Il y a vingt-deux ans, une guerre vicieuse, déjà, a amené Vladimir Poutine au pouvoir. Depuis lors, la guerre est restée l’un de ses principaux outils. Il l’a continuellement utilisée, sans hésiter, au cours de son long règne. Poutine existe grâce à la guerre, et a prospéré par la guerre. Espérons maintenant que c’est encore une guerre qui causera sa chute.
En août 1999, Vladimir Poutine, alors inconnu du grand public, fut nommé premier ministre quand son prédécesseur refusa de soutenir une réinvasion totale de la Tchétchénie. Poutine, lui, était prêt, et en retour de leur soutien inconditionnel il lâcha la bride aux militaires, leur permettant de laver leur humiliante défaite de 1996 dans le sang et dans le feu. La nuit du 31 décembre 1999, un Boris Eltsine vieilli et brisé démissionna, transmettant la présidence comme un cadeau au nouveau venu. En mars 2000, après avoir fameusement juré de « buter les terroristes jusque dans les chiottes », Poutine fut triomphalement élu président. A l’exception de quatre ans comme premier ministre (2008-2012), il règne sur la Russie depuis lors.
Je suis revenu travailler en Tchétchénie, comme humanitaire, dès le début de la seconde guerre. En février 2000, j’ai dîné dans la région avec Sergueï Kovalev, le grand défenseur russe des droits de l’homme, et je lui ai posé la question qui était alors sur toutes les lèvres : qui donc était ce nouveau président inconnu ? Qui était Poutine ? Je peux encore citer de mémoire la réponse de Kovalev : « Vous voulez savoir qui est Vladimir Poutine, jeune homme ? Vladimir Poutine est un lieutenant-colonel du KGB [les services de renseignement soviétiques]. Et vous savez ce que c’est, un lieutenant-colonel du KGB ? Rien du tout. »
Ce que Kovalev voulait dire, c’est qu’un homme qui n’avait jamais dépassé ce rang, qui n’avait jamais même été promu colonel, était un simple agent de peu d’envergure, incapable de penser stratégiquement, incapable de planifier plus d’un coup en avance. Et s’il est vrai que Poutine, en vingt-deux ans de pouvoir, a immensément grandi en stature et en expérience, je pense que feu Kovalev avait fondamentalement raison.
**Fuite en avant**
Poutine, toutefois, se révéla vite un brillant tacticien, surtout lorsqu’il s’agissait d’exploiter les faiblesses et les divisions de l’Occident. Il mit des années à écraser les Tchétchènes et à installer un satrape à sa botte, mais il réussit. En 2008, quatre mois après que l’OTAN a promis un chemin vers l’accession à l’Ukraine et la Géorgie, il réunit ses armées pour des « manœuvres » à la frontière géorgienne et envahit le pays en cinq jours, reconnaissant l’indépendance de deux « républiques » sécessionnistes. Les démocraties occidentales protestèrent, et ne firent presque rien.
En 2014, lorsque le peuple ukrainien, après une longue et sanglante révolution, renversa un président prorusse qui avait tourné le dos à l’Europe pour pleinement s’aligner sur Moscou, Poutine envahit et annexa avec une rapidité stupéfiante la Crimée. C’est la première fois depuis la dernière guerre que la souveraineté d’un pays européen était ouvertement violée. Quand nos dirigeants, choqués et confus, répondirent avec des sanctions, il doubla sa mise et provoqua des soulèvements dans le Donbass, une région russophone de l’Ukraine, utilisant clandestinement ses forces pour écraser la faible armée ukrainienne et établir deux nouvelles « républiques », où une guerre larvée n’a jamais cessé. Ainsi commença sa fuite en avant. A chaque pas, l’Occident le condamna et tenta de le punir avec des mesures limitées et inefficaces, dans le vain espoir de le décourager. Et, à chaque pas, il relança le jeu, et continua d’avancer. Toujours plus loin.
Poutine est un homme petit, physiquement, et grandir dans le Léningrad d’après-guerre ne dut pas être facile pour lui. Il y a clairement appris une leçon : si tu es le plus petit, frappe en premier, frappe fort et continue à frapper. Et les plus grands apprendront à te craindre, et reculeront. C’est une leçon qu’il a prise à cœur. Le budget militaire des Etats-Unis était de 778 milliards de dollars en 2020 [environ 701 milliards d’euros], le budget combiné de l’Europe 378 milliards, et celui de la Russie, environ 62 milliards. Mais il nous fait quand même beaucoup plus peur que le contraire. C’est l’avantage de se battre comme un rat coincé plutôt que comme un garçon grassouillet ramolli par le Coca-Cola, Instagram et quatre-vingts ans de paix en Europe.
