Emmanuel Guigon dirige le musée le plus visité de Barcelone, et de Catalogne. Niché dans un ancien palais du quartier Gotic, le Musée Picasso a dépassé le million de visiteurs annuels. Il se renouvèle plusieurs fois par an au rythme des expositions temporaires, des accrochages, des rencontres sous la houlette érudite d’un conservateur français.

Nombreux sont les Français de Barcelone à briller dans leur domaine. Depuis 2016 et son arrivée à la tête du Musée Picasso (émanation de la Fondation éponyme), Emmanuel Guigon en est un bel exemple. Avec lui, cette institution inaugurée en 1963, seul musée voulu par Picasso lui-même, a franchi le million de visiteurs annuel (d’abord des Américains puis des Asiatiques et des Italiens) et enfin conquis les Catalans. “Ils étaient 2 % à venir, aujourd’hui ils sont 18 % ! 18 % d’un million c’est pas mal, non ?”, sourit ce spécialiste de l’art espagnol du XXe siècle, ancien conservateur du musée d’art moderne de Strasbourg, passé notamment par la prestigieuse Casa Velasquez, à Madrid.

Auteur de livres en série, “six ou sept par an”, assume-t-il, Emmanuel Guigon dit s’occuper à Barcelone d'”un grand musée international devenu une grande référence scientifique, qui est singulier : la jeunesse de Picasso est présentée ici, sa période bleue puis ses ballets russes, ses œuvres d’adolescent mais aussi celles à partir de 1957. Picasso est ancré dans cette ville, il a des liens avec Barcelone toute sa vie et contribue à son rayonnement”.
1957 c’est l’année de réalisation de ses Meninas, sa réinterprétation, en 58 variations, toutes à Barcelone, du chef-d’oeuvre de Diego Velazquez (museo del Prado). Trois pièces du musée barcelonais leur sont consacrées.

Réinterprétation des Meninas par Picasso.

Réinterprétation des Meninas par Picasso.
L’Indépendant – Charles Baron

Picasso est ancré à Barcelone

Emmanuel Guigon se penche sur les archives autour de Picasso. “En ce moment, je travaille à récupérer sa correspondance avec sa famille à partir de 1900 quand il s’installe à Paris, et quand il est entre Paris et Barcelone où il revient en 1917 puis une dernière fois en 1934 pour voir sa famille”.

 

Le Français aime à rappeler que Picasso a voulu ce musée dans “sa” ville. Pour cela “il est entré en négociation avec un notaire et le maire franquiste de Barcelone. Le musée est inauguré en 1963 et en 1968 il offre sa variation des Meninas”. Leur présence au musée barcelonais est “fondatrice”, assure Emmanuel Guigon, “il a pris une nouvelle dimension”.

Une partie des 4 000 oeuvres du musée Picasso de Barcelone reproduite sur un immense mur.

Une partie des 4 000 oeuvres du musée Picasso de Barcelone reproduite sur un immense mur.
L’Indépendant – Charles Baron

Contacts avec Céret et Perpignan

Le conservateur, qui parcourt le monde de conférences en tables rondes (voire cubiques), a eu “un contact avec Perpignan” dont il apprécie le nouveau musée Rigaud et, bien sûr, sait l’importance d’une autre ville des Pyrénées-Orientales pour Picasso, Céret. “Il y est allé et il y a un magnifique musée, je me souviens de Joséphine Matamoros bien sûr (longtemps conservatrice du musée cérétan-NDLR), ils font une belle programmation, l’expo Max Jacobs cet été pour laquelle nous avons prêté des choses. On leur en emprunte aussi, des céramiques notamment”.

La période bleue largement représentée dans la collection permanente.

La période bleue largement représentée dans la collection permanente.
L’Indépendant – Charles Baron

Après la belle expo, en cours, sur les Catalans de Paris, Emmanuel Guigon prépare, pour 2026, une expo sur “Picasso, l’architecte”. Avant elle, les visiteurs découvriront “Ubu peintre” à l’automne 2025 et “Sala Gaspar”, l’été prochain, du nom de la galerie d’art qui a introduit Picasso à Barcelone.