Suis-je en mesure de donner mon sang? De nombreux résidents ou frontaliers se posent peut-être cette question. Et si l’appel lancé très récemment par la Croix-Rouge luxembourgeoise pour rapidement reformer le stock en baisse de poches de sang provoquait chez vous l’envie d’essayer?

Rendez-vous pris, nous avons poussé la porte du centre de transfusion sanguine, situé entre la place de l’Étoile et le Glacis, à Luxembourg-Ville (les lieux de collecte sont listés ici). «Un don est responsable, bénévole, non rémunéré, et nous devons honorer cette démarche personnelle», illustre le docteur Andrée Heinricy, médecin au CTS.

Pourquoi donner?

Donner son sang est tout à la fois un geste simple et noble. Car il convient de rappeler que la survie de patients dépend de cette générosité désintéressée. «Pour certaines personnes, c’est une question de vie ou de mort», justifie le Dr. Heinricy. «Pour d’autres, il est question d’améliorer par le don leurs conditions de vie. En une heure de temps, je peux sauver la vie de quelqu’un ou améliorer les conditions de vie d’un autre. C’est déjà quelque chose de très grand.»

Pour le centre de transfusion sanguine, qui fait office de banque du sang au Luxembourg, les besoins sont continus. «100 à 120 dons par jour», précise le Dr. Heinricy. En 2023, la Croix-Rouge luxembourgeoise a répertorié 15.354 donneurs dans le pays, un record, tandis qu’on a compté 20.595 dons durant l’année, en baisse du fait d’une demande moindre de la part des hôpitaux.

Qui peut donner?

«Chacun peut donner», à quelques exceptions près, indique la Croix-Rouge sur le site dondusang.lu, qui répertorie toutes les questions et les réponses sur le sujet. Il faut grossièrement retenir qu’on peut donner si on est en bonne santé, entre 18 et 70 ans (60 ans pour un premier don), si on pèse 50 kg au moins et si on ne présente pas de risque de transmettre des maladies par le sang.

Quelles sont les étapes du don?

Après une prise de rendez-vous sur le site de la Croix-Rouge ou sur Doctena, il suffit de se présenter muni d’une pièce d’identité et de sa carte CNS pour engager le protocole.

Cette brève démarche administrative précède un premier passage dans le fauteuil du donneur. Il est question, ici, de vérifier certains paramètres de bonne santé générale avec une prise de tension et un calcul du rythme cardiaque. Une première petite piqûre est réalisée pour recueillir un échantillon de sang qui sera testé pour déterminer, notamment, le groupe sanguin du donneur.

S’ensuit le remplissage d’un questionnaire médical. Un «oui» ou un «non» à environ 70 interrogations. «Ces 4 dernières semaines, avez eu une réaction allergique?» «Dans votre vie, vous êtes-vous injecté des drogues ou produits dopants, même une fois?» «Avez-vous séjourné, entre 1980 et 1996, plus de 12 mois au Royaume-Uni?» L’objectif? Déterminer la bonne santé générale du donneur potentiel et identifier d’éventuels risques.

Ce questionnaire est ensuite débriefé lors d’un entretien confidentiel avec un médecin. Lorsque celui-ci estime que le volontaire peut donner son sang, le donneur est confié aux infirmiers et infirmières qui vont réaliser le prélèvement en salle de don.

Est-ce que c’est douloureux?

Tandis que le personnel reste en permanence au chevet du donneur pour l’accompagner, chaque geste est expliqué, réalisé avec soin et propreté. Le protocole est strictement encadré pour assurer le bon déroulement du don et la bonne santé du donneur.

Tout est évidemment question d’habitude, mais l’appréhension est vite évacuée lorsque le cadre sain et sécurisé est garanti. La bienveillance de l’infirmier ou de l’infirmière chargée de préparer votre bras (désinfecté à l’endroit de la ponction) rassure.

Chaque individu a son propre rapport à la douleur. Celle-ci, légère, ressentie au moment où l’aiguille pénètre la peau, dure un instant. Une fois que le sang circule vers la poche, la suite est tout à fait indolore. Se décontracter, s’hydrater en permanence et presser une balle antistress sont autant de gestes qui font passer le don en un instant. Qui correspond tout au plus à une dizaine de minutes, le temps de remplir une poche de 475 millilitres dans le cadre d’un don du sang total.

À quoi faut-il veiller après le don?

Pas de panique. Le sang prélevé se reconstitue naturellement dans l’organisme en l’espace de quelques heures. À condition de bien s’hydrater, tout en évitant les boissons alcoolisées et les efforts physiques pendant 24 heures.

Juste après le don, une faiblesse passagère peut éventuellement être ressentie. C’est pourquoi le Centre de Transfusion sanguine vous oriente toujours, quoi qu’il arrive, vers la cafétéria pour manger un casse-dalle et ingurgiter une boisson. En définitive, «le don ne présente pas de risque particulier», rappelle la Croix-Rouge.

Ça prend combien de temps?

Dans le cadre d’un tout premier don de sang, la démarche est naturellement plus longue. Comptez une bonne heure a minima pour passer les différentes étapes. Dès le deuxième don, une demi-heure, seulement, est nécessaire.

Et ensuite?

Tandis que le donneur a rempli sa mission, la poche est stockée au CTS. Une fois les échantillons (prélevés en marge du don) analysés et si le donneur n’a pas été malade dans les jours suivant le don, la poche peut rejoindre les frigos du CTS, parée à être administrée à un patient.

Dès lors, plusieurs options: soit un hôpital passe commande de la poche en question pour reconstituer sa réserve ou pour anticiper un besoin (pour une intervention ou un traitement programmé par exemple), soit les établissements font appel au CTS dans le cadre d’une urgence. Dès lors, la Croix-Rouge luxembourgeoise peut acheminer à la hâte des poches.

Les poches sont la plupart du temps transfusées à des accidentés, à des gens qui doivent subir une opération cardiaque, qui suivent un traitement au long cours, comme une chimiothérapie contre le cancer, à des femmes ayant perdu beaucoup de sang lors d’un accouchement…

Bon à savoir

Vous pouvez donner au sein de votre entreprise: plusieurs sociétés hébergent occasionnellement des collectes mobiles, comme Cargolux, Ceratizit, PwC, la Société électrique de l’Our, Aztec, EY ou Goodyear.

D’autres entreprises accordent, conformément aux conventions collectives, des congés spécifiques de quelques heures pour pouvoir réaliser un don.

Rares sont les très jeunes donneurs. Les 18-20 ans ont représenté 1,1% des donneurs en 2023 au Luxembourg, tandis que les 65-70 ans ont représenté 6,3% du total des donneurs.

On peut donner son sang (qui comporte des globules rouges, des plaquettes et du plasma), mais on peut aussi donner uniquement son plasma ou ses plaquettes.

Après un don du sang total, il faut patienter 3 mois (pour un homme) et 4 mois (pour une femme) avant de renouveler l’expérience. Pour un don de plasma ou de plaquettes, un mois suffit.