Poutine put se réjouir du fait que les Occidentaux, empressés de geler le conflit du Donbass, passèrent doucement la Crimée par pertes et profits, concédant de facto l’annexion illégale à la Russie. Il comprit que, si les sanctions faisaient mal, elles ne mordaient pas trop et lui permettraient de continuer à développer son armée et étendre son pouvoir. Il vit que l’Allemagne, la plus grande puissance économique de l’Europe, était incapable de se sevrer de son gaz et de son marché pour ses automobiles. Il vit qu’il pouvait acheter des politiciens européens, dont un ancien chancelier allemand et un ex-premier ministre français et les installer dans les conseils d’administration de ses sociétés d’Etat. Il vit que même les pays qui s’opposaient, en principe, à lui répétaient en boucle les mantras de la « diplomatie », le « reset », la « normalisation des relations ». Il vit que, chaque fois qu’il poussait, l’Occident reculait puis revenait en lapant, dans l’espoir d’un « deal » toujours aussi insaisissable : Barack Obama, Emmanuel Macron, Donald Trump, la liste est longue.
**La Syrie, un terrain d’entraînement**
Poutine commença à assassiner ses opposants, chez lui et à l’étranger. Quand ça se passait chez nous, on râlait, mais ça n’allait jamais plus loin. Quand Obama, en 2013, ignora lâchement sa « ligne rouge » en Syrie, refusant d’intervenir après que Bachar Al-Assad employa des gaz toxiques contre un quartier civil de la banlieue de Damas, il prit date. En 2015, il dépêcha ses forces en Syrie, développant sa base navale existante à Tartous et acquérant une nouvelle base aérienne à Hmeimim. Durant les sept années qui suivirent, il utilisa la Syrie comme un polygone d’entraînement pour son armée, offrant une expérience de terrain irremplaçable à ses officiers et affinant leurs tactiques, leur coordination et leur matériel, tout en bombardant et massacrant des milliers de Syriens, et aidant Al-Assad à reprendre le contrôle de la majeure partie du pays.
En janvier 2018, Poutine avança ses pions sur le pré carré occidental, envoyant ses mercenaires Wagner en République centrafricaine. Le même processus se répète actuellement au Mali, où la junte militaire, soutenue par la Russie, vient d’obliger l’opération « Barkhane » à plier bagage. La Russie est aussi active en Libye, où elle sape les tentatives de paix occidentales et déploie des forces sur le flanc sud de la Méditerranée, en position de menacer directement les intérêts européens. Chaque fois, nous avons protesté, nous avons agité nos bras, et nous n’avons rien fait. Et, chaque fois, il en a pris bonne note.
L’Ukraine représente le moment où il a enfin décidé d’abattre ses cartes. Il croit clairement qu’il est assez fort pour ouvertement défier l’Occident en lançant sans provocation la première invasion d’un Etat souverain en Europe depuis 1945. Et il le croit parce que tout ce que nous avons fait ou, plus précisément, pas fait depuis vingt-deux ans lui a appris que nous sommes faibles.
Poutine est peut-être un génie tactique, mais il est incapable de penser stratégiquement. Nos dirigeants ont refusé de vraiment le comprendre, mais lui aussi est incapable de nous comprendre. Entièrement isolé depuis deux ans à cause du Covid-19, il semble être devenu de plus en plus paranoïaque et imbu de sa propre idéologie panslave, néoimpérialiste et orthodoxe, au départ une création artificielle censée donner une fine couche de légitimité à son régime corrompu.
En ce qui concerne les Ukrainiens, il semble avoir complètement avalé sa propre propagande. Croyait-il qu’ils accueilleraient leurs « libérateurs » russes ? Qu’ils se rendraient tout de suite ? Si c’est le cas, il s’est trompé. Les Ukrainiens se battent et, bien qu’inférieurs en nombre et en armes, ils se battent comme des chiens. Des institutrices, des employés de bureau, des artistes, des étudiants, des DJ et des drag-queens prennent les armes et partent tirer sur des soldats russes, dont beaucoup sont des gamins qui n’ont pas la moindre idée de ce qu’ils font là. L’Ukraine ne cède pas un pouce de terrain, et il semble que la Russie ne pourra pas prendre leurs villes sans les raser, comme ils ont rasé Grozny et Alep. Et ne croyez pas que, parce que c’est une ville « européenne », Poutine hésitera à raser Kiev. Les bombardements ont déjà commencé.
Je suppose que l’Occident parie également sur le fait que Poutine ne pourra pas tenir cette position sur le long terme. Les sanctions économiques et financières mettront le pays à genoux.
Les oligarques, mais également le peuple ne pourront tolérer cette situation éternellement. Il faudra également trouver le moyen de financer cette guerre, et de continuer à payer la police qui empêche le peuple d’exprimer son opposition à cette guerre.
Sans argent, Poutine aura du mal à tenir, et il se pourrait même qu’il soit “éliminé” de l’intérieur par des personnes ne voulant pas subir les conséquences d’une guerre dont ils ne veulent pas.
