Publié9. décembre 2024, 20:54

Éducation au Luxembourg: «80% des élèves doivent encore affronter la complexité linguistique»

LUXEMBOURG – Les inégalités sociales «demeurent un défi» pour le système scolaire luxembourgeois. C’est ce que constate le rapport national sur l’éducation 2024, présenté ce lundi.

Les inégalités sociales «demeurent un défi» pour le système scolaire luxembourgeois. C’est ce que constate le rapport national sur l’éducation 2024, présenté ce lundi. Réalisé tous les trois ans depuis 2015 et fondé sur une approche multidimensionnelle (pédagogique, psychologique, linguistique et sociologique), le rapport national sur l’éducation (Bildungsbericht) pose un regard analytique sur les opportunités et les défis auxquels fait face le système éducatif luxembourgeois. Le rapport sur l’éducation 2024 est tout particulièrement consacré aux thèmes de la diversité et de l’inclusion.

«82,3% des élèves, à savoir ceux scolarisés dans les écoles publiques et privées à programme national (chiffre pour l’année 2022/2023), doivent encore surmonter la complexité linguistique de notre système, estime Sonja Ugen, directrice du Luxembourg Centre for Educational Testing (Lucet), qui fait partie de l’Université de Luxembourg. On voit que ce système scolaire traditionnel est marqué par de grandes inégalités scolaires, qui sont liées à la langue parlée par l’élève à la maison et au statut socio-économique des parents».

«Le groupe d’élèves qui a le français comme langue d’alphabétisation affiche une forte motivation»

De son côté, le ministre DP de l’Éducation nationale, Claude Meisch, met en avant le projet pilote d’alphabétisation à choix (en allemand ou en français), qui a été lancé à la rentrée scolaire 2022/2023 dans quatre écoles fondamentales du pays. «Le groupe d’élèves qui a le français comme langue d’alphabétisation affiche une forte motivation pour apprendre et lire dans cette langue, note Claude Meisch. Les premières analyses montrent, avec toute la prudence qui s’impose, le potentiel de ce projet pour mieux répondre à la diversité linguistique de la population scolaire». Le ministre précise à ce titre qu’un tiers des élèves parlent luxembourgeois ou allemand à la maison, un autre tiers le français ou le portugais et le dernier tiers une autre langue.

En outre, Claude Meisch rappelle que le gouvernement a fait un «pas décisif» pour que chaque élève trouve sa place dans le système scolaire, avec la mise en place de six écoles européennes publiques (6,3% des effectifs en 2022/2023*) au cours des sept dernières années. «On voit dans ces écoles qu’il y a plus de choix, plus de flexibilité quant à la langue principale d’enseignement et que les performances sont meilleures, reconnait Sonja Ugen. Il y a moins d’inégalités dans ces écoles. Mais on ne peut pas faire de conclusions très fortes, car l’origine socio-économique des élèves qui fréquentent les écoles européennes publiques est généralement plus favorable que celle des élèves qui fréquentent les écoles suivant le programme national».

«La diversité de la population scolaire est un grand défi, pas seulement pour le système scolaire, mais aussi pour le Luxembourg en général»

Quoi qu’il en soit, Claude Meisch note que les demandes d’inscriptions dans ces écoles ont explosé, avec en moyenne «trois demandes pour une place». Le gouvernement prévoit à ce titre d’ouvrir trois nouvelles écoles, d’ici à la fin de la législature. Elles se situeront dans les agglomérations d’Esch-sur-Alzette, de Dudelange, et autour de Luxembourg-Ville.

«La diversité de la population scolaire est un grand défi, pas seulement pour le système scolaire, mais aussi pour le Luxembourg en général, juge le ministre. Il faut donner des chances de réussite à tous les élèves pour qu’ils puissent trouver un bon emploi, dans une logique d’inclusion sociale et de développement économique du pays».

*En 2022/2023, le reste des élèves (11,4%) était scolarisé dans des écoles privées à programme propre.

(ol)