Nous vivons tous dans un monde où l’on ne peut presque plus rien faire sans smartphone. Dans les faits, on ne voit presque plus personne en public promener son chien, attendre un bus ou se promener d’un magasin à l’autre, s’asseoir dans la salle d’attente du médecin ou dans le train, sans avoir les yeux rivés sur son téléphone portable.

Lire aussi :Bien que réservée, la ministre de la Santé n’est pas opposée à des lunettes moins chères

Ce comportement est également très répandu chez les enfants et les adolescents. Au lieu de faire de l’exercice à l’extérieur en plein air, ils préfèrent rester assis dans des pièces fermées et s’occuper de leur smartphone. On serait tenté de penser qu’il est dommage que nous soyons tous si peu conscients de l’environnement qui nous entoure. Mais des études montrent désormais que ce comportement peut aussi avoir des conséquences sur la santé visuelle: de plus en plus de personnes deviennent myopes.

Un enfant sur trois déjà touché

D’ici à 2050, près de la moitié de la population mondiale devrait être touchée par la myopie, dont de plus en plus d’enfants. C’est le résultat de l’étude d’une équipe de chercheurs chinois publiée en septembre 2024 dans la revue spécialisée British Journal of Ophthalmology.

L’équipe de Yajun Chen de l’Université Sun Yat-sen de Guangzhou a analysé des études et des rapports gouvernementaux de 50 pays du monde entier avec des données sur plus de 5,4 millions d’enfants et de jeunes âgés de 5 à 19 ans. Parmi eux, plus de 1,9 million étaient myopes.

«Actuellement, un tiers des enfants et des adolescents sont atteints de myopie», explique le Dr Carla Schmartz de la Société Luxembourgeoise d’Ophtalmologie. Selon les projections, quatre enfants sur dix souffriront de myopie d’ici à 2050. «On peut alors déjà parler de fléau.»

L’ophtalmologue Carla Schmartz conseille de faire contrôler les yeux des enfants avant leur entrée à l’école. © PHOTO: Marc Wilwert

Dans le cas de la myopie axiale, l’œil grandit trop en longueur, ce qui fait que l’image n’est pas focalisée sur la rétine, mais devant. «Normalement, l’œil cesse de grandir vers dix ou douze ans, mais comme les conditions de vie ont changé, l’œil continue de grandir», explique le Dr Schmartz.

La règle des 20-20: après 20 minutes de lecture ou d’apprentissage, il faut regarder au loin pendant 20 secondes.

Outre les causes génétiques, il existe surtout deux grands facteurs de risque, selon Carla Schmartz: La vision de près et le manque de lumière naturelle. Lors d’une activité de vision de près, il est en principe indifférent pour l’œil de lire un livre ou de regarder quelque chose sur le téléphone portable.

«Mais bien sûr, le téléphone portable a un potentiel d’attraction beaucoup plus grand et on y passe plus facilement des heures qu’avec un livre», poursuit-elle. Chez les enfants, cela commence très tôt et ne s’arrête pas à l’âge adulte. Le manque de lumière naturelle va de pair avec l’augmentation du temps passé sur le téléphone portable et le séjour dans des espaces fermés.

Lentilles de contact pour la nuit

La médecin recommande de faire le point sur son propre comportement. «Il faut essayer de s’exposer à la lumière naturelle deux heures par jour». En outre, il serait très judicieux de procéder selon la règle des 20-20. Il est ainsi recommandé de regarder au loin pendant 20 secondes après 20 minutes de lecture ou d’apprentissage. «Cela permet à l’œil de se détendre.» De plus, de nombreux jeunes tiennent en outre leur téléphone portable très près de leur visage. «Certains pourraient presque entrer dans l’écran», dit-elle en riant.

Si la myopie est déjà présente, il est très important de la dépister le plus rapidement possible. «Plus la myopie est détectée tôt, plus elle peut être compensée par une aide visuelle et plus nous pouvons essayer de la ralentir», explique-t-elle. La myopie se développe souvent à partir de l’âge de six ou sept ans et évolue ensuite vers l’adolescence.