C’est un peu le sens de ce qui est répété par les chefs d’Etat Occidentaux : “Nous ne sommes pas en guerre contre le peuple Russe”. Seulement contre Poutine en gros. Si vous le faites sauter, la Russie reviendra dans le système monétaire et financier comme avant.
Encore un qui veut que l’on parte en guerre pour changer un gouvernement ? Comme Iraq, en Lybie? Ça s’est si bien terminé.. C’est pas ce que l’on reproche à Poutine de faire d’ailleurs ?
L’article est intéressant et vrai, merci à OP.
Mais je constate que les pays baltes, la Pologne, la Hongrie, la Bulgarie et la Roumanie se sont jetés sur l’OTAN AVANT que Poutine soit au pouvoir. Ces pays ne craignent pas Poutine. Ils craignent la Russie.
Un autre que Poutine serait-il moins menaçant ?
Contre-pied:
> Tant que Poutine restera au pouvoir, personne ne sera en sécurité.
Le départ de Poutine ne changera pas grand-chose parce que toute l’élite est contre l’extension de l’OTAN, même les libéraux, qui se sentaient trahis dès le bombardement de la Yougoslavie. Cf le directeur de la CIA en 2008 à Condoleezzaa Rice :
*‘Hostility to early NATO expansion,” it declares, “is almost universally felt across the domestic political spectrum here.” “Ukrainian entry into NATO is the brightest of all redlines for the Russian elite (not just Putin),”In more than two and a half years of conversations with key Russian players, from knuckle-draggers in the dark recesses of the
Kremlin to Putin’s sharpest liberal critics, I have yet to find anyone who views Ukraine in NATO as anything other than a direct challenge to Russian interests.”*
> Vladimir Poutine est un lieutenant-colonel du KGB
Propagande habituelle, on n’avait jamais ce genre de commentaire sur Bush Sr. qui était directeur de la CIA.
> incapable de planifier plus d’un coup en avance.
C’est ce que les politiciens plus à droite que Poutine lui reproche : il ne fait que réagir aux évènements, et qu’il aurait du être *plus* proactif en Ukraine par exemple.
> Les démocraties occidentales protestèrent, et ne firent presque rien.
Elles devaient faire quoi, envoyer des troupes, imposer un no-fly zone ?
> En 2014, lorsque le peuple ukrainien, après une longue et sanglante révolution, renversa un président prorusse
1) S’il avait été pro-russe, il aurait accepté le deal de Poutine sans trop se poser de questions. Au contraire, il a essayé d’arracher le milleur deal en jouant l’UE contre Poutine, qui proposait un deal à trois, que Barroso a refusé parce que “quand on négocie un deal à 2 on fait pas un deal à 3”. Les spécialistes savaient aussi que forcer l’Ukraine à choisir entre l’UE et la Russie allait déchirer le pays.
2) Aucune mention du rôle des Américains sur place avec Victoria Nuland, ni de la composition de la coalition anti-gouvernementale qui comprenant un parti néo-nazi (Svoboda).
> C’est la première fois depuis la dernière guerre que la souveraineté d’un pays européen était ouvertement violée.
Quelle guerre ? Kosovo ?
> il doubla sa mise et provoqua des soulèvements dans le Donbass
C’est surtout le coup d’état à Kiev qui a provoqué le soulèvement : l’Est de l’Ukraine avait voté de manière écrasante pour le président démocratiquement élu qui s’est fait renverser avec le soutien des Américains. En revanche, la majorité de l’Ouest du pays avait voté contre, et c’est aussi dans cette région que les néo-nazis font les scores les plus élevés (même s’ils sont insuffisants pour rentrer au Parlement).
A noter que l’Est avait organisé des référendums pour rejoindre la Russie, que Poutine a refusé.
> utilisant clandestinement ses forces pour écraser la faible armée ukrainienne
Qui a intégré des néo-nazis comme UNA-UNSO/Secteur Droit, le bataillon Azov, et qui combat à côté de Tchétchènes qui considèrente les combattants d’Etat islamique comme leurs frères.
> si tu es le plus petit, frappe en premier, frappe fort et continue à frapper. Et les plus grands apprendront à te craindre, et reculeront.
Toutes ces emmerdes en Ukraine ont eu lieu *avant* ou *après* l’extension de l’OTAN et le coup d’état à Kiev ?
> Mais il nous fait quand même beaucoup plus peur que le contraire.
Ptet parce que c’est la première puissance nucléaire…
> C’est l’avantage de se battre comme un rat coincé plutôt que comme un garçon grassouillet ramolli par le Coca-Cola, Instagram et quatre-vingts ans de paix en Europe.
Les Afghans, les Irakiens, les Libyens, les Syriens seront juges de cette “mollesse”.
> Il vit que même les pays qui s’opposaient, en principe, à lui répétaient en boucle les mantras de la « diplomatie » […] Il vit que, chaque fois qu’il poussait, l’Occident reculait puis revenait en lapant, dans l’espoir d’un « deal » toujours aussi insaisissable : Barack Obama, Emmanuel Macron, Donald Trump, la liste est longue.
