Publié5. décembre 2024, 11:00

Luxembourg: Ils créent la magie du «Kleeschen», mais à quel prix?

LUXEMBOURG – Tout le Luxembourg attend avec impatience la visite de saint Nicolas.

Vanessa Strauch

par

Vanessa Strauch

«Nach eemol gi mer schlofen, dann ass den Dag schonn do …» (encore un dodo et le jour est déjà là) – ce refrain de la chanson traditionnelle résonne ces jours-ci dans de nombreuses maisons et annonce un moment particulier: le Kleeschen. C’est le cas, par exemple, à Colmar-Berg: «Chez nous, la visite est un moment fort», raconte une mère de deux enfants de trois ans et quatre ans et demi – juste assez âgés pour vivre pleinement la magie de la tradition de saint Nicolas. Mais l’organisation n’est pas toujours facile.

«Cette année, il a été difficile de trouver un costume. La plupart étaient rapidement pris, et au Luxembourg, il n’y a guère de possibilités d’en louer un», raconte-t-elle. La famille s’est donc organisée pour faire venir un costume d’Allemagne pour environ 100 euros. Un ami de la famille se mettra sur son 31 et distribuera les cadeaux aux enfants. Malgré tous ces défis, la tradition reste un projet cher au cœur de la famille. Le soir du 5 décembre, les chaussures sont déposées devant la porte et le matin du 6, jour de la Saint-Nicolas, les enfants se précipitent dehors avec impatience pour voir ce que le Kleeschen a apporté.

Petits et grands déposent leur chaussure devant la porte pour le Kleeschen.

Petits et grands déposent leur chaussure devant la porte pour le Kleeschen.

Privé

Raoul Roettgers, originaire de Troisvierges, connaît la tradition comme personne ou presque, puisqu’il endosse le rôle de saint Nicolas depuis 30 ans. «J’ai commencé petit à l’époque, puis les associations, les écoles, les communes et même les partis politiques ont fait appel à moi», raconte l’homme de 46 ans. Les préparatifs pour les quelque 40 sorties sont importants: le costume est remis en état chaque année et les rendez-vous sont planifiés des mois à l’avance.

Pour une représentation, il demande entre 100 et 120 euros – environ 80 euros chez les particuliers, 40 euros pour le Kleeschen et 40 pour son compagnon, le Housécker, celui que les Français appellent le père Fouettard. Mais malgré la rémunération (environ 5 000 euros), l’aspect financier joue un rôle secondaire pour lui: «Les yeux brillants des enfants et la gratitude des parents – cela n’a pas de prix.» Pour Raoul Roettgers également, une chose est sûre: la Saint-Nicolas reste un projet qui lui tient à cœur, car «les traditions comme celle-ci ne doivent pas se perdre, elles font partie de notre culture et nous rappellent les beaux moments et les émotions de notre enfance».

Un enthousiasme similaire anime les membres de l’association «De Kleeschen ASBL». Depuis six ans, cette association à but non lucratif s’engage à faire vivre la tradition du Kleeschen – de manière authentique. «Nous ne voulons pas seulement distribuer des cadeaux, mais aussi transmettre le message de saint Nicolas», explique Cyril Blum, président de l’ASBL. Depuis 2019, la Saint-Nicolas est d’ailleurs inscrite sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.

Les costumes sont impressionnants : des matériaux de haute qualité, une robe d’évêque fidèle à l’original et une perruque de cheveux humains en quatre parties – composée d’une barbe, de sourcils, d’une moustache et de cheveux sur la tête – donnent vie à Kleeschen. «Si l’on veut reproduire cette tradition aussi parfaitement, l’équipement est très coûteux», explique Blum. Les coûts s’élèvent à des sommes à quatre chiffres. Malgré ces investissements, l’Asbl travaille sans faire de bénéfices. Chaque année, elle organise des visites gratuites dans des cliniques et des écoles ainsi que des collectes de fonds pour transmettre le message de Saint-Nicolas.

Pendant les six jours principaux, Cyril et ses assistants rendent visite à environ 130 enfants dans des familles – sans compter les écoles et autres institutions. La planification commence un an à l’avance et la préparation de chaque visite prend plusieurs heures. «Nous faisons tout cela en plus de nos emplois à temps plein et prenons des vacances pour cela», rapporte le bartringer.

Au total, l’équipe récolte en six jours «une petite somme à quatre chiffres qui sera utilisée pour les projets futurs et la préparation laborieuse». «Les parents réservent déjà un an à l’avance», rapporte encore Blum. «Nous sommes déjà complets pour l’année prochaine, tout est planifié dans les moindres détails». Cette forte demande montre à quel point la tradition du Kleeschen est encore appréciée au Grand-Duché.

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