figures du camp présidentiel en avaient fait leur propre « ligne rouge » au moment de la nomination de Michel Barnier à Matignon. Mi-octobre, alors que l’hypothèse d’une nouvelle loi immigration créait déjà un gros malaise en interne, l’entourage d’un ministre de poids affirmait même que celui-ci « dira[it] ciao » si Bruno Retailleau touchait à l’AME dans la future réforme.

    Jeudi soir, les député·es Ensemble pour la République (EPR) ne cachaient pas leur embarras, beaucoup préférant attendre l’exégèse de l’entretien du premier ministre avant de se prononcer sur son annonce. « Si c’est dans le cadre du rapport Stefanini-Evin de décembre de 2023, alors pas de problème, temporisait Ludovic Mendes, porte-parole du groupe à l’Assemblée. Si c’est dans un autre cadre, il va falloir tout justifier… »

    Son collègue Guillaume Gouffier Valente se fendait d’un message plus explicite sur le réseau social X : « Puisqu’il faut encore le répéter : réduire l’AME, c’est mettre en danger des vies, se priver d’un moyen efficace de prévenir des épidémies sur notre sol. Ce serait aussi une catastrophe budgétaire pour notre hôpital public. Une telle décision serait démagogique et irresponsable. »

    Quant au président de la commission des lois au Palais-Bourbon, Florent Boudié, il a confié à Mediapart sa « grande méfiance » et sa « tristesse » de voir l’AME « être instrumentalisée par le premier ministre à quelques jours d’une censure qui pourrait le renverser ». « Signe de fébrilité ? », s’est-il interrogé de manière rhétorique, avant d’indiquer que « des initiatives institutionnelles ou plus politiques » pourraient être mises en place pour faire entendre une autre voix. Dans le cas où « le gouvernement [ne serait] pas renversé la semaine prochaine », a-t-il pris soin de préciser.

    **Toujours plus d’exigences**

    Malgré les multiples concessions de Michel Barnier, Marine Le Pen et ses troupes restent déterminées à profiter des faiblesses du gouvernement, en maintenant la pression afin d’en obtenir le maximum. Ainsi ont-elles choisi de laisser sur la table la totalité de leurs exigences, en continuant de brandir leur menace de voter la censure si elles n’étaient pas prises en compte. Et ce, dans un délai très court puisque le RN pourrait appuyer sur le bouton dès la semaine prochaine, lors du retour du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) à l’Assemblée nationale.

    « Il y a encore des difficultés. Nous sommes jeudi. Il a jusqu’à lundi », a prévenu la triple candidate à la présidentielle dans Le Monde, regrettant, une fois encore, le supposé manque de considération à son égard dont ferait preuve le premier ministre. « L’attachement à dire que cela n’est pas une concession au Rassemblement national me pose un problème démocratique, dit-elle. Je ne vois pas ce qu’il y a de honteux, dans une démocratie, à tenir compte des lignes rouges du premier groupe de l’Assemblée nationale. »

    Le parti d’extrême droite avait publié jeudi un communiqué listant ses demandes concernant le PLFSS pour éviter une censure : « l’indexation pour tous les retraités des pensions au 1er janvier », « le retrait de la suppression des allègements de charges sur les entreprises » et « l’engagement de ne pas dérembourser les médicaments ». Liste à laquelle Marine Le Pen a ensuite ajouté des demandes concernant le financement des mesures annoncées par le premier ministre. « Les dernières annonces de M. Barnier ne sont pas financées par des économies structurelles. Elles aggravent donc un déficit déjà abyssal et ça n’est pas acceptable », a-t-elle écrit sur X.

    > Si on avait un mandat impératif de nos électeurs, on aurait voté la censure depuis longtemps.

    > *Jean-Philippe Tanguy, président délégué du groupe RN*

    Pour renoncer à voter la censure dès la semaine prochaine, le RN réclame également des engagements sur le PLF qui doit revenir à l’Assemblée juste avant les fêtes de Noël. « Le groupe RN invite le premier ministre à annoncer qu’il baisse drastiquement l’AME, qu’il va négocier avec Bruxelles une baisse de la contribution de la France au budget de l’UE, ainsi que tout ou partie des économies structurelles proposées par le RN. » Le parti d’extrême droite entend ainsi faire reprendre au gouvernement des pans entiers de son contre-budget.

    Autant de demandes qui restent à satisfaire et qui permettent aux dirigeants du RN de souligner qu’« on est très loin du compte », pour reprendre les mots du député Sébastien Chenu. « Si Michel Barnier pensait se sortir d’affaire par un rafistolage à la va-vite, il se met le doigt dans l’œil », a récemment déclaré celui-ci dans les couloirs de l’Assemblée. « On se réjouit de la disparition de cette première ligne rouge, mais il en reste bien d’autres », a aussi réagi un proche de Marine Le Pen auprès de Mediapart après l’annonce du premier ministre sur l’électricité.

    Poussé·es par leur base électorale à censurer le gouvernement au plus tôt, les député·es RN semblent avoir fait leur choix, tout en faisant mine de chercher des voies alternatives, au prétexte d’un esprit de responsabilité. Mais ces voies sont larges puisqu’elles se résument à demander à Michel Barnier d’appliquer ni plus ni moins le programme de Marine Le Pen. « Prétendre que la censure serait déjà décidée, ce serait faux et irresponsable, ce serait fermer la porte aux dernières marges de négociation », arguait mercredi le président délégué du groupe RN Jean-Philippe Tanguy, tout en concédant que « s[’ils] avai[en]t un mandat impératif de [leurs] électeurs, [ils] aurai[en]t voté la censure depuis longtemps ».

    Sitôt les concessions du premier ministre formulées, les responsables politiques de gauche ont dénoncé la complaisance du gouvernement à l’égard de l’extrême droite. « Le premier ministre marche sur le front républicain, a réagi le député socialiste Arthur Delaporte. C’est une faillite morale et une erreur profonde, car il fait tomber les digues et les barrières. »

    « C’est, comme le lui demandait hier soir Gérald Darmanin, vers l’extrême droite qu’il se tourne pour éviter la censure », a regretté le premier secrétaire du parti, Olivier Faure. La veille, l’ancien ministre de l’intérieur avait en effet appelé l’exécutif à « discuter aussi avec les députés du RN ». La cheffe de file des député·es La France insoumise (LFI), Mathilde Panot, a quant à elle accusé Michel Barnier de céder « au racisme le plus crasse », avant de prévenir le principal intéressé : « Il aura la censure qu’il mérite. »

  2. Bon Michel, maintenant tu vas dire à ton ministre de la justice de me lâcher les basques. Tu tiens à ton boulot, hein Michel?

  3. On rappel que les députés ni de droite ni de gauche préfèrent ça à une alliance avec la gauche. Si y’avait encore des doutes sur leur position “centriste”.

  4. Vu que la stratégie de Macron c’est de garder Mimi le plus longtemps à son poste de premier ministre ça va continuer à deepthroat les nazis ?

    Franchement la direction que prend la France politiquement est effrayante.

  5. Bah c’est un peu sur. Le LFI ne négocie pas, donc ils négocie avec la droite.

  6. C’est plus une passerelle c’est une autoroute 2x 6 voies la. Je suis sûre que sans Macron l’extrême droite n’aurait jamais eu autant de chance de dominer les prochaines elections. La ok est partis pour a0 ou 15 ans d’extrême droite au moins. Ils ont quasiment toute l’audience sur tiktok , insta , télé, facebook , télégram, reddit et ainsi de suite. En fait le seul moyen de les eviter c’est de ne plus rien lire.

Comments are closed.