Ah oui, on voit très bien que l’Occident a arrêté de dire “la Russie n’a pas droit de veto sur l’extension d’une alliance défensive qui n’est pas dirigée contre elle”, qu’il a pris en compte les préoccupations légitimes de sécurité de la Russie et qu’il a arrêté l’extension de l’OTAN.
> Quand Obama, en 2013, ignora lâchement sa « ligne rouge »refusant d’intervenir après que Bachar Al-Assad employa des gaz toxiques contre un quartier civil de la banlieue de Damas
Il l’a fait après que ses services de renseignement lui disent que la responsabilité de l’attaque n’était pas un “slam dunk”, en référence au rapports sur les ADM en Irak.
Et le chef de la mission de l’OIAC sur place a dit que son rapport avait complété été détourné, que les éléments pointaient vers l’opposition plutôt que Assad, tandis que les Américains ont fait pression sur l’organisation pour changer les conclusions, à l’heure où Trump cherchait à diminuer la contribution américaine aux budgets d’organisations comme l’ONU.
> Les armes affluent en Ukraine. Nous avons agité nos bras, et nous n’avons rien fait.
Ca fait longtemps qu’elles affluent, 2.7 milliards d’aides depuis 2014, avec livraisons d’armes létales sous Trump (ce qu’Obama avait refusé). C’est ça agiter les bras et ne rien faire ?
Le Monde égal à lui-même, à publier des tribunes d’écrivain/cinéaste critiquant le camp adverse.
A quand des tribunes de militaires, fonctionnaires, ambassadeurs, politologues qui ont vécu la Guerre froide et qui critiquent notre camp ?
🙁
>C’est l’avantage de se battre comme un rat coincé plutôt que comme un garçon grassouillet ramolli par le Coca-Cola, Instagram et quatre-vingts ans de paix en Europe.
Il a oublié de parler des jeux vidéos /S. Je n’ai pas la meme analyse. Poutine n’a pas la mentalité du rat coincé qui va tout donner mais celle de la petite frappe qui mise tout sur sa capacité de nuisance.
Je trouve Littell étonnamment naïf quand il limite le problème à Poutine et sa clique : les russes ont été gavés de propagande depuis 20 ans. De ce que j’ai pu lire, il y a trois catégories dans la population: ceux qui contestent la guerre, très minoritaires; les pro poutine, très vocaux; et enfin les résignés. Au final si Poutine tombe, qui le remplacera sachant que l’appareil de propagande est là et que la population est perméable à la manipulation?
On a compris que l’opposition à Poutine en Russie n’est pas bien vu. Mais s’il y a un effet genre révolution et qu’absolument tout le monde bloque les grandes villes/le pays jusqu’à ce que Poutine soit viré, ca serait réaliste? Je suis revenu de Moscou le 23, les quelques amis que je me suis fait sont tous contrée Poutine, «mais publiquement ils la ferment, on leur dit de la fermer. Suis-je trop français?
Poutine était un gratte papier à Berlin, c’est un chefaillon qui a grandi dans l’URSS de l’après guerre et qui ne connaît qu’une seule façon de se faire respecter, frapper fort et en premier.
Bien sûr que la dénazification et l’OTAN sont des excuses, il a plein de nazis dans son cercle, il en a même envoyé se battre en Syrie qui est devenu un gigantesque terrain de test ballistique rien que pour eux. quant à l’OTAN ce ne sont certainement pas les missiles qui lui font peur vu la facilité avec laquelle il agite la menace nucléaire.
La seule chose qui lui fait peur c’est l’avance démocratique à l’Est, pour lui la démocratie est un virus qui se répand et toute sa propagande de l’occident dégénéré et ses nombreux financements aux partis radicaux d’Europe et d’ailleurs en sont la preuve.
La troisième guerre mondiale sera une guerre d’idéologie, mais cette fois ci il ne sera pas question de fascisme, de communisme ou de capitalisme mais bel et bien de démocratie contre autoritarisme.
Tout ça pour dire que Poutine bien qu’au centre de tout ça, n’est qu’un symptôme, abattez le et un autre chefaillon peut être pire que lui prendra sa place.
C’est vrai, malheurusment. J’espere que poutine va bientot mourir
“…Aucun de nous” ( elite des pays occidentaux qui envahissent l’afrique oklm )
Merci, très intéressant !!
Je renomme de manière plus intelligente : tant qu’on continue un syst¨ème à croissance infinie dans un monde fini, on aura de plus en plus de tensions à tous les niveaux.
13 comments
Il y a vingt-deux ans, une guerre vicieuse, déjà, a amené Vladimir Poutine au pouvoir. Depuis lors, la guerre est restée l’un de ses principaux outils. Il l’a continuellement utilisée, sans hésiter, au cours de son long règne. Poutine existe grâce à la guerre, et a prospéré par la guerre. Espérons maintenant que c’est encore une guerre qui causera sa chute.
