Des guerres et tensions aux quatre coins du monde, des croissances économiques «molles» un peu partout sur la planète, le retour de Donald Trump (et ses envies de protectionnisme) à la tête des États-Unis, des populations qui vieillissent (en Europe comme en Chine, par exemple) avec les conséquences économiques qui en découlent, sans parler de la montée des populismes un peu partout en Europe…
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Mardi 10 décembre, lors de la désormais traditionnelle conférence de presse de fin d’année de la Chambre de commerce, le directeur général de cette dernière, Carlo Thelen, a commencé en listant les nombreuses crises qui touchent de près ou de loin le Luxembourg et son économie. Un constat guère réjouissant et qui, selon l’économiste, s’est encore détérioré lors de ces douze derniers mois. «Voici un an, on avait l’espoir de voir certaines choses se rétablir. On pouvait espérer que la guerre en Ukraine ne dure plus, que l’inflation baisse plus vite, mais aussi que les populismes resteraient assez limités en Europe. Et rien de tout cela ne s’est vérifié…»
Une croissance faible, des exportations qui risquent de souffrir
L’économie luxembourgeoise, elle, a vu sa croissance vivre une légère reprise en 2024, après la récession constatée lors de l’exercice précédent. Une croissance qui devrait, au final, se fixer entre 1,2 et 1,5%, bien en deçà de sa moyenne historique de 3%. Et ce n’est pas 2025 qui devrait changer la donne, les prévisions évoquant une croissance entre 2,3 et 2,7%.
Notre pays doit se donner les moyens pour transformer rapidement les défis qui s’offrent à lui en opportunités.
Carlo Thelen
directeur général de la Chambre de commerce
Le Luxembourg est loin d’être seul: les niveaux de croissance anticipés pour les États-Unis (2,2% selon le FMI) et la Chine (4,5%) sont ainsi, par exemple, inférieurs à ceux de 2024; là où la moyenne de l’Union européenne devrait, elle, à peine dépasser les 1% (1,3%). Ce qui est forcément problématique pour un Luxembourg dont «65% des exportations vont dans nos pays voisins et 80% des exportations vont dans l’UE», dixit Carlo Thelen.
Réforme et innovation
Face à toutes ces turbulences et autres instabilités «dont certaines semblent s’inscrire dans la durée», la Chambre de commerce se tourne invariablement vers un gouvernement luxembourgeois dont elle dit apprécier l’action. Voici un an, alors que la nouvelle coalition gouvernementale entamait à peine son action, Carlo Thelen expliquait «avoir l’espoir d’un nouvel élan». Douze mois plus tard, il confie «avoir vu celui-ci». «La situation s’est complexifiée depuis le début du mandat gouvernemental. Mais la méthode de travail est, selon moi, la bonne», ajoute-t-il. «Ce gouvernement est parti du principe que pour avoir un modèle social fort et une cohésion sociale, il faut une économie forte et des entreprises qui le sont tout autant. C’est un message qui me plaît.»
Cependant, pour se protéger de ce monde de plus en plus tourmenté et préserver le modèle économique luxembourgeoise, la Chambre de commerce en demande encore davantage à l’État. «Le Luxembourg doit s’adapter en modernisant son cadre légal et fiscal, et en misant sur ses capacités d’innovation et de diversification», a ainsi martelé le même Carlo Thelen. Ce dernier ajoutant: «Notre pays doit se donner les moyens pour transformer rapidement les défis qui s’offrent à lui en opportunités.»
On le sait, la Chambre de commerce appuie pour une réforme des pensions, mais aussi celles de l’assurance dépendance et de l’assurance maladie. «Parce qu’avec le vieillissement de la population, cela risque de se détériorer très vite», complète Christelle Chatelain, la directrice des affaires économiques de la Chambre de commerce. Et il faut pouvoir assurer la soutenabilité des systèmes.
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L’IA doit être vue comme une source clé au niveau de la diversification de notre économie.
Christelle Chatelain
directrice des affaires économiques de la Chambre de Commerce
«Une autre nécessité, et on le rappelle assez souvent, est de restaurer la compétitivité (qui décline) et la productivité (qui stagne)», enchaîne la directrice belge. Et pour ce faire, la Chambre pointe trois facteurs clés: le premier est la simplification administrative, un domaine dont on sait qu’il est prioritaire pour le gouvernement de Luc Frieden (CSV). Mais que la Chambre de commerce va encore pousser via l’établissement d’un recueil faisant un état des lieux des besoins et difficultés des entreprises. Recueil qui sera ensuite remis au ministère de l’Économie au premier trimestre 2025.
IA et la défense
Deuxième facteur: l’innovation. «Sur les 64% des entreprises qui ont innové lors de ces trois dernières années, 55% ont constaté une hausse de leur productivité» renseigne Christelle Chatelain, qui pousse aussi pour davantage d’investissement dans l’intelligence artificielle, le troisième facteur clé. Celle-ci étant considérée comme une priorité par 63% des entreprises.
«L’IA doit être vue comme une source clé au niveau de la diversification de notre économie. Le Luxembourg se doit ainsi de concentrer des ressources stratégiques sur des secteurs où le pays peut devenir un centre d’excellence en la matière», avance la directrice. Porté par son secteur financier où l’IA est déjà très développé, le Luxembourg doit devenir précurseur.
A côté, une autre diversification est jugée cruciale: la défense. On le sait, d’ici 2030, le Luxembourg va devoir porter son effort de défense à 2% du revenu national brut (RNB) «Et peut-être même à 3% compte tenu du retour de Donald Trump», avance Christelle Chatelain. On parle ici d’une somme qui pourrait se chiffrer à 1,4 milliard d’euros à la fin de cette décennie. Il apparaît donc nécessaire qu’une stratégie économique soit mise en place afin de maximiser les retours sur le sol luxembourgeois d’un tel investissement.
Des frontaliers moins présents
Les années passent, mais le constat reste le même. Dans le grand baromètre de la Chambre de commerce, les deux principaux défis mis en avant par les entreprises ne changent pas: la difficulté à recruter de la main-d’œuvre qualifiée (pour 59% d’entre elles) et le coût de cette même main-d’œuvre (58%). Des données à mettre en parallèle avec un autre chiffre: 1,63%. Ce dernier représente la progression de l’emploi frontalier entre 2022 et 2023, alors qu’il se montait à 4% avant la pandémie de Covid. «Le signal est forcément inquiétant», avance une Chambre de commerce qui encourage l’Etat à «résorber les goulots d’étranglement qui existent sur les marchés du logement et du travail.» Ceux-ci freinant l’attraction des talents internationaux…