La cathédrale Notre-Dame de Paris rouvre ces portes dans deux jours, samedi 7 décembre. L’aboutissement d’un chantier de cinq ans, où il a fallu reconstruire la charpente de l’édifice, sa flèche, et plusieurs voûtes de pierres, détruits dans l’incendie du 15 avril 2019. Un travail réaliser par environ 2000 personnes, dont certaines employées par des sociétés franciliennes.
Emmanuel Monteiro est l’un d’eux. Ce cordiste, spécialiste des travaux en hauteur ou dans des endroits difficiles, travaille pour la société Jarnias, installée à L’Haÿ-les-Roses. Il a participé à la sécurisation de la cathédrale quelques jours après l’incendie et pendant la restauration de l’édifice. Le jour où il rentre dans le monument, un sentiment le traverse : “Un sentiment de désolation. Tu as le gros trou au milieu de la cathédrale. C’était un peu déprimant.”
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Le grignotage de l’échafaudage calciné
Le cordiste installe alors des bâches pour mettre la cathédrale hors-d’eau, la protéger des intempéries. Tout au long du chantier, il installe aussi des filets de sécurité dans la cathédrale pour éviter que des débris ou des objets tombent sur les ouvriers, les artisans, les scientifiques qui s’affairent dans la cathédrale. Les cordistes de Jarnias sont aussi chargés de démanteler l’échafaudage ravagé par la flamme le soir de l’incendie. Des tubes d’acier transformés en un mikado de de métal instable.
Pour cette opération, une poutre est installée au-dessus de l’échafaudage, à une cinquantaine de mètres de hauteur. Les cordistes y sont accrochés et peuvent “descendre sans être, à aucun moment, connecté à l’échafaudage brûlé ce qui nous permettait de grignoter tubes par tubes les parties calcinées”, explique le chef de chantier de Jarnias à Notre-Dame, Benoît Congy.
Des pierres “léchées par le le feu”, très endommagées
Ces missions effectuées, et après d’autres étapes de sécurisation, les travaux de reconstruction peuvent commencer, par exemple sur les voûtes en pierre. Certaines ont été complètement détruites, d’autres très endommagées lors de l’incendie et de l’effondrement de la flèche. “C’était un peu flippant”, confie Samir Abbas, tailleur de pierre pour la société Champagne Construction Rénovation (CCR), une filiale du groupe Balas, installé à Gennevilliers “Les pierres ont été léchées par le feu. Elles étaient noires, roses. C’était vraiment hallucinant”, poursuit le tailleur de pierre.
La société est notamment chargée de réparer deux voutes endommagées. Les artisans doivent alors inspecter toutes les pierres pour savoir lesquelles garder, lesquelles jeter car trop amochées par l’incendie et l’eau déversée pour éteindre les flammes. “Il y a eu un travail très fin mené entre les pierres existantes et l’ajustement avec les nouvelles, de façon à préserver le maximum de pierres qui étaient en place. Tout en maintenant la courbure de la voûte”, raconte Jérôme Balas, le directeur général du groupe.
Samir Abbas, tailleur de pierre, et Jérôme Balas, directeur général du groupe Balas, devant la cathédrale Notre-Dame de Paris. © Radio France –
François Breton
“Ce sont des voûtes majestueuses, qui comprennent des éléments minuscules, qui font une vingtaine de centimètres de long sur une douzaine de centimètres de large. Ce sont des morceaux de sucre”, explique Samir Abbas. Le tailleur de pierre et son équipe taillent plus d’une centaine de ces “morceaux de sucre”, un travail minutieux qui prend du temps.
Ils sont aussi chargés de reconstruire les murs bahuts, qui soutiennent la charpente de Notre-Dame, ou encore les balustrades du chemin de ronde du chœur de la cathédrale.
Des nouvelles techniques pour la couverture de Notre-Dame
Le groupe Balas est aussi chargé de refaire la couverture de la nef et travaille également sur celle de la flèche du cœur et du transept de Notre-Dame. Des milliers de plaques de plomb sont alors coulées en atelier sur du sable, puis façonnées avant d’être envoyées par bateau sur l’île de la Cité.
Grutées sur la charpente ces plaques, de 80 à 120 kg chacune, sont positionnées d’une manière innovante. “On a inventé des procédés qui différent de ce qui était en place à l’époque de Viollet-le-Duc”, explique Jérôme Balas.
“Le bois se rétracte et émet des tanins qui peuvent altérer la qualité du plomb dans le temps. On a beaucoup travaillé sur la manière de séparer le plomb du bois pour permettre à ce-dernier de sécher sans altérer la qualité du plomb.” La charpente va aussi se rétracter quand le bois va sécher, un phénomène qu’on dû anticiper les couvreurs.
La plus grosse partie des travaux est terminée à Notre-Dame, mais le chantier n’est pas encore fini pour le groupe Balas. “Nous allons encore intervenir, avec des d’autres entreprises, sur le bas de la flèche jusqu’un peu avant l’été 2025”, précise le directeur général de l’entreprise.
Une page de l’aventure Notre-Dame se tourne quand même avec la réouverture de la cathédrale au public. Un moment émouvant pour les salariés du groupe Balas et de Jarnias. “Les gens qui passent, en bas [de la cathédrale], ils disent « whaou ». Nous, on a participé à ça. On a eu notre rôle dans le chantier du siècle. Il y a de quoi être fier”, conclut le cordiste Emmanuel Monteiro.