En août 1999, Vladimir Poutine, alors inconnu du grand public, fut nommé premier ministre quand son prédécesseur refusa de soutenir une réinvasion totale de la Tchétchénie. Poutine, lui, était prêt, et en retour de leur soutien inconditionnel il lâcha la bride aux militaires, leur permettant de laver leur humiliante défaite de 1996 dans le sang et dans le feu. La nuit du 31 décembre 1999, un Boris Eltsine vieilli et brisé démissionna, transmettant la présidence comme un cadeau au nouveau venu. En mars 2000, après avoir fameusement juré de « buter les terroristes jusque dans les chiottes », Poutine fut triomphalement élu président. A l’exception de quatre ans comme premier ministre (2008-2012), il règne sur la Russie depuis lors.
Je suis revenu travailler en Tchétchénie, comme humanitaire, dès le début de la seconde guerre. En février 2000, j’ai dîné dans la région avec Sergueï Kovalev, le grand défenseur russe des droits de l’homme, et je lui ai posé la question qui était alors sur toutes les lèvres : qui donc était ce nouveau président inconnu ? Qui était Poutine ? Je peux encore citer de mémoire la réponse de Kovalev : « Vous voulez savoir qui est Vladimir Poutine, jeune homme ? Vladimir Poutine est un lieutenant-colonel du KGB [les services de renseignement soviétiques]. Et vous savez ce que c’est, un lieutenant-colonel du KGB ? Rien du tout. »
Ce que Kovalev voulait dire, c’est qu’un homme qui n’avait jamais dépassé ce rang, qui n’avait jamais même été promu colonel, était un simple agent de peu d’envergure, incapable de penser stratégiquement, incapable de planifier plus d’un coup en avance. Et s’il est vrai que Poutine, en vingt-deux ans de pouvoir, a immensément grandi en stature et en expérience, je pense que feu Kovalev avait fondamentalement raison.
**Fuite en avant**
Poutine, toutefois, se révéla vite un brillant tacticien, surtout lorsqu’il s’agissait d’exploiter les faiblesses et les divisions de l’Occident. Il mit des années à écraser les Tchétchènes et à installer un satrape à sa botte, mais il réussit. En 2008, quatre mois après que l’OTAN a promis un chemin vers l’accession à l’Ukraine et la Géorgie, il réunit ses armées pour des « manœuvres » à la frontière géorgienne et envahit le pays en cinq jours, reconnaissant l’indépendance de deux « républiques » sécessionnistes. Les démocraties occidentales protestèrent, et ne firent presque rien.
En 2014, lorsque le peuple ukrainien, après une longue et sanglante révolution, renversa un président prorusse qui avait tourné le dos à l’Europe pour pleinement s’aligner sur Moscou, Poutine envahit et annexa avec une rapidité stupéfiante la Crimée. C’est la première fois depuis la dernière guerre que la souveraineté d’un pays européen était ouvertement violée. Quand nos dirigeants, choqués et confus, répondirent avec des sanctions, il doubla sa mise et provoqua des soulèvements dans le Donbass, une région russophone de l’Ukraine, utilisant clandestinement ses forces pour écraser la faible armée ukrainienne et établir deux nouvelles « républiques », où une guerre larvée n’a jamais cessé. Ainsi commença sa fuite en avant. A chaque pas, l’Occident le condamna et tenta de le punir avec des mesures limitées et inefficaces, dans le vain espoir de le décourager. Et, à chaque pas, il relança le jeu, et continua d’avancer. Toujours plus loin.
Poutine est un homme petit, physiquement, et grandir dans le Léningrad d’après-guerre ne dut pas être facile pour lui. Il y a clairement appris une leçon : si tu es le plus petit, frappe en premier, frappe fort et continue à frapper. Et les plus grands apprendront à te craindre, et reculeront. C’est une leçon qu’il a prise à cœur. Le budget militaire des Etats-Unis était de 778 milliards de dollars en 2020 [environ 701 milliards d’euros], le budget combiné de l’Europe 378 milliards, et celui de la Russie, environ 62 milliards. Mais il nous fait quand même beaucoup plus peur que le contraire. C’est l’avantage de se battre comme un rat coincé plutôt que comme un garçon grassouillet ramolli par le Coca-Cola, Instagram et quatre-vingts ans de paix en Europe.
