L’invité –
Suisse-UE: surtout ne pas couper les ponts!
Une réflexion sur les accords bilatéraux avec l’Union européenne.
Fabien Crelier, membre du comité genevois du MES (Mouvement européen suisse)
Publié aujourd’hui à 09h17

Fabien Crelier.
Depuis la décision du Conseil fédéral de tirer la prise des négociations sur un accord-cadre avec l’UE en 2021, la Suisse vit dans l’incertitude du futur de ses relations avec son grand voisin. Les milieux de la recherche, les secteurs industriels du biomédical et, dès 2026, ceux de la mécanique et de la pharma, seront confrontés à des entraves importantes en matière de coopération et de normes techniques pour exporter leurs produits.
Les piliers du pont avantageusement construit entre la Suisse et l’Union européenne au tournant du siècle ne peuvent être sapés. Il y va de l’avenir de l’économie suisse et de notre prospérité!
Les différents accords conclus avec l’UE ont permis, au cours des années, de construire, pilier par pilier, un pont permettant à la Suisse d’atteindre la rive européenne sans y être intégrée pleinement, offrant ainsi un équilibre unique entre indépendance et coopération.Si l’on examine l’évolution du PIB de la Suisse, on remarque que son taux de croissance était un des plus bas des pays européens dans les années 1990. Dès 2002, année d’entrée en vigueur des accords bilatéraux I (notamment la libre circulation des personnes et l’accord sur les entraves techniques au commerce), ce taux a nettement augmenté et est passé en dessus de la moyenne européenne.
L’accord sur la libre circulation des personnes a permis d’instaurer des mesures d’accompagnement pour éviter la sous-enchère salariale, ainsi que l’instrument des commissions tripartites (patronat, syndicats, État) qui a donné largement satisfaction. En effet, entre 2012 et 2021, les salaires réels ont progressé de 0,7% par an en moyenne en Suisse et depuis l’entrée en vigueur de l’accord sur la libre circulation des personnes, même les salaires les plus bas ont augmenté.
L’accord sur les transports terrestres a permis un transfert massif de la route au rail du trafic poids lourd à travers les Alpes. Outre les bienfaits environnementaux indéniables de cet accord, la redevance instaurée (RPLP) rapporte environ 500 millions de francs par an à la Suisse.Les milieux de la recherche et la jeunesse du pays ont aussi pu profiter d’échanges essentiels à leur développement et à l’innovation. Refuser la mise à jour des accords avec Bruxelles, c’est fragiliser ce pont indispensable à la prospérité suisse.
Chaque pilier a rendu le pont plus solide et a facilité la traversée des personnes, des biens et des idées, ce qui est vital pour les deux parties, car l’UE est le principal partenaire commercial, culturel et académique de la Suisse. Les liens tissés avec Bruxelles sont passés, avec les accords bilatéraux I et II, d’une passerelle à un viaduc irriguant et dynamisant toute la société suisse. Le pont a trouvé son juste équilibre entre indépendance, si chère aux Suisses, et interdépendance avec un marché de 450 millions d’habitants. Entailler ses différents piliers mettra en péril l’équilibre de la structure du pont.
* Membre du comité genevois du MES (Mouvement européen suisse)
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