Dans le cas de la myopie axiale, l’œil grandit trop en longueur, ce qui fait que l’image n’est pas focalisée sur la rétine, mais devant. © PHOTO: Marc Wilwert

Pour minimiser la progression de la myopie, il existe différentes approches, comme par exemple les verres de défocalisation. Il s’agit de verres spéciaux qui, sous-corrigés en périphérie, produisent une correction optique sur une base physique. Une autre possibilité est l’orthokératologie. Dans ce cas, des lentilles de contact spéciales, portées pendant la nuit, pourraient reformer temporairement la cornée de l’œil.

«Il faut cependant toujours évaluer la faisabilité de cette méthode, surtout chez les enfants. La mise en place quotidienne des lentilles de contact, l’hygiène, tout cela doit être pris en compte», reconnaît l’ophtalmologue. Une autre option est le collyre à l’atropine à très faible dose, dont il a été démontré qu’il ralentissait la progression de la myopie chez les enfants.

Le traitement et l’approche dépendent toujours du patient. Le rapport risque/bénéfice doit être évalué pour chaque individu en fonction de son âge, de sa santé et de son mode de vie, a déclaré le Dr Schmartz. Il est important de savoir que la myopie, une fois qu’elle apparaît, ne peut pas être guérie.

L’importance d’une détection précoce

De plus, la myopie augmente le risque de certaines maladies oculaires. «Cela est dû au fait que l’œil, lorsqu’il grandit, est plus long que l’œil moyen. À l’arrière de l’œil se trouve une couche qui s’amincit avec le temps en raison de la croissance. Cela peut rapidement entraîner des déchirures de la rétine ou un décollement de la rétine.» Des éclairs, de nombreux points noirs ou une ombre sombre à travers laquelle on ne pourrait pas voir, sont des symptômes d’un décollement de la rétine.

Le risque de développer un glaucome ou une cataracte est également plus élevé en cas de myopie. C’est pourquoi il est important de consulter régulièrement un ophtalmologue afin de détecter et de traiter à temps les maladies potentielles, conseillent les experts. «Avec les enfants, il faut certainement faire un contrôle de la vue une fois avant l’entrée à l’école et, sinon, se soumettre aux contrôles de routine», souligne Carla Schmartz. Sinon, les résultats scolaires, par exemple, pourraient souffrir d’une mauvaise vue de l’enfant.

Là où l’on peut vraiment agir, c’est en faisant de l’exercice à l’extérieur, en plein air.

Dr Carla Schmartz

Ophtalmologue

Pour le Dr Schmartz, les conséquences sociales liées à l’augmentation de la myopie sont plutôt un problème dans les pays en développement. «Ici, nous avons tous accès à des rendez-vous chez l’ophtalmologue, à des traitements, à des verres de lunettes ou à des lentilles de contact. Nous pouvons traiter les complications. Là où ce n’est pas le cas, cela pourrait devenir problématique.»

Toutefois, il y aurait moins de cas de myopie dans les pays en développement qu’en Asie du Sud-Est, par exemple. «Là-bas, 80 à 90% des gens sont myopes dans les régions urbaines», poursuit l’ophtalmologue. Le niveau d’éducation est également une raison: «Plus on est instruit, c’est-à-dire plus on a lu et étudié, plus le risque de myopie axiale est élevé.»

Lire aussi :L’obésité continue de progresser au Luxembourg

En raison de la possibilité d’hérédité, il n’est pas toujours possible de prévenir la myopie chez les enfants. «Mais là où l’on peut vraiment agir, c’est en faisant de l’exercice à l’extérieur, en plein air.» Les adultes devraient y veiller chez les enfants. Cela serait finalement en accord avec d’autres mesures de promotion de la santé, comme par exemple la prévention de l’obésité par l’activité physique. Regarder moins son téléphone portable et faire de l’exercice à l’extérieur est donc en tout cas une bonne stratégie pour limiter le risque de devenir myope.

Cet article repris du Télécran numéro 47/2024 a été initialement publié sur le site du Luxemburger Wort.

Adaptation: Megane Kambala