Poutine put se réjouir du fait que les Occidentaux, empressés de geler le conflit du Donbass, passèrent doucement la Crimée par pertes et profits, concédant de facto l’annexion illégale à la Russie. Il comprit que, si les sanctions faisaient mal, elles ne mordaient pas trop et lui permettraient de continuer à développer son armée et étendre son pouvoir. Il vit que l’Allemagne, la plus grande puissance économique de l’Europe, était incapable de se sevrer de son gaz et de son marché pour ses automobiles. Il vit qu’il pouvait acheter des politiciens européens, dont un ancien chancelier allemand et un ex-premier ministre français et les installer dans les conseils d’administration de ses sociétés d’Etat. Il vit que même les pays qui s’opposaient, en principe, à lui répétaient en boucle les mantras de la « diplomatie », le « reset », la « normalisation des relations ». Il vit que, chaque fois qu’il poussait, l’Occident reculait puis revenait en lapant, dans l’espoir d’un « deal » toujours aussi insaisissable : Barack Obama, Emmanuel Macron, Donald Trump, la liste est longue.
**La Syrie, un terrain d’entraînement**
Poutine commença à assassiner ses opposants, chez lui et à l’étranger. Quand ça se passait chez nous, on râlait, mais ça n’allait jamais plus loin. Quand Obama, en 2013, ignora lâchement sa « ligne rouge » en Syrie, refusant d’intervenir après que Bachar Al-Assad employa des gaz toxiques contre un quartier civil de la banlieue de Damas, il prit date. En 2015, il dépêcha ses forces en Syrie, développant sa base navale existante à Tartous et acquérant une nouvelle base aérienne à Hmeimim. Durant les sept années qui suivirent, il utilisa la Syrie comme un polygone d’entraînement pour son armée, offrant une expérience de terrain irremplaçable à ses officiers et affinant leurs tactiques, leur coordination et leur matériel, tout en bombardant et massacrant des milliers de Syriens, et aidant Al-Assad à reprendre le contrôle de la majeure partie du pays.
En janvier 2018, Poutine avança ses pions sur le pré carré occidental, envoyant ses mercenaires Wagner en République centrafricaine. Le même processus se répète actuellement au Mali, où la junte militaire, soutenue par la Russie, vient d’obliger l’opération « Barkhane » à plier bagage. La Russie est aussi active en Libye, où elle sape les tentatives de paix occidentales et déploie des forces sur le flanc sud de la Méditerranée, en position de menacer directement les intérêts européens. Chaque fois, nous avons protesté, nous avons agité nos bras, et nous n’avons rien fait. Et, chaque fois, il en a pris bonne note.
L’Ukraine représente le moment où il a enfin décidé d’abattre ses cartes. Il croit clairement qu’il est assez fort pour ouvertement défier l’Occident en lançant sans provocation la première invasion d’un Etat souverain en Europe depuis 1945. Et il le croit parce que tout ce que nous avons fait ou, plus précisément, pas fait depuis vingt-deux ans lui a appris que nous sommes faibles.
Poutine est peut-être un génie tactique, mais il est incapable de penser stratégiquement. Nos dirigeants ont refusé de vraiment le comprendre, mais lui aussi est incapable de nous comprendre. Entièrement isolé depuis deux ans à cause du Covid-19, il semble être devenu de plus en plus paranoïaque et imbu de sa propre idéologie panslave, néoimpérialiste et orthodoxe, au départ une création artificielle censée donner une fine couche de légitimité à son régime corrompu.
En ce qui concerne les Ukrainiens, il semble avoir complètement avalé sa propre propagande. Croyait-il qu’ils accueilleraient leurs « libérateurs » russes ? Qu’ils se rendraient tout de suite ? Si c’est le cas, il s’est trompé. Les Ukrainiens se battent et, bien qu’inférieurs en nombre et en armes, ils se battent comme des chiens. Des institutrices, des employés de bureau, des artistes, des étudiants, des DJ et des drag-queens prennent les armes et partent tirer sur des soldats russes, dont beaucoup sont des gamins qui n’ont pas la moindre idée de ce qu’ils font là. L’Ukraine ne cède pas un pouce de terrain, et il semble que la Russie ne pourra pas prendre leurs villes sans les raser, comme ils ont rasé Grozny et Alep. Et ne croyez pas que, parce que c’est une ville « européenne », Poutine hésitera à raser Kiev. Les bombardements ont déjà commencé.
Je suppose que l’Occident parie également sur le fait que Poutine ne pourra pas tenir cette position sur le long terme. Les sanctions économiques et financières mettront le pays à genoux.
Les oligarques, mais également le peuple ne pourront tolérer cette situation éternellement. Il faudra également trouver le moyen de financer cette guerre, et de continuer à payer la police qui empêche le peuple d’exprimer son opposition à cette guerre.
Sans argent, Poutine aura du mal à tenir, et il se pourrait même qu’il soit “éliminé” de l’intérieur par des personnes ne voulant pas subir les conséquences d’une guerre dont ils ne veulent pas.
C’est un peu le sens de ce qui est répété par les chefs d’Etat Occidentaux : “Nous ne sommes pas en guerre contre le peuple Russe”. Seulement contre Poutine en gros. Si vous le faites sauter, la Russie reviendra dans le système monétaire et financier comme avant.
Encore un qui veut que l’on parte en guerre pour changer un gouvernement ? Comme Iraq, en Lybie? Ça s’est si bien terminé.. C’est pas ce que l’on reproche à Poutine de faire d’ailleurs ?
L’article est intéressant et vrai, merci à OP.
Mais je constate que les pays baltes, la Pologne, la Hongrie, la Bulgarie et la Roumanie se sont jetés sur l’OTAN AVANT que Poutine soit au pouvoir. Ces pays ne craignent pas Poutine. Ils craignent la Russie.
Un autre que Poutine serait-il moins menaçant ?
Contre-pied:
> Tant que Poutine restera au pouvoir, personne ne sera en sécurité.
Le départ de Poutine ne changera pas grand-chose parce que toute l’élite est contre l’extension de l’OTAN, même les libéraux, qui se sentaient trahis dès le bombardement de la Yougoslavie. Cf le directeur de la CIA en 2008 à Condoleezzaa Rice :
*‘Hostility to early NATO expansion,” it declares, “is almost universally felt across the domestic political spectrum here.” “Ukrainian entry into NATO is the brightest of all redlines for the Russian elite (not just Putin),”In more than two and a half years of conversations with key Russian players, from knuckle-draggers in the dark recesses of the
Kremlin to Putin’s sharpest liberal critics, I have yet to find anyone who views Ukraine in NATO as anything other than a direct challenge to Russian interests.”*
L’ancien ambassadeur pour la Russie sous Obama disait la même chose que Littell, que c’était mieux avec Medvedev et que Poutine est le problème…sauf que [Medvedev était aussi contre l’extension de l’OTAN, et que la guerre en Géorgie l’a arrêtée. ](https://www.atlanticcouncil.org/blogs/natosource/medvedev-russias-2008-war-with-georgia-prevented-nato-growth/)
> Vladimir Poutine est un lieutenant-colonel du KGB
Propagande habituelle, on n’avait jamais ce genre de commentaire sur Bush Sr. qui était directeur de la CIA.
> incapable de planifier plus d’un coup en avance.
C’est ce que les politiciens plus à droite que Poutine lui reproche : il ne fait que réagir aux évènements, et qu’il aurait du être *plus* proactif en Ukraine par exemple.
> Les démocraties occidentales protestèrent, et ne firent presque rien.
Elles devaient faire quoi, envoyer des troupes, imposer un no-fly zone ?
> En 2014, lorsque le peuple ukrainien, après une longue et sanglante révolution, renversa un président prorusse
1) S’il avait été pro-russe, il aurait accepté le deal de Poutine sans trop se poser de questions. Au contraire, il a essayé d’arracher le milleur deal en jouant l’UE contre Poutine, qui proposait un deal à trois, que Barroso a refusé parce que “quand on négocie un deal à 2 on fait pas un deal à 3”. Les spécialistes savaient aussi que forcer l’Ukraine à choisir entre l’UE et la Russie allait déchirer le pays.
2) Aucune mention du rôle des Américains sur place avec Victoria Nuland, ni de la composition de la coalition anti-gouvernementale qui comprenant un parti néo-nazi (Svoboda).
> C’est la première fois depuis la dernière guerre que la souveraineté d’un pays européen était ouvertement violée.
Quelle guerre ? Kosovo ?
> il doubla sa mise et provoqua des soulèvements dans le Donbass
C’est surtout le coup d’état à Kiev qui a provoqué le soulèvement : l’Est de l’Ukraine avait voté de manière écrasante pour le président démocratiquement élu qui s’est fait renverser avec le soutien des Américains. En revanche, la majorité de l’Ouest du pays avait voté contre, et c’est aussi dans cette région que les néo-nazis font les scores les plus élevés (même s’ils sont insuffisants pour rentrer au Parlement).
A noter que l’Est avait organisé des référendums pour rejoindre la Russie, que Poutine a refusé.
> utilisant clandestinement ses forces pour écraser la faible armée ukrainienne
Qui a intégré des néo-nazis comme UNA-UNSO/Secteur Droit, le bataillon Azov, et qui combat à côté de Tchétchènes qui considèrente les combattants d’Etat islamique comme leurs frères.
> si tu es le plus petit, frappe en premier, frappe fort et continue à frapper. Et les plus grands apprendront à te craindre, et reculeront.
Toutes ces emmerdes en Ukraine ont eu lieu *avant* ou *après* l’extension de l’OTAN et le coup d’état à Kiev ?
> Mais il nous fait quand même beaucoup plus peur que le contraire.
Ptet parce que c’est la première puissance nucléaire…
> C’est l’avantage de se battre comme un rat coincé plutôt que comme un garçon grassouillet ramolli par le Coca-Cola, Instagram et quatre-vingts ans de paix en Europe.
Les Afghans, les Irakiens, les Libyens, les Syriens seront juges de cette “mollesse”.
> Il vit que même les pays qui s’opposaient, en principe, à lui répétaient en boucle les mantras de la « diplomatie » […] Il vit que, chaque fois qu’il poussait, l’Occident reculait puis revenait en lapant, dans l’espoir d’un « deal » toujours aussi insaisissable : Barack Obama, Emmanuel Macron, Donald Trump, la liste est longue.
Ah oui, on voit très bien que l’Occident a arrêté de dire “la Russie n’a pas droit de veto sur l’extension d’une alliance défensive qui n’est pas dirigée contre elle”, qu’il a pris en compte les préoccupations légitimes de sécurité de la Russie et qu’il a arrêté l’extension de l’OTAN.
> Quand Obama, en 2013, ignora lâchement sa « ligne rouge »refusant d’intervenir après que Bachar Al-Assad employa des gaz toxiques contre un quartier civil de la banlieue de Damas
Il l’a fait après que ses services de renseignement lui disent que la responsabilité de l’attaque n’était pas un “slam dunk”, en référence au rapports sur les ADM en Irak.
Et le chef de la mission de l’OIAC sur place a dit que son rapport avait complété été détourné, que les éléments pointaient vers l’opposition plutôt que Assad, tandis que les Américains ont fait pression sur l’organisation pour changer les conclusions, à l’heure où Trump cherchait à diminuer la contribution américaine aux budgets d’organisations comme l’ONU.
> Les armes affluent en Ukraine. Nous avons agité nos bras, et nous n’avons rien fait.
Ca fait longtemps qu’elles affluent, 2.7 milliards d’aides depuis 2014, avec livraisons d’armes létales sous Trump (ce qu’Obama avait refusé). C’est ça agiter les bras et ne rien faire ?
Le Monde égal à lui-même, à publier des tribunes d’écrivain/cinéaste critiquant le camp adverse.
A quand des tribunes de militaires, fonctionnaires, ambassadeurs, politologues qui ont vécu la Guerre froide et qui critiquent notre camp ?
🙁
>C’est l’avantage de se battre comme un rat coincé plutôt que comme un garçon grassouillet ramolli par le Coca-Cola, Instagram et quatre-vingts ans de paix en Europe.
Il a oublié de parler des jeux vidéos /S. Je n’ai pas la meme analyse. Poutine n’a pas la mentalité du rat coincé qui va tout donner mais celle de la petite frappe qui mise tout sur sa capacité de nuisance.
Je trouve Littell étonnamment naïf quand il limite le problème à Poutine et sa clique : les russes ont été gavés de propagande depuis 20 ans. De ce que j’ai pu lire, il y a trois catégories dans la population: ceux qui contestent la guerre, très minoritaires; les pro poutine, très vocaux; et enfin les résignés. Au final si Poutine tombe, qui le remplacera sachant que l’appareil de propagande est là et que la population est perméable à la manipulation?
On a compris que l’opposition à Poutine en Russie n’est pas bien vu. Mais s’il y a un effet genre révolution et qu’absolument tout le monde bloque les grandes villes/le pays jusqu’à ce que Poutine soit viré, ca serait réaliste? Je suis revenu de Moscou le 23, les quelques amis que je me suis fait sont tous contrée Poutine, «mais publiquement ils la ferment, on leur dit de la fermer. Suis-je trop français?
Poutine était un gratte papier à Berlin, c’est un chefaillon qui a grandi dans l’URSS de l’après guerre et qui ne connaît qu’une seule façon de se faire respecter, frapper fort et en premier.
Bien sûr que la dénazification et l’OTAN sont des excuses, il a plein de nazis dans son cercle, il en a même envoyé se battre en Syrie qui est devenu un gigantesque terrain de test ballistique rien que pour eux. quant à l’OTAN ce ne sont certainement pas les missiles qui lui font peur vu la facilité avec laquelle il agite la menace nucléaire.
La seule chose qui lui fait peur c’est l’avance démocratique à l’Est, pour lui la démocratie est un virus qui se répand et toute sa propagande de l’occident dégénéré et ses nombreux financements aux partis radicaux d’Europe et d’ailleurs en sont la preuve.
La troisième guerre mondiale sera une guerre d’idéologie, mais cette fois ci il ne sera pas question de fascisme, de communisme ou de capitalisme mais bel et bien de démocratie contre autoritarisme.
Tout ça pour dire que Poutine bien qu’au centre de tout ça, n’est qu’un symptôme, abattez le et un autre chefaillon peut être pire que lui prendra sa place.
C’est vrai, malheurusment. J’espere que poutine va bientot mourir
“…Aucun de nous” ( elite des pays occidentaux qui envahissent l’afrique oklm )
Merci, très intéressant !!
Je renomme de manière plus intelligente : tant qu’on continue un syst¨ème à croissance infinie dans un monde fini, on aura de plus en plus de tensions à tous les